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Pr Marc Gossé
L?urbanisme n?est pas un sujet avec lequel le Mauricien est familier. Expliquez-nous ce concept ?
L?urbanisme, c?est l?art d?organiser un espace collectif, d?améliorer le vivre en ville. C?est prévoir, planifier, précéder l?événement. C?est très important pour le développement d?une ville ou d?un pays de prendre le temps de planifier l?aménagement du territoire. Car il faut plus de temps pour penser cet aménagement que pour développer. Lorsque le développement est particulièrement rapide, il se maîtrise mal. C?est le cas en Afrique.
Les villes en Afrique connaissent une très grande croissance. Selon les démographes, un nouvel urbain dans le monde sur deux sera Africain. Certaines villes européennes ont pris dix siècles pour se développer ; en Afrique, cela ira beaucoup plus vite. Lorsqu?on a une politique néo-libérale, la tendance au laisser-faire est encore plus grande.
Vous connaissez bien Maurice puisque vous êtes marié à une Rodriguaise. Quel type de développement constatez-vous à Maurice ?
Maurice est en face d?un très gros problème. On assiste, selon moi, à l?émergence d?un nouveau modèle urbain, celui de la ville diffuse qui consomme le territoire. Les villes s?étalent, avec pour résultat une sururbanisation à faible densité. A terme, cette tendance risque de faire disparaître la notion de village ou de campagne. Les responsables devraient y réfléchir parce qu?urbaniser demande de gros investissements de l?Etat dans des infrastructures diverses. En outre, cela a un impact irréversible sur l?écologie. C?est une contrainte évidente pour le développement durable.
Comment peut-on freiner cela ?
Le plan directeur pour l?aménagement du territoire, revu récemment, prend en considération ce problème. Malheureusement, il n?est pas appliqué comme il devrait l?être. C?est tout à fait possible de freiner ce mouvement, en protégeant un certain nombre de territoires, en évitant que des espaces agricoles et naturels se transforment en espaces urbanisés, que les côtes deviennent complètement bétonnés par des infrastructures hôtelières ou autres. Il faut encore densifier l?habitat existant, concevoir un modèle de développement urbain adapté à Maurice qui tiendrait compte des cultures et des traditions. Pourquoi pas un centre de formation et de recherche pour architectes, qui travaillerait dans ce sens ?
Au lieu de réfléchir à ce modèle, nous nous précipitons dans la création tous azimuts de morcellements?
Il est clair qu?il y a une demande dans ce sens, mais est-ce approprié de créer autant de morcellements ? D?autant plus que la majorité de ces lotissements ne prend pas en compte la notion d?urbanisme. Il n?y a pas de planification. Il est rare, par exemple, que l?on prévoie dans ces développements, un espace pour une école ou un supermarché. Il est grand temps de revoir tout cela. Les enjeux écologiques, culturels et économiques sont énormes.
Que pensez-vous du développement sur le front de mer ?
Il ne faut pas se tourner seulement vers la mer. Le touriste ne se contentera pas toujours de rester à l?hôtel. Il veut de plus en plus voir du pays. La demande pour le culturel devient de plus en plus forte. Regardez St-Domingue ou Cuba ; ils ont des plages couplées à un patrimoine architectural. Où sont vos maisons traditionnelles ? Je vais vous confier une petite frustration. Depuis 15 ans que je viens à Maurice, je suis toujours contraint de recourir à des documents d?archives pour réaliser mes aquarelles? Pourquoi ne pas demander aux hôteliers de financer la reconstruction des vieilles maisons coloniales ? Ils en bénéficient également en fin de compte. Je salue l?initiative du gouvernement de faire voter une loi sur la protection du patrimoine et je pense qu?il devrait aller plus loin encore.
Certains préfèrent construire du neuf bétonné sur du vieux traditionnel?
Certes, le neuf est le patrimoine de demain ; c?est ce que nous léguerons à nos enfants. Mais l?habitat d?aujourd?hui devrait s?inspirer des maisons traditionnelles. L?essentiel de l?habitat construit aujourd?hui n?est pas fait avec une conscience culturelle et architecturale commune. Ce sont des boîtes relativement impersonnelles. C?est malheureux.
Mais le beau coûte plus cher?
Non, au contraire. C?est une question de proportions, de choix, de couleurs. Le beau ne coûte rien. Je crois que ce message-là a été compris à Rodrigues, mais pas ici. Ce qui coûte cher, c?est faire du laid. Si une maison ne correspond plus aux attentes du propriétaire parce qu?il aura vu ce qui se fait ailleurs, ne voudra-t-il pas casser pour reconstruire. Est-ce que cela ne lui coûtera pas plus cher ? Ce que je dis là est peut-être radical, mais je pense que c?est vrai. Il ne faut pas oublier que chaque maison ou édifice contribue au bien-être des habitués des lieux. Plus c?est laid, moins on s?y sentira bien.
Un urbanisme planifié ne procède-t-il pas essentiellement d?une volonté politique ?
Lorsque l?on voit que le fossé entre riches et pauvres se creuse, que des hôtels cinq-étoiles sont édifiés près de bidonvilles, il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut une intervention volontaire de la collectivité. C?est la responsabilité de l?Etat d?essayer de rectifier le tir et il est temps de le faire. Instaurer des règlements et un dialogue, c?est son devoir.
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