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Pouvoir d?achat et vie privée
Petite scène de panique, avant-hier, au sortir de la convention de l?Union pour un mouvement populaire (UMP) sur l?Europe. Les micros se tendent vers le secrétaire général du parti, Patrick Devedjian. L?enquête TNS Sofres pour le Figaro Magazine vient d?être rendue publique. La cote de confiance de Nicolas Sarkozy dévisse de 8 points ? 41 % de satisfaits, contre 55 % de mécontents ?, confirmant ainsi les enquêtes précédentes.
«M. Devedjian, vous avez vu le sondage ?», interrogent les journalistes. Réponse : «Oui, il est mauvais, mais ce qui compte c?est de gagner les élections.»
«M. Devedjian comment expliquez vous cette chute ?» Réponse : «J?ai trop longtemps exercé la profession d?avocat pour me laisser piéger par vos questions.» Et le député des Hauts-de-Seine de tourner les talons, laissant micros et stylos suspendus.
Pourtant M. Devedjian connaît les causes de ce dévissage. A l?UMP où chaque jour sont collectés, pour être classés et acheminés à l?Elysée, les courriels des militants, ces derniers attestent de leur désamour. Arrivent en tête les messages des Internautes se plaignant de leurs conditions matérielles inchangées. «Cela concerne surtout les retraités qui s?impatientent parce que leurs pensions n?augmentent pas», explique un cadre du parti. Ces récriminations sont suivies de celles des «sarkozystes de gauche» qui, eux, «trouvent que les réformes ne vont pas assez vite». Viennent ensuite les réserves sur l?affichage de la vie privée : «Il peut faire ce qu?il veut avec Carla Bruni, dit un correspondant, mais on ne veut pas voir ça dans les journaux.» Enfin, dernière catégorie, les Internautes frustrés de ne pas pouvoir profiter d?heures supplémentaires dans leur entreprise.
Le pouvoir d?achat. Comme le poumon dans une comédie de Molière il explique à lui seul tous les maux de l?exécutif, même si François Fillon bénéficie d?une cote légèrement supérieure à celle du président. «Dans les quartiers populaires, nous sommes pourris matin midi et soir à ce sujet», explique calmement un ministre comme s?il n?y avait rien à y faire.
Confirmation de la Sofres : 87 % (+ 2 points) des Français jugent que l?action du gouvernement contre la hausse des prix «n?est pas efficace» quand les chiffres officiels soulignent une hausse du pouvoir d?achat. Même constat à propos du chômage. Son taux diminue mois après mois, mais 70 % (+ 6 points) des Français jugent inefficace l?action du gouvernement dans ce domaine.
Les Français sont moroses et le font savoir. Le classement des personnalités politiques s?en ressent : toutes sont en baisse ou stagnent, sauf? Olivier Besancenot (+ 3 points. A cinq semaines des élections municipales, dont M. Sarkozy, en voulant «nationaliser» leur enjeu, a fait un test de sa politique, la dégradation de l?image présidentielle semble consommée.
Selon les sondeurs, il paie cash l?aveu de son impuissance sur le pouvoir d?achat («je ne peux pas vider des caisses déjà vides») et l?exposition de son bonheur («entre Carla et moi, c?est du sérieux»). Neuf mois après son élection, il rejoint le niveau de popularité de Jacques Chirac en février 1996 après les grandes grèves contre la réforme des régimes spéciaux. «Nous n?avons pas encore touché le fond», s?inquiète un conseiller. Reste à savoir comment rebondir. «Sarko en est capable, se rassure un responsable de l?UMP. Cela demande une correction de trajectoire.» «Il doit revenir aux fondamentaux, explique un membre du cabinet du président, et retrouver l?image sur laquelle il a été élu : la détermination, la présence et l?écoute.»
Depuis deux semaines le chef de l?Etat s?est lancé dans une opération de reconquête de l?opinion à travers des déplacements tous azimuts en province. «J?aime le terrain», répète-t-il à l?envie pour mieux combler le fossé qui s?est creusé entre lui et les Français.
Philippe RIDET
© Le Monde 2008 Distribué par The New York Times syndicate
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