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Pourquoi un bunker russe à Floréal ?
A la fin de mars 1981, l’express se demande pourquoi l’ambassade russe construit, à Floréal, ce qui ressemble beaucoup à un bunker hyper fortifié que n’aurait pas dédaigné un Adolf Hitler aux abois. Il s’agit d’un projet de construction de complexe résidentiel aux proportions inhabituelles et plutôt surprenantes. Les agents de renseignement mauriciens et autres espions gouvernementaux se perdent en conjectures. Ils ne peuvent qu’avouer leur perplexité à leurs maîtres politiques.
Les milieux autorisés soulignent qu’un tel projet constitue une première dans les annales des travaux publics à Maurice. Il faut d’abord savoir que l’ambassade russe à Floréal couvre une superficie d’environ deux hectares. Elle (la superficie) a été savamment subdivisée et clôturée d’un mur d’enceinte auprès duquel celui entourant nos institutions pénitentiaires font figure de passoires, avec ou sans échafaudage providentiel. Deux portes d’accès ont été aménagées dans ce véritable château-fort de l’ère atomique et nucléaire. Elles jouxtent un terrain vaste sur lequel les constructeurs choisis ont installé un silo pour entreposer le ciment en vrac. Cela dit bien qu’il ne s’agit pas de construire une isba de mille pieds carrés, conçue par Longtill ou Padco.
Les constructeurs ont eu à avaler la couleuvre d’une clause de pénalité de Rs 100 000 pour toute divulgation de renseignements au sujet dudit “bunker ”. Ils ont jusqu’à la mi-1982 pour poser la dernière pierre du gros œuvre. Le gouvernement communiste au pouvoir au Kremlin a voulu imposer au gouvernement mauricien une smala de travailleurs bolcheviques mais Port Louis a dit « Niet ! » sans craindre déplaire à Moscou. Faut dire que Washington veille au grain.
L’Hôtel du gouvernement pousse même l’outrecuidance jusqu’à vouloir imposer à l’ambassade russe une réunion d’explication et de justification. Elle est annulée à la dernière minute, Moscou estimant ne devoir aucun compte à un grain de sable, nommé île Maurice.
Faute de kamarades buveurs de vodka, les « diplomates » russes ont eu à se rabattre sur des avaleurs de topettes locaux. C’est toujours cela de gagné sur le marché des emplois même occasionnels.
En attendant, les paisibles et pacifiques habitants de Floréal ne peuvent qu’être les témoins impuissants de l’édification d’une grue géante et voir s’élever un monticule de gravats, provenant de fouilles ne pouvant qu’être très approfondies mais que le gouvernement Ramgoolam aurait aimé pouvoir approfondir davantage, sans tomber sous le coup d’une ingérence dans les affaires internes d’une grande puissance étrangère à tout ce qui se fait à Maurice. Ils sont, en tout cas, en droit de se demander si la construction, tout en hauteur, de la station de police de Floréal, en amont du bunker, n’a pas pour objectif de permettre à nos pandores locaux d’espionner ce qui peut bien se passer derrière les hauts murs du bunker de Floréal.
Il y a aussi des préparatifs au niveau du coffrage à de simples travaux de fondation et de soubassement qui disent bien que les Russes n’hésitent pas à aller au fond des choses. Tout semble indiquer que les murs de la superstructure seront érigés en béton armé et qu’ils seront d’une solidité et d’une étanchéité à toute épreuve.
Pendant ce temps, la presse de cette fin de mars 1981 parle de plus en plus des travaux en cours sur la base nucléaire anglo-américaine de Diego Garcia dans notre archipel chagossien. La presse gouvernementale parle même d’un plan de cinq ans, qu’elle n’hésite pas à qualifier de “défensif”. Evoquant le New York Times et le président Ronald Reagan, elle fait état de l’accroissement de l’aide aux pays amis et de renforcement militaire. Le plan prévoit en tout cas un accroissement de la présence américaine dans notre océan Indien. Il coûtera la bagatelle de deux milliards de dollars. Il est conçu par la direction des trois armées états-uniennes (air, mer, terre). Il fait la part belle à Diego Garcia où de vastes travaux seront entrepris. Il est prévu que des firmes mauriciennes et des travailleurs locaux pourront bénéficier de cette manne militaire. L’Hôtel du Gouvernement attend d’ailleurs non sans impatience, l’arrivée de négociants américains.
Les Mauriciens apprennent aussi que des missiles britanniques Trident seront installés à Diego Garcia. Selon le Telegraph Sunday Magazine, l’Angleterre décide d’accroître ses effectifs au milieu de notre océan Indien. La Dame de Fer, Maggy Thatcher, est une farouche partisane d’une force de surveillance occidentale accrue dans cette partie du monde où le Rule Britannia a quelque peu perdu de sa toute-puissance d’antan.
Selon ce journal anglais, l’Union soviétique dispose de 29 bâtiments de guerre dans la région contre 31 navires de guerre états-uniens dont le porte-avions Dwight D. Eisenhower (81 000 tonnes) et le Midway (62 200 tonnes). La France dispose de 19 bâtiments basés à Djibouti et aux… Comores. On ne sait si le Clémenceau fait partie de ce lot sur l’eau. L’Angleterre est représentée par le Birmingham, destroyer de 3 100 tonnes et de la frégate Avenger (2 750 tonnes).
Vingt-cinq ans après, nous pouvons toujours nous demander à quoi donc a bien pu servir toutes ces dépenses dissuasives.
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