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Pourquoi Bérenger fascine et irrite
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Pourquoi Bérenger fascine et irrite
Il ne laisse personne indifférent. Tant il est présent au sein de tous les comités. Tant toutes les décisions importantes passent par lui. Il est incontournable. Même trop au goût de certains. Mais une année après son investiture comme Premier ministre, l?homme maintient le ton et le cap en risquant la surexposition. En bravant les épithètes d?arrogant et d?autocrate, entre autres. Il communique à sa manière. Une conférence de presse hebdomadaire avec la possibilité d?une banalisation de son message.
Il gère en pratiquant à forte dose le dirigisme. Il ne décolère pas devant les syndicats et les éditorialistes. Il n?est pas moins exigeant envers les représentants du patronat. Ses collègues du Conseil des ministres savent que les ratages ne sont pas permis. Le mot d?ordre : les dossiers doivent avancer.
Pourtant derrière l?austérité, un humour parfois espiègle trahit un être intime différent de l?homme public. Mais le politicien Bérenger, quatrième Premier ministre de Maurice, court après le temps. En deux ans, il doit convaincre. Toutefois, entre la nécessité de se faire aimer et celle de rester responsable, le numéro funambulesque n?est pas toujours réussi.
Lorsqu?il prêtait serment le 30 septembre 2003, il promettait de faire de Maurice ?le pays le mieux gouverné au monde?. Même si on ne gouverne pas seul, Paul Bérenger a rapidement imposé sa marque à l?hôtel du gouvernement. Déjà, sa propension à présider toutes sortes de comités était connue. D?autres clichés lui collent à la peau. Il a la réputation de traiter avec un mépris de fer ceux avec qui il n?est pas d?accord. Ses convictions sont profondes. Son intransigeance aussi. Il peut avoir du charme, voire du panache mais il porte également les contradictions des certitudes trop ancrées.
D?un autre côté, lorsqu?il calcule, il donne l?impression de godiller. On lui reproche souvent d?accorder plus d?importance à l?accessoire qu?à l?essentiel. Lui, c?est ce qu?il nomme les réalités du pays. Soit une autre manière de justifier la real politik. Son pragmatisme est interprété comme autant de faiblesses que cache mal le ton grave avec lequel il les énonce. C?est ce genre de paradoxes qui laisse perplexe bon nombre d?observateurs. ?Son théâtre me fait rire et en même temps me rend triste?, assure, à cet effet, l?homme de théâtre Henry Favory.
Le caméléon
La théâtralité signée Bérenger se met en scène par une certaine manière de s?habiller et de parler. ?Bérenger est définitivement un bon acteur politique. Il est conscient qu?il y a un élément de jeu dans la vie quotidienne? Lorsqu?il s?entoure de Pravind Jugnauth et de Navin Ramgoolam pour une photo de presse, par exemple, il est en train de jouer. Quand il s?habille selon des critères socioculturels précis pour se rendre à des manifestations religieuses, il ne fait pas autre chose? Peut-être que son comportement est dicté par ce qu?il croit que le pays attend de lui. Il a ainsi un jeu de caméléon?, renchérit Henry Favory.
Acteur mais aussi viscéralement politicien. L?avers et le revers d?une même médaille ? Sans aucun doute. En une année, il n?a pu ainsi, pour Jugdish Lollbeeharry, président du Mauritius Labour Congress, se départir de son acabit de politique. ?C?est quelqu?un qui est 100 % politique. Il accorde plus d?importance à la politique qu?à l?intérêt du pays?, martèle le syndicaliste.
Le politique subit les feux croisés des observateurs. N?est-ce pas un être prêt à tous les compromis pour plaire, pour rester au pouvoir ? Paul Bérenger ne ferait pas exception à la règle. ?Je l?apprécie pour ses qualités de bosseur, mais malheureusement en tant que Premier ministre, il témoigne d?une certaine peur. Il tente de faire plaisir à tout le monde. Cela est peut-être dû au fait qu?il est un Premier ministre non-hindou?, estime un autre homme de théâtre, Gaston Valayden. Un argument repris par Neeta Deerpalsing, citoyenne et cadre du secteur privé, qui avoue qu?initialement elle avait grand espoir de voir Paul Bérenger ?dompter les mouvements socioculturels. Force est de constater qu?il est leur otage aujourd?hui. Je me demande même s?il ne joue pas leur jeu. Comme citoyenne, je me demande s?il est mal conseillé ou mal inspiré ? Dans le premier cas, on peut toujours changer les choses. Par contre, dans le second, là, il y a un vrai problème?, laisse entendre Neeta Deerpalsing.
Pendant cette première année, il a pu pourtant, dans certains cas, revenir sur ses positions initiales. Tulsiraj Benydin, président de la Fédération des syndicats du service civil, confirme un revirement dans la position adoptée par Paul Bérenger à l?égard des syndicats. ?Il a renoué le dialogue avec les syndicats. Li enkor ena impe disan sindikalis dan li?, dit avoir constaté le syndicaliste.
Gilbert Espitalier-Noël, ancien président du Joint Economic Council, témoigne également de du fait que Paul Bérenger peut revenir sur certaines positions. Il cite le cas du dossier de Seafood Hub où le Premier ministre n?a pas hésité à changer de position lors d?une réunion. ?Au début de la réunion, il avait une réaction assez négative sur ce projet. Lorsqu?on lui a ensuite expliqué tout le concept, il n?a pas hésité, lors de la même réunion, à revenir sur sa position?, raconte Gilbert Espitalier-Noël.
Cela n?est pas suffisant pour répondre aux multiples espoirs placés en lui. Pour avoir été syndicaliste, homme de gauche et militant, Paul Bérenger cristallise des attentes qui souvent ne sont pas comblées. À cet effet, Henry Favory fustige sa décision de mettre en place une kyrielle de centres culturels. Gaston Valayden voudrait le voir surmonter sa peur. ?S?il redevient Premier ministre, je souhaite qu?il assume sa peur et qu?il s?assume en tant que Premier ministre?, fait-il ressortir en ce sens. Pour sa part, Neeta Deerpalsing assure qu?elle pensait qu?il ?n?allait pas se laisser faire par des gens et des groupes comme Cehl Meeah ou la Voice of Hindu?.
Omniprésent aux comités
Dans le même souffle, nos interlocuteurs sont unanimes à souligner que Bérenger préside trop de comités. En même temps, les interprétations divergent. Neeta Deerpalsing ne comprend tout simplement pas comment un Premier ministre peut diriger autant de réunions. Pour Jugdish Lollbeeharry, il ne fait aucun doute que Paul Bérenger est un homme appliqué.
?Toutefois, il s?occupe de trop de dossiers et centralise tout sur lui-même. Peut-être qu?en même temps cela permet de faire avancer ces dossiers? car il n?aime pas laisser les choses traîner?, s?empresse d?ajouter le syndicaliste. Quand on va vite, on risque de rater ses objectifs. C?est ce que pense Tulsiraj Benydin qui note cependant que le fait qu?un Premier ministre préside des comités permet d'en valoriser le travail.
Sa maîtrise des dossiers et sa capacité à mener les réunions ne laissent pas non plus indifférents. ?En tant qu?ancien syndicaliste, il comprend mieux les dossiers?, estime Tulsiraj Benydin. ?C?est un fonceur qui fait travailler ses ministres. Personnellement, j?ai eu l?impression, lorsqu?on l?a rencontré avec d?autres ministres, que ces derniers sentent une certaine pression?, déclare, de son côté, Jugdish Lollbeeharry. Autre son de cloche venant de Neeta Deerpalsing pour qui le fait de présider de nombreux comités démontre qu?on ne veut pas déléguer. ?Personnellement, j?apprécie sa méthode de travail. Il est très structuré dans sa façon d?aborder les dossiers. Il fixe des agendas clairs et met en place des systèmes de suivi. Les réunions se terminent rarement sans qu?une date ne soit arrêtée pour le suivi. C?est un dialogue structuré?, explique Gilbert Espitalier-Noël.
Ce dernier fait également remarquer que Paul Bérenger trouve toujours du temps, malgré un agenda chargé, pour les dossiers importants. ?J?ai été impressionné par sa capacité à maîtriser les dossiers et à soumettre des propositions. Il trouve toujours le temps de se documenter même s?il est prévenu sur le tard du sujet d?une réunion. Même dans le secteur privé, on ne voit pas ça?, ajoute Gilbert Espitalier-Noël.
C?est le style Bérenger. Souvent intransigeant. Rarement conciliant. Toujours fonceur lorsqu?il est convaincu de la justesse d?une action. C?est ainsi qu?il décline son personnage dans les grandes idées. Mais aussi dans de petits détails. Témoignage de Gilbert Espitalier-Noël : ?Il ne supporte pas que les gens arrivent en retard aux réunions. Celui qui le fait est vraiment mal vu. Il a peu de temps pour ceux qui n?arrivent pas à l?heure. Il a une rigueur qui est très intéressante mais qui peut être blessante parfois.?
Ainsi va Paul Bérenger. A une époque, on disait de lui qu?il était seulement bon pour être leader de l?opposition. Ce sera à l?histoire de déterminer son travail en tant que Premier ministre.
Mais déjà certaines anecdotes laissent transparaître des traits de caractère du personnage. ?Il dissipe sa peur à travers une garde-robe ample?, pense Gaston Valayden. ?Il a des qualités pour être un leader. Il a du charisme, il est bosseur et aussi quelque part, il a de la persévérance. En même temps, on peut aussi être un toxic leader si on n?a pas de bonnes intentions?, prévient Neeta Deerpalsing. ?Les syndicats reconnaissent que c?est un bon travailleur?, admet Jugdish Lollbeeharry.
Il reste un an à Paul Bérenger pour tailler sa stature d?homme d?État. Jugdish Lollbeeharry se dit convaincu que s?il se montre ?plus proche du petit peuple et s?il rectifie le tir, il a une chance de devenir un grand Premier ministre?.
De son opiniâtreté à son obsession de l?histoire en passant par sa monomanie de la ponctualité, Paul Bérenger est un homme en confection qui aspire légitimement à ce statut de grand homme d?État. Cela, il ne l?admettra peut-être pas, surtout, comme sont unanimes à le dire nos interlocuteurs, lorsqu?on est présenté comme un ?rude travailleur?. Il est des faiblesses qui procèdent d?une force. Notamment celles qui font vaciller certains hommes entre les extrêmes de réussite et de revers.
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