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Pour une offre hybride
Le secteur du tourisme enregistrera cette année une croissance de 4 %, selon les prévisions. Cette performance est jugée honorable en tenant compte de la conjoncture internationale peu reluisante : ralentissement de l?économie mondiale, SARS, la guerre en Irak, les problèmes de sécurité suivant les attentats du 11 septembre 2001.
Certes, l?industrie du tourisme et du voyage a amorcé une reprise après ces événements. Mais les réalités ne sont plus les mêmes. L?activité devient de plus en plus imprévisible. Les réservations se font dans des laps de temps beaucoup plus courts. Le touriste, disposant d?un choix de destinations plus vaste, ne se laisse pas séduire très aisément par les campagnes de promotion. Tout cela implique un repositionnement de Maurice sur la carte mondiale des vacances. Mais, plus fondamentalement, il y a la nécessité de redéfinir le label Maurice.
L?industrie mauricienne doit profiter de ces périodes de perturbations pour se poser les vraies questions touchant à son développement, voire sa survie. Il est temps de se demander si Maurice ne s?est pas fait piéger par sa politique déclarée de destination haut de gamme. L?est-elle vraiment ? Peut-on, au fait, se payer un tel luxe ?
Certes, n?importe quel pays en développement aurait souhaité accueillir les richissimes de la planète à longueur d?année. Mais il serait vraiment idiot de se laisser berner durant des années par l?illusion qu?est la destination haut de gamme.
Faire de Maurice un endroit de vacances pour une clientèle de classe ?élevée? est un projet annoncé vers la fin des années 80. L?idée, très louable au demeurant, était d?éviter que Maurice ne soit envahie par les vacanciers sac à dos ou encore que le tissu social, culturel et environnemental ne soit dérangé par un tourisme de masse.
Mais entre le vacancier sac à dos qu?on avait fini par mépriser et une hypothétique clientèle de la jet-set mondiale que l?on voulait attirer et éventuellement fidéliser, il y a eu des niches qui ont pu assurer une croissance très appréciable de l?industrie dans son ensemble. Groupes tours et ?incentives? ont été, du reste, les principaux moteurs de cette croissance.
Nos décideurs doivent faire face à la réalité. L?argument de la destination haut de gamme ne tient plus la route. Parlons plutôt d?une offre hybride. Maurice qui s?apprête à accueillir au moins 700 000 touristes chaque année est bien capable d?accommoder ? comme elle a d?ailleurs toujours pu ? différents segments de touristes.
Malgré le fait que l?hôtellerie mauricienne s?est considérablement enrichie en termes d?infrastructure et de qualité de service au fil des années, c?est essentiellement à cette clientèle hybride qu?elle s?est adressée. Il ne peut y avoir meilleure preuve de la déconnexion entre la politique énoncée et les réalités du terrain. Ramener la barre à des objectifs plus réalistes ne signifie nullement faire des compromis sur le niveau des prestations.
Pour faire face à la concurrence de plus en plus féroce venant de nos rivaux directs tels les Seychelles, les Bahamas et les Caraïbes, Maurice doit se convertir en une destination ?cinq-étoiles pour un prix trois étoiles?, et ainsi demeurer accessible à plusieurs bourses.
L?offre hybride doit cependant pouvoir faire une place de choix à une clientèle haut de gamme. Les fleurons de l?hôtellerie mauricienne dont le St Géran, le Prince Maurice, le Royal Palm et Touessrok se prêtent parfaitement à cette catégorie.
Une redéfinition de l?offre mauricienne comporte plusieurs implications. En premier lieu, une révision de la politique d?accès aérien s?impose. La politique actuelle qui vise délibérément à minimiser la concurrence entre les lignes aériennes desservant Maurice n?aura plus sa raison d?être en conséquence.
Il ne devrait avoir, par exemple, aucun problème à autoriser les charters à Maurice, lors des périodes creuses tout au moins. D?autre part, un accès plus libéralisé pourra réduire les goulots d?étranglement au niveau des transporteurs en période de pointe, et de ce fait, permettre à l?industrie de profiter au maximum de la haute saison.
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