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Pour une détaxe plus ciblée...
Aslam Kathrada et Gilbert Espitalier-Noël écouteront avec une attention particulière le ministre des Finances, Rama Sithanen, vendredi lorsqu?il présentera son budget.
Le premier, patron de Nak Enterprises, souhaite l?élimination totale des droits de douane afin de faire de Maurice une île hors taxe. Il projette d?ailleurs de construire un centre commercial ?duty-free? au coût de Rs 300 millions à Port-Louis.
Gilbert Espitalier-Noël, operation executive du groupe Food and Allied Industries Ltd (FAIL), soutient, lui, que l?île Maurice hors taxe peut se concrétiser sans avoir à éliminer les droits de douane sur des produits qui sont aussi fabriqués localement.
Le ministre des Finances aura à trancher entre ces deux positions qui constituent le n?ud du problème. Selon les milieux qui suivent de près ce dossier, les autorités adopteront une approche nuancée qui tiendra compte des attentes des uns et des angoisses des autres. L?industrie non zone franche s?inquiète effectivement des effets d?une détaxe sur les produits manufacturés localement. Fermeture et chômage sont à craindre, disent-ils.
?Je pense qu?il va trouver un équilibre. Il s?agit de faire le tri entre les produits qui sont pertinents au concept de duty-free et les autres qui n?ont rien à voir avec le shopping hors taxe?, déclare un proche du dossier.
Ainsi, le concept duty-free devrait franchir une étape décisive. Comme indiqué d?ailleurs récemment par Ali Mansoor, secrétaire financier désigné, Mauritius Duty-Free sera une des principales composantes de l?ouverture de l?économie.
En attendant d?être fixé vendredi, le débat fait toujours rage. ?Seule l?élimination totale des taxes douanières permettra au pays d?attirer investisseurs et complexes commerciaux pour faire de Maurice une île duty free comparable à Singapour et à Dubayy?, affirme Aslam Kathrada. Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), conteste cette analyse. ?Il n?existe aucun pays au monde qui soit totalement duty free. C?est faux de dire qu?il y a des pays qui ont atteint le zéro absolu en matière de droits de douane. Il y a des produits qui sont taxés à Singapour et à Dubayy.?
Choix des produits
René Leclézio, chief executive de Promotion et Développement, projette de construire un nouvel immeuble au Caudan dont deux niveaux seront consacrés à des boutiques hors taxe. Pour lui, une approche modérée qui accorderait du temps à l?industrie non-zone franche pour qu?elle s?adapte au démantèlement tarifaire n?est pas incompatible avec le développement du concept ?duty-free island?.
?Il y a déjà de nombreux produits qui ont été détaxés l?année dernière et je pense que le gouvernement continuera sur cette lancée. Il faudra faire attention à l?industrie manufacturière locale qui emploie beaucoup de personnes. Tout réside dans la sélection des produits qui seront détaxés?, déclare René Leclézio.
Le principal reproche de l?industrie manufacturière non-zone franche sur la manière dont le concept duty-free a été introduit l?an dernier est justement le manque de discernement dans le choix des produits. Certains industriels de ce secteur estiment que l?ancien gouvernement a voulu plaire aux électeurs-consommateurs tout en initiant le projet de faire de Maurice un paradis du shopping.
Un coup d??il à la liste des produits détaxés l?an dernier donne à penser qu?il y a du vrai dans cette analyse. Parmi les produits détaxés : la bijouterie, les téléphones cellulaires, l?alimentation, les produits de beauté et les appareils audiovisuels.
Mais un certain nombre de produits qui attisent les envies des touristes sont encore taxés. Parfums et produits de beauté importés subissent encore une taxe de 15 % à 40 %. Les téléviseurs, les écrans d?ordinateur, les fours à micro-ondes, et un grand nombre d?appareils électroménagers sont encore taxés entre 15 % à 40 %.
Les droits de douane ont été réduits mais maintenus à 15 % sur une série d?appareils audiovisuels que l?on retrouve normalement dans des boutiques hors taxe. Mais, d?un autre côté, les droits de douane ont été ramenés à zéro sur le fil dentaire, les brosses à dents et les céréales.
?DUTY-FREE ISLAND?
Ces projets en attente...
■ Le projet de faire de Maurice un paradis du shopping hors taxe a été initié en avril 2005 lors du dernier budget quand les droits de douane ont été abolis ou réduits sur une liste de 1 850 produits. L?objectif était de faire de Maurice un paradis du shopping hors taxe en quatre ans. Aujourd?hui, on peut sans conteste estimer que la mayonnaise est loin d?avoir pris. Il y a eu quelques boutiques hors taxe qui ont été lancées, mais à petite échelle. Et comme elles proposent des produits détaxés aussi bien que taxés, le message est brouillé. D?autres commerces confondent ?duty-free? et remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée. En fait, ce sont surtout les consommateurs mauriciens qui ont bénéficié dans une certaine mesure de la baisse des droits de douane l?année dernière. Une gamme d?appareils audiovisuels tels que les baladeurs MP3, les appareils photo numériques, les téléviseurs et les téléphones portables sont devenus plus accessibles pour les consommateurs avec la baisse ou l?élimination des droits de douane. Si les galeries marchandes grouillant de touristes ne font pas encore partie du paysage, la raison en est simple, estime Aslam Kathrada : ?Il est impératif pour les touristes qui viennent à Maurice de savoir que l?île est une destination hors taxe, mais à présent ce n?est que partiellement le cas. De ce fait, il est difficile pour les commerçants de faire la publicité de ?duty-free shops? dans les pays étrangers.? Pourtant, il y a quelques projets notables qui ont été annoncés. Le plus ambitieux est celui du groupe sud-africain Katavi qui envisage d?investir Rs 1 milliard dans un complexe commercial entièrement ?duty-free?. Le groupe Currimjee Jeewanjee compte investir Rs 300 millions dans un complexe commercial baptisé Les Halles, à Phoenix, à côté du magasin de jouets Toys R Us. Promotion et Développement compte investir Rs 680 millions dans un immeuble au Caudan. Deux niveaux du bâtiment seront consacrés aux boutiques hors taxe. ?Nous avons choisi cette option car elle cadre avec la politique annoncée du gouvernement. C?est avec beaucoup d?attention que j?écouterais le ministre des Finances vendredi?, déclare René Leclézio.
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