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Pour qui roule notre auto ?

16 octobre 2004, 20:00

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C?est le monde à l?envers ! Les parkings remplissent les caisses de la ville et non plus l?inverse. Le business, comme le disait Forbes en personne, c?est l?argent des autres. Port-Louis capitalise et taxe une nouvelle fois le pauvre automobiliste. L?État double la mise à Rs 10 la demi-heure, mais c?est nous qui avons les jetons. Pour qui nos voitures roulent-elles? Elles patinent dans les faubourgs mais tapinent pour l?État, qui ne tolère pas la concurrence. Alors il légifère pour coincer les parkings privés et nous hypnotise avec le mirage de métro léger. C?est lourd !

Souvent accusée de manquer d?imagination, la société insulaire ne change rien à sa routine. C?est comme dans Alice au Pays des Merveilles. « Qu?on lui coupe la tête », dit la Reine-mère. « Qu?on augmente le ticket », dit le grand Argen-tier. C?est la politique de l?autruche mâtinée d?un zeste de pragmatisme totalitaire.

Où vit-on ? Le marchand tire sa charrette à bras sur l?autoroute. L?autre jour, il renverse 300 kg de légumes sur le bitume, au milieu du trafic. Franchement, on a envie d?en faire de la purée, excédé par tous ces ambulants qui convergent vers la capitale et qui s?arrêtent n?importe où. L?automo-biliste, on ne lui laisse pas le choix.

À peine arrivé dans le centre-ville après une route éreintante semée d?embûches, de passages obligés de l?autre côté de la ligne blanche, l?automobiliste se met en quête d?un petit coin. Il ne sait pas encore qu?il est un porte-monnaie ambulant. Mauvais « filling »?

Laisser son carrosse pendant deux heures

Un bref arrêt pour acheter des tickets qui n?offrent rien d?autre au grattage que le droit de laisser son carrosse pendant deux heures : ils sont à sec, comme souvent, en face des casernes. Le client peut comprendre. Il a l?habitude de se faire dépouiller : essence, TVA, et toutime. Il faut malgré tout se garer pour aller à la NTA, car la National Transport Authority point de parking n?a.

Et puis quoi, si au retour, la contravention est sur le pare-brise ? Payer Rs 1 000 pour s?acheter le droit de s?arrêter. Indéfendable en cour.

« Circulez ! » Non, le conducteur ne veut plus avancer. Il veut se poser. Il a ses impôts à payer, ses papiers à valider, ses lettres à poster?Et tous ces jolis bureaux sont où ? Première rue après le Government Building : Sir William Newton. Pas d?arrêt prévu : « Reserved, reserved, reserved?loading, cycles? » Tiens, deux chaises au milieu. Ah, en voilà un. Non, les marchands ambulants bloquent tout. Chouette, un parking privé?Je ne suis pas abonné. Allez tant pis, je me gare là. Vous connaissez le coup du sabot ?

C?est bien, une ville où toutes ces places sont réservées. Mais même le prix du privilège augmente et passe de Rs 15 000 à Rs 25 000 par an. Et les Infrastructures publiques comptent bien éradiquer la concurrence privée qui leur fait de l?ombre. En mai dernier, le Senior Engineer du ministère explique qu?il existe plus de 3 000 places privées dans Port-Louis. N?est-ce pas un droit pour le consommateur ? L?État doit-il nationaliser ? Selon les autorités, cette pratique ne freine pas le trafic. C?est le moins que l?on puisse dire?

Le cauchemar, pour le citoyen, et depuis longtemps, c?est l?embouteillage monstre entre Port-Louis Nord et Sud. Il existait, il y a encore peu, quelques fenêtres dans cette circulation ; des moments fluides. Mais aujourd?hui quand vous traversez la ville, ça peut se figer à tout instant. Du coup, de nombreux conducteurs choisissent l?option down town, et la circulation devient pudding. Cet entrepreneur démarre sur les chapeaux de roue : « Dans le centre, en dehors des gros rushs, on arrive à se faufiler, et même à trouver des places pour se garer, sauf dans quatre ou cinq rues où il y a trop d?espaces réservés. Le problème c?est pour entrer et sortir. »

Une mesure qui ressemble à du racket

Il faut bien reconnaître que l?augmentation des tarifs ne règle pas le trafic dans les faubourgs. Il faut accepter de revoir ce postulat selon lequel la dissuasion est la clé de la circulation. Il est relativement facile de trouver un parking dans le centre, quitte à marcher un peu. Augmenter les tarifs permet peut-être de renflouer les caisses, mais cette mesure peu populaire ressemble à du racket. C?est un peu comme les guet-apens organisés ça et là. Embusquée au bon endroit, la police fait son boulot et la cour de district engrange en une matinée quelque Rs 30 000 pour franchissement abusif.

Un consultant singapourien a identifié les parkings privés comme source principale de la congestion. Le gouvernement, de son côté, projette des grandes mesures depuis des lustres, mais reste bloqué sur son créneau. Coûteuses, les vraies solutions sont visiblement passées après d?autres chantiers. C?est une question de dosage. Quant à moi, c?est décidé, demain, j?irai au boulot en catapulte?

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