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Pour quelques roupies de plus
par Nazim ESOOF
Une semaine dominée par la question de la compensation salariale est une semaine à malaise. Loin des thèses savantasses sur le taux de la compensation ou de la colère dissimulée du Premier ministre, cette semaine fait gicler le douloureux souvenir d?une année où la misère s?est propagée dans les interstices de toutes les couches sociales sauf évidemment au sein de l?élite économique et politique.
Le temps des sacrifices perdure et ce n?est certainement pas les quelques roupies de plus qui vont changer les choses. D?un autre point de vue, il est tout aussi certain que ces quelques Rs 4 milliards vont peser lourdement sur l?économie du pays. Cette dichotomie nous condamne-t-elle pour autant à l?impasse ? Ce serait un constat d?échec. Ce serait admettre une impuissance politique. Ce serait une condamnation sans possibilité d?appel pour les classes populaires et même pour de larges pans des classes moyennes.
Aujourd?hui, c?est à un jeu de regard de supplication et d?admonestation qu?on assiste. Une majorité de la population regarde, implorant le gouvernement. Ce dernier se tourne d?un air comminatoire vers les détenteurs du pouvoir économique. En fin de compte, personne n?ose affronter ce regard désespéré de la misère. Car il s?agit bien de misère. Certains s?en étonneront. Mais ceux-là sont, depuis longtemps, déconnectés de la réalité. Ils diront que c?est parce que les gens sont paresseux qu?ils ne travaillent pas.
Mais la paupérisation d?une société n?obéit pas à de telles simplifications. Il ne s?agit pas, comme on aurait tendance à le croire, d?encourager la mode qui consiste à pousser la béquille sous les épaules de ceux qui ont consacré l?oisiveté comme principe de vie. Il faut faire la part des choses.
L?échec est d?abord celui des politiques, de quelque bord qu?ils soient. Ils n?ont su faire preuve ni de prévoyance ni de créativité.
L?échec est ensuite celui d?une jet-set économique qui s?est assise sur ses acquis sans se remettre en question et sans effort aucun de réinvention.
L?échec est enfin celui d?une population qui a trop tendance à s?en remettre au pouvoir politique comme si son destin ne dépendait que d?une poignée de femmes et d?hommes détentrice d?un droit sacré et dont le devoir consiste à se montrer compatissant à l?égard des dominés. Échec d?une population qui, pour les plus exigeants, aura fait le choix d?une servitude volontaire.
Dans les faits, ni l?État ni le secteur privé ne veulent sacrifier «leur» argent même si les quelques roupies de plus ne freineront pas la paupérisation programmée de la population?
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