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Pour que le créole ne soit pas qu?un symbole de plus

21 février 2005, 00:00

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?Si une langue disparaît, chacun d?entre nous est dépossédé de son patrimoine car c?est alors une nation et une culture qui perdent leur mémoire?? C?est en ces termes que Vigdis Finnbogadottir, ambassadrice de bonne volonté pour les langues auprès de l?Unesco, et ancienne Présidente de l?Islande, résume la pertinence de la Journée internationale de la langue maternelle.

Célébrée chaque année le 21 février, la ?Journée internationale de la langue maternelle vise à promouvoir la reconnaissance et la pratique des langues maternelles du monde et particulièrement celles des minorités. Aujourd?hui, c?est la moitié des quelques 7000 langues du monde qui est menacée d?extinction?. Une occasion pour nous de revenir sur cette langue créole qui a été l?objet de tant de passions et qui est en phase ?d?harmonisation?? alors que la standardisation aurait dû avoir commencé depuis des décennies déjà.

Après des années de débats, souvent académiques et a fortiori à caractère idéologique, la langue créole mauricien a entamé un processus de légitimation officielle. Empêtrés jusqu?ici dans nos contradictions et paradoxes symboliques, nous nous sommes refusé à trouver une réponse épistémologique à la problématique langagière. De langue institutionnellement minorée, le créole mauricien s?est difficilement inscrit dans cette large communauté créolophone où le foisonnement des recherches et des études ont apporté des éléments de réponses aux questions les plus délicates liées aux politiques linguistiques et à l?éternelle dialectique identitaire.

C?est ce qui explique que la majorité des travaux consacrés au créole mauricien l?a été dans une perspective résolument académique ou revendicative. Nous avons été toujours très loin des laboratoires de recherches linguistiques. Chez nous, la langue est une autre de ces thématiques qui rallongent la liste de nos fantasmes et de nos futiles symboles.

Au fil des décennies, on a ainsi accumulé du retard avant de rebondir avec le projet de ?grafi larmoni?. Serait-ce désormais un point d?aboutissement avec lequel il faut se montrer satisfaits ? Pas si sûr puisqu?il y a l?étape cruciale qui marque le passage de la théorie à la pratique. A ce chapitre, il y a encore des défis à relever.

L?étude de la langue est une étude scientifique répondant à des objectifs politiques et culturels. Elle ne peut être subordonnée à des intentionnalités affectives. C?est en cela qu?il nous faudra démontrer notre capacité à procéder à une critique de la langue qui témoigne de son vécu, soit une étude fonctionnelle de la langue. Notre modèle d?investigation a été jusqu?ici théorique alors qu?il faudra aborder la langue dans la dynamique de référentialisation et de la contextualisation. On ne peut mesurer l?importance d?utiliser le créole comme médium d?enseignement ou comme matière si on n?investit pas les écoles pour comprendre quelle est la réalité langagière qui y existe. Ce sont des choses que nous ne pratiquons pas à Maurice.

L?imaginaire mauricien

Il nous reste toujours à suivre l?itinéraire du créole mauricien, à saisir ses spécificités à travers des études comparatives. À comprendre aussi comment différents modes d?expression artistique mettent en scène le créole. Comment cette langue ne remplit pas seulement une fonction de reflet de la réalité mais aussi comment elle construit l?univers et l?imaginaire mauriciens.

Comment elle détermine les rapports sociaux et culturels. Et enfin, entre autres, comment l?école, ce lieu par excellence où s?expriment les conflits linguistiques, peut aussi emprunter une stratégie discursive qui permet de résoudre ces conflits.

Autant de questions qui méritent une approche rationnelle sinon le culte voué à la langue maternelle ne risque d?être qu?une sensiblerie de plus?

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