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Pour que la mort ne soit pas une fin
?Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s?il meurt ; et quiconque vit, et croit en moi, ne mourra jamais? (Jean XI). L?essence de la vie se trouve en ces mots de Jésus Christ pour les chrétiens. En cette fête de la Toussaint et de la fête des Morts, les chrétiens célèbrent les saints et ce passage qu?est la mort.
?Nous croyons dans la vie éternelle. La foi chrétienne s?appuie sur la mort et la résurrection du Christ. La mort n?est pas une fatalité pour le chrétien. Elle est, par contre, perçue avec plein d?espérances, de cet espoir de vivre près de son Dieu?, explique d?emblée Désirée Vencatasawmy, responsable de l?équipe d?animation de l?école de catéchèse.
La fête des Morts est ainsi un temps pour les chrétiens d?honorer la mort. ?Nous croyons aussi dans une Eglise passée, présente et future. Dans une grande communauté de ceux qui sont partis, qui sont là et qui viendront. C?est le temps de repenser aux disparus. Il n?y a pas dans la pensée chrétienne d?aspect morbide à la mort?, précise Désirée Vencatasawmy. Pour la fête des Morts, les chrétiens vont donc déposer des fleurs et des gerbes. Le geste est accompli dans un esprit de salut. C?est ce qui donne sens à la vie du chrétien, le salut par le Christ.
<B>?Dimension charnelle et cosmique?
La mort n?est donc que passage. Loin d?être une pensée permanente, c?est une figure qui renvoie à l?espérance. L?image du Christ crucifié en est le témoignage. Soit ce Christ qui a fait l?expérience de la mort. Pour le chrétien, c?est une note centrale à sa foi : l?expérience de la foi à travers ce Christ qui a déjà fait l?expérience de la mort avant d?être ressuscité. ?Cela conditionne la manière dont les chrétiens vivent la mort. Toute mort humaine est traversée par la mort de Dieu à travers la crucifixion. La résurrection étant l?autre versant de cette foi. Le retour du Christ confirme la mort comme un passage. Le message révèle un Dieu qui vit et meurt avec tout homme au-delà de la vie terrestre. Il y a une dimension charnelle et cosmique à la fois dans la conception chrétienne de la mort?, confie ainsi Danielle Palmyre-Florigny, théologienne.
L?essentiel dans la foi chrétienne témoigne de la mort non pas comme une fin. ?Pour nous, la vie est transformée à travers la mort. Notre foi est fondée sur la résurrection du Christ. Le concept de réincarnation ou d?âme désincarnée n?existe pas. Nous sommes appelés à vivre après la mort la vie des ressuscités. Hors du temps, au-delà des limites de l?espace, se retrouver près de son Dieu. Le corps et l?âme forment un tout, y compris dans la résurrection. Même s?il est vrai qu?on ne sait pas trop ce que sera notre vie de ressuscités dans sa forme en tant que corps et âme?, fait, pour sa part, ressortir Marc Whelan, professeur au séminaire.
La mort n?est pas, en ce sens, refus de la souffrance. D?où le rejet de l?euthanasie. Ainsi dans L?Evangile de la vie (Flammarion, 1995), Jean-Paul II condamnait vivement l?euthanasie, ne se privant même pas de faire l?éloge de la souffrance. De cette souffrance qui précède la mort. ?Dépendant de son cheminement et du contexte, la mort peut apporter de la souffrance. Mais pour le chrétien, le fait de savoir que la personne aimée se retrouve désormais près de Dieu est une source de consolation. La vie, c?est un passage qu?on réussit lorsqu?on la vit comme Dieu l?a vécu sur terre. Le message de la Toussaint, c?est cela aussi. C?est celui du Christ qui nous aime jusqu?à donner sa vie pour nous. Cela change tout notre regard sur la vie et la mort?, affirme, à cet effet, Désirée Vencatasawmy.
<B>Dimension libératrice</B>
C?est ce qui explique, ajoute Danielle Palmyre-Florigny, que ?le vrai chrétien devrait voir la mort avec espérance?. ?Que ce soit la mort affective, psychologique ou celle qui procède d?un rejet ou de la solitude?, on ne meurt jamais seulement physiquement. Il y a différentes façons d?expérimenter la mort et Dieu est présent dans toutes ces épreuves. Dieu ne cesse jamais de croire en la valeur de l?homme?, ajoute-t-elle.
La mort fait ainsi renaître un être plus riche. ?Jésus dit qu?il faut le grain de blé pour que surgisse le fruit?, rappelle Danielle Palmyre-Florigny. Il y a ainsi une dimension libératrice dans la souffrance si elle est bien vécue. La peur de la vieillesse et de la souffrance n?est qu?une fuite en avant. ?Déjà dans sa vie, le Christ fait l?expérience des souffrants?, insiste notre interlocutrice.
Loin des réflexions thanatologiques sur la mort, il y a une foi que la mort libère et nous ramène vers l?essence de la vie : vers Dieu. Les religions ont identifié des voies d?accès vers ce sens ultime. Le monde laïc nous en éloigne. Pourtant l?idéal des temps messianiques est la seule certitude de ce monde fait d?incertitudes. La seule permanence de l?impermanence.
S?il y a une dualité vie-mort, il y a par contre un continuum mort-résurrection. Les réflexions ontologiques sur l?être devraient culminer à un sens profond. Derrière le mythe de la survivance se cache une vérité de la vie comme une promesse faite à un Dieu de le retrouver dans cet esprit qu?il nous a fait.
<B>La Commémoration des fidèles défunts</B>
Comme son nom l?indique, la Toussaint est la fête de tous les saints, connus et inconnus. Tout au long de l?année, l?Église catholique fête les saints qu?elle a officiellement canonisés et qu?elle propose comme modèles et témoins exemplaires de la foi. Le 1er novembre, elle souhaite également honorer les saints ?anonymes?, beaucoup plus nombreux, qui ont souvent vécu dans la discrétion au service de Dieu et de leurs contemporains. Par extension, cette fête est aussi celle de tous les baptisés car chacun est appelé par Dieu à la sainteté.
La conviction que les vivants ont à prier pour les morts s?est établie dès les premiers temps du christianisme. L?idée d?une journée spéciale de prière pour les défunts dans le prolongement de la Toussaint a vu le jour dès avant le Xe siècle. Le lien ainsi établi avec la fête de tous les saints répond à une vue cohérente : le 1er novembre, les catholiques célèbrent dans l?allégresse la fête de tous les saints ; le lendemain, ils prient plus généralement pour tous ceux qui sont morts.Par ce jour consacré aux défunts, l?Église signifie aussi que la mort est une réalité qu?il est nécessaire et possible d?assumer puisqu?elle est un passage à la suite du Christ ressuscité.Dans le cycle des fêtes qui rythment l?année, ces deux journées ont une coloration particulière : elles réunissent les familles, toutes générations confondues, dans le souvenir de ceux qui nous ont précédés dans la vie et dans la mort. L?habitude de fleurir les tombes est un signe d?espérance. Certaines paroisses organisent un temps d?accueil et de prière dans les cimetières ou invitent ceux qui ont perdu un des leurs à se retrouver à l?église pour une célébration.Ce 1er novembre, la messe célébrée en l?église de Saint Marc à Flic-en-Flac sera retransmise en direct sur la MBC TV 3 à 10 heures. Cette messe sera présidée par le père Pierre Piat. A 20 h 10, une émission spéciale Toussaint sera diffusée sur la MBC 2. Dans cette émission, les paroissiens de Sainte-Anne, Stanley, Rose-Hill, présentent ?Tout par amour?, dans le cadre du 50e anniversaire de leur paroisse.
La MBC radio diffusera en direct la messe de 9 heures à la chapelle du Sacré-C?ur, le Bouchon. Cette célébration sera présidée par le père Roger Cerveaux.
QUESTIONS À? ALAIN ROMAINE, PRÊTRE
<B>?Dans le monde occidental, la souffrance est pire que la mort?</B>
● <B>C?est la Toussaint et la fête des Morts. Comment vit-on la mort dans le monde populaire? </B>
Il est, en effet, significatif de cerner la mort du point de vue de l?anthropologie populaire créole. Il faut considérer la mort d?après les pratiques qui existent avant, pendant et après le décès. Des pratiques qui sont assez colorées par les rites chrétiens. La psychologie populaire projette une vision de la personne comme quelqu?un qui existe dans son corps et qui a un namme. J?insiste sur l?appellation créole car l?équivalent français ?âme? renvoie à d?autres significations. Pour les créoles, le namme doit quitter le corps pour que celui-ci ne soit plus. En même temps, il faut que le mort soit bien casé sinon le namme se retrouvera en errance. C?est pour cela qu?existe une série de pratiques et de rites dont prioritairement l?expression ?avoir une bonne mort?. On est ?mal mort? lorsque la mort est subite, brutale et violente, soit être ?mort avan ler?. Dans ce cas, la croyance veut que le namme va errer.
● <B>Le cérémonial autour du défunt livre aussi des clefs?</B>
Il existe un certain nombre de pratiques autour du corps. Ainsi il faut bien le traiter, bien le mettre en scène. Par exemple, mettre dans le cercueil des objets chers au défunt. On dit aussi que le corps doit bien sortir de la maison pour ne pas perturber l?environnement. Liées à ces pratiques, il y a les croyances qui veulent que le namme puisse se transformer en force maléfique. D?où les rites funéraires. Parmi les coutumes, on relève le fait que la visite au cimetière après les funérailles a lieu huit jours après. Entre-temps, il y a les prières nocturnes et la messe qu?on donne. On prie pour le namme de la personne et pouvoir faire son deuil. Tout est organisé pour que le mort puisse se retrouver auprès de Dieu dans les meilleures dispositions.
● <B>Pourquoi attendre huit jours avant de se rendre au cimetière? </B>
Après sa résurrection, Jésus se montre après huit jours. Ainsi les catholiques se rendent au cimetière après huit jours pour changer les fleurs, nettoyer la tombe et partent en donnant le dos à ce qu?ils quittent. Cela équivaut pour eux à accepter le fait que le défunt se retrouve désormais dans une autre réalité. Chaque civilisation véhicule un certain nombre de pratiques. Par exemple, la civilisation malgache propose toute une série de rites par rapport aux ancêtres qu?on retrouve sous des formes résiduelles dans les pratiques créoles mauriciennes.
● <B> Aujourd?hui, la mort n?est plus vécue comme une libération. Au contraire, on fait tout pour éviter la vieillesse. Comment, dans ce contexte, gérer la pensée du défunt? </B>
Le monde créole est très réaliste. Il matérialise les choses. La pensée sous la forme d?un chagrin qui se traduit dans l?expression : ?mo chagrin linn alé?. Par contre, si le défunt tourmente le vivant, on dira de lui qu?il est ?mal mort?. Par rapport à la vieillesse, il y a un refus contemporain de la ?dégénérescence?. On évite ainsi que les enfants voient les figures de la mort. Dans le monde occidental, l?euthanasie traduit un refus d?assumer la mort, une question qui ne se pose pas dans les pays asiatiques. Il y a, dans le monde occidental, un réflexe qui veut que la souffrance soit pire que la mort.
● <B> Le langage révèle les conceptions. Jusqu?à quel point? </B>
Il serait intéressant de procéder à un inventaire d?expressions sur la mort dans le monde créole et, à partir de là, faire un recoupement des interprétations. A travers la langue, on saisit plein de choses. Par exemple, au moment où on ferme le cercueil, les gens devant la porte disent : ?ouvert so simin less li alé? ou encore on dira ?le corps est arrivé? mais on ne prend pas le nom de la personne.
● <B>Dans le monde moderne, on se réconcilie de plus en plus mal avec la mort. Votre avis. </B>
La mort reste un scandale pour la conscience humaine. Comment se fait-il qu?on naisse, qu?on prenne conscience de la vie graduellement avant de devenir des êtres pour la mort ? Toutes les croyances et religions trouvent des réponses à ce scandale de la mort. Les religions ont un chemin pour cette question qui nous renvoie à notre finitude. Les maîtres du soupçon, par contre, nous disent qu?on se dédouane devant la réalité et de nos responsabilités.
● <B>Nous devenons donc étrangers à la mort? </B>
Surtout dans le monde occidental, il y a une rupture avec la mort parce qu?on a peur de s?y projeter. Pour ma part, en tant que prêtre, je n?ai pas non plus grand-chose à dire. Lorsque je préside à une cérémonie funéraire, ma préoccupation, c?est de rejoindre les gens dans ce scandale et je m?évertue de placer des paroles d?espérances sans rien enlever à la souffrance.
Propos recueillis par <B>N. E. </B>
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