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?Pour l?autonomie, Maurice a fait une chose extraordinaire?

15 décembre 2004, 00:00

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● Quel est votre constat après deux années d?autonomie ?

Je préfère parler de la période de transition, avant le 12 octobre 2002, et après cette date. Rodrigues était dans une situation de dépendance. Il fallait le feu vert des différents ministères à Maurice pour les projets. Après que le pays eut accédé à l?autonomie, il y a eu une prise de conscience de la part de la population. Il n?y a plus cette dépendance concernant les pouvoirs de décision. On apprend à gérer son pays. On devient plus responsable. En tout cas, j?estime que la décision de Maurice d?accorder l?autonomie à Rodrigues, est extraordinaire et que c?est la démocratie régionale qui a primé. Ce qui est plus important, c?est que Rodrigues a une assemblée, qui se réunit régulièrement, et un comité exécutif qui tient ses réunions tous les mercredis.

● Est-ce que les choses se passent comme prévu ?

Vous savez, après la proclamation de l?autonomie, il fallait mettre en place le dispositif approprié. Il fallait chercher des bureaux, trouver le personnel. Nous sommes en train de jeter les bases de cette autonomie. Les structures autour des différentes commissions sont en voie d?être complétées. Il faut conscientiser également les gens et leur expliquer ce qu?est l?autonomie.

● Mais la population attend des résultats concrets ?

Les gens doivent savoir qu?avec l?autonomie, tout ne tombe pas du ciel. Il faut tout mettre en ?uvre pour réussir. Les jeunes commissaires sont en apprentissage. On apprend, et je crois que cet apprentissage se fait dans l?enthousiasme, et avec beaucoup d?intérêt. Tout doucement on arrive à se positionner. Vous savez, personne n?est parfait. On y arrivera avec le temps.

● Mais il y a une certaine impatience...

Non, la population sait que beaucoup de décisions sont en train d?être prises. Même ceux qui n?avaient pas voté pour nous le savent. Certainement, il y a du retard dans certains domaines. Cela est dû à un manque de personnel. Les gens s?attendaient à ce que tout vienne d?un seul coup et très vite. Mais il faut qu?ils comprennent qu?il y a des procédures à suivre. Récemment, lors de l?inauguration d?une route, j?ai remercié la population pour sa patience. Tout viendra avec le temps. En tout cas, il y a toute une explication à donner à la population. La MBC nous accorde des temps d?antenne pour faire passer notre message et nous espérons réussir dans cette mission.

● Quelles ont été vos priorités ?

Notre priorité a été l?accès aux villages. Nous avons investi Rs 500 millions dans les secteurs de l?eau et de la route.

● Mais il y a encore des endroits qui ne sont pas approvisionnés en eau ?

C?est le manque d?eau qui est le problème. Les latrines ont cédé leur place à des toilettes annexées aux maisons. Ce qui fait que la consommation d?eau a augmenté considérablement. Il y a beaucoup de réservoirs qui ne sont malheureusement pas remplis. La distribution d?eau est de 4 000 mètres cubes par jour et la consommation est de 8 000 cubes d?eau. C?est pourquoi, on a pris la décision de venir avec le dessalement de l?eau de mer

● Etes-vous satisfait du budget qui est alloué à Rodrigues ?

Nous avions eu la somme de Rs1,2 milliard, mais quand nous avons préparé le budget, les prévisions budgétaires étaient beaucoup plus importantes. Mais ce n?est pas la somme qui compte. On doit voir les priorités. On peut avoir beaucoup d?argent mais il faut qu?on connaisse notre spending capacity.

● Il était aussi question de revoir le ?Rodrigues Local Act??

Auparavant, le Local Government Act, faisait que nous pouvions nous lancer dans des projets jusqu?à Rs 10 millions sans passer par le Central Tender Board (CTB). Mais cette loi a été amendée et le montant pour se lancer dans des projets sans passer par le CTB a été ramené à Rs 1 million. Ce qui fait que nous concédons beaucoup de retard au niveau des projets. Nous voulons nous dissocier complètement du Local Government Act et nous en avons fait état à Robert Ahnee.

● L?opposition vous accuse de brader les terrains de l?Etat au profit de grands capitalistes. Que répondez-vous ?

Vous faites état sûrement du projet de Pointe-Source. Dommage que certains journaux ne vérifient pas tous les faits avant de publier des informations. On a parlé de mettre 420 arpents de terre à la disposition d?un promoteur. Mais les faits sont tout autre. Il y a un projet d?hôtel dont le promoteur est Alain O?Reilly du Domaine du Chasseur. Si tout se concrétise, il aura un bail pour la construction d?un hôtel. Mais nous voulons aussi créer un grand parc d?attractions à Pointe-Source. Ce sera un projet en partenariat. Ce sera un endroit où les touristes et aussi des Rodriguais pourront découvrir beaucoup de choses. Beaucoup d?animaux qui ont disparu à Rodrigues pourraient y être réintroduits. Nous pouvons créer un jardin d?arbres endémiques. En tout cas, si tout marche comme prévu, Rodrigues disposera d?un beau site touristique.

● Le nombre de chômeurs ne cesse d?augmenter?

Nous devons revoir notre système d?éducation. Il ne répond plus aux besoins des Rodriguais. Nous devons mettre sur pied des écoles de pêche et une école d?agriculture. Les jeunes ne peuvent pas se croiser les bras et attendre que le gouvernement leur offre des « jobs ». Il faut se tourner vers de petites et moyennes entreprises. Vous savez que nous importons des bougies de Maurice. Pourquoi des Rodriguais ne se lancent-ils pas dans ce secteur ? Malheureusement les Rodriguais ont cette mentalité de pessimisme. Ils ont peur de se lancer dans des projets. On lance des appels d?offres pour la confection d?uniformes, mais il n?y aucun Rodriguais qui ose se lancer dans ce projet. On doit changer cette mentalité. Il y a beaucoup de petites choses qu?on peut faire à Rodrigues. Je suis persuadé qu?on peut même exporter des produits à Maurice et même à la Réunion. Je pense également que le tourisme pourrait permettre à de jeunes Rodriguais de trouver des jobs.

● Les gérants de tables d?hôtes et de gîtes disent avoir des difficultés pour opérer?

Il faut réglementer . On ne peut pas poursuivre dans ce domaine en ne respectant pas certaines normes. Nous avons à défendre une réputation. Nous ne voulons pas que ceux qui repartent de Rodrigues disent du mal de cette île. Il en est de même pour les éleveurs. On ne peut plus continuer à laisser traîner les animaux. Vous savez, de nombreux agriculteurs ont abandonné leurs jardins parce que leurs légumes ont été détruits par des animaux.

● Pensez-vous que Rodrigues puisse devenir financièrement autonome ?

Il y avait un ministre et je crois que c?était Vishnu Lutchmeenaraidoo qui avait évoqué cette indépendance économique. Mais il faut, avant tout, mettre en place les structures. C?est ainsi qu?on envisage de mettre sur pied une planning and monitoring unit avec à sa tête deux économistes et un statisticien. Il faut créer un poste de directeur des finances. Cette unité se lancera dans une étude pour savoir quelle est la valeur que les Rodriguais produisent. C?est seule une enquête qui pourra nous éclairer. Mais je suis confiant que notre île pourrait devenir économiquement indépendante. Mais cela prendra le temps qu?il faudra. Car nous ne voulons pas gérer l?autonomie dans l?assistanat.

● Abordons la chose politique. L?Assemblée régionale a été épinglée par l?Audit. Vos commentaires ?

A l?heure que je vous réponds, je ne suis pas au courant de tous les détails du rapport de l?Audit. Mais de ce que j?ai lu, je reconnais qu?il y a eu un certain gaspillage. Mais je dois faire ressortir que ce projet a été initié quand Joe Lesjongard était ministre de Rodrigues. Nous n?étions pas encore là. Mais nous assumons notre responsabilité. Je demande toujours aux commissaires d?éviter le gaspillage.

Malheureusement, avant on n?a pas voulu nous écouter. Je parle de la construction du collège Citron-Donis, alors qu?on aurait dû construire un collège technique.

● La force policière fait l?objet de beaucoup de critiques. A qui la responsabilité ?

Autrefois, il y avait des cas de brutalité policière. D?ailleurs, j?avais consacré un article à ce problème. Heureusement, de nos jours tel n?est plus le cas. Mais les policiers consomment beaucoup d?alcool pendant leurs heures de travail.

● Il y en a beaucoup ?

C?est un problème très sérieux. J?en ai parlé au commissaire de police. Je crois qu?il faut avoir dans l?île un bon chef de police. J?ai demandé également que les policiers soient mieux formés. Je pense que les casernes de la SMF doivent être converties en centre de formation. J?ai demandé également à ce qu?il y ait une petite équipe de Police Band pour Rodrigues.

● Il y a beaucoup de critiques qui ont été émises au sujet du déplacement des commissaires ?

Le Premier ministre a eu raison de ne pas répondre à cette question. Nous sommes disposés, ici, à répondre à l?opposition. Il y a l?Assemblée régionale qui est disposée à répondre à ces questions. Notre rapport annuel contient toutes les informations. Mais laissez-moi vous dire que beaucoup de nos déplacements ont été financés par ceux qui nous ont invités. L?opposition aura la réponse.

● Quel sera votre ?stand? si demain il y a un autre Premier ministre à la tête de Maurice ?

Les standing orders expliquent clairement que le chef commissaire est appelé à discuter avec le Premier ministre de Maurice. Donc, nous travaillerons avec le gouvernement du jour. D?ailleurs, dans le passé, l?OPR a travaillé sous différents régimes et des alliances. Je ne prévois aucun problème.

L?affaire Wong So a suscité beaucoup de remous à Rodrigues et à Maurice. Quels sont vos commentaires ?

Je répète : Claude Wong So avait un contrat de deux ans. Son contrat a expiré. Je ne comprends pas pourquoi on en veut à son successeur. Jean-Claude Pierre-Louis a fait ses preuves. C?est un fils du sol. Pourquoi certains le critiquent. Je suis sûr qu?il fera un travail formidable.

Propos recueillis par Sunil OODUNT et Jocelyn ROSE

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