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Portrait-robot du Mauricien

1 mars 2008, 00:00

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L?île Maurice fête ce 12 mars ses 40 ans d?indépendance. Pour marquer l?événement, l?express propose jusqu?à cette date des articles consacrés à la thématique propre à la construction d?une nation. Nous lançons la série avec un texte où des intervenants dressent le portrait-robot du Mauricien. Derrière le sourire réglementaire, un personnage qui frôle le tragi-comique se révèle.

Toute ressemblance avec des personnes existantes ne seraient nullement fortuites... Et malgré les clichés, il est possible de voir autre chose chez le Mauricien que son sens de l?accueil, sa générosité ou encore son pacifisme. En tant que peuple, le Mauricien est encore en phase de construction identitaire. D?où ses tâtonnements, ses hésitations, ses postures parfois contradictoires et cette facilité qu?il a à se laisser embarquer sur le radeau promis au naufrage des lieux communs.

L?image nous vient du passé et elle est véhiculée par tous ceux qui sont nostalgiques du vivre-commun par lequel se signalaient les Mauriciens. Aujourd?hui, c?est une toute autre histoire et elle n?est pas forcément négative. Au fil du temps, comme le relève le saxophoniste José Thérèse, «le Mauricien a pris conscience de sa valeur». Comme tout bon Mauricien, il ne peut s?empêcher d?ajouter un «mais» à sa locution. «Mais cette valeur est en train de fondre comme neige au soleil car chacun se cloisonne dans ses certitudes pour ne pas dire ses idées reçues. Je veux cependant croire que ce mot ?mauricianisme? recouvre encore un sens», poursuit-il.

Il n?est toutefois pas seulement question de cette identité mauricienne, hypothétique pour les uns, rayonnante pour d?autres. Il s?agit aussi de l?évolution d?un être qui est sorti de l?ère coloniale, qui a travaillé pour que sa vie et son pays ne sombrent pas dans la paupérisation. «Nous avons trois générations qui se chevauchent. Ceux qui se sont sacrifiés pendant la période pré et post indépendante. Ensuite, ceux qui sont partis à la conquête du savoir, soit ceux qui ont construit l?indépendance. Enfin, aujourd?hui une génération qui hérite des efforts passés mais qui a aussi la responsabilité de gagner la bataille de la mondialisation», estime, à cet effet, Karl Mootoosamy, directeur de la Mauritius Promotion Tourism Authority (MPTA).

Il a ainsi des constantes et des traits de caractère spécifiques qui accompagnent ce Mauricien à travers le temps. Il est tout aussi vrai qu?à l?image d?autres peuples et d?autres nations ? la distinction sera faite dans un autre article ? le Mauricien a connu des phases de comportement typiques à tous pays. Dans son costard porté méticuleusement, il a reproduit un modèle british jusqu?à essayer de lui emprunter son humour noir. Ou encore a-t-il raconté son récit d?immigré et de déraciné avec la densité poétique d?un Raphaël Confiant comme autant d?échardes blessant son coeur. Les éclats de mémoire continuent à obscurcir son esprit même si la nouvelle génération n?y comprend pas grand-chose. Il aura oublié la douleur dans le travail voire dans l?éducation. Aujourd?hui, il partage des habitudes avec d?autres peuples insulaires autant qu?il peut s?en démarquer. Derrière le cliché de l?être désinvolte qui mange son dholl-puri en avalant un coca en avançant à un rythme ralenti, il est des traits plus réels, moins cartes postales.

<B>«Le mauricien place une distance»</B>

Il y a des particularités mauriciennes qui sont néanmoins typiquement îliennes. «Il y a ainsi des locutions qui sont révélatrices. Comme d?autres insulaires, le Mauricien ne sait pas dire ?non?. Il dira, par exemple, ?pas vraiment? pour ne pas avoir à dire ?non?. Il ne se mouille pas. Par contre, à la différence d?autres insulaires, le Mauricien n?est pas très expansif. Lorsqu?on lui donne la main, il vous la serre sans vous regarder dans les yeux. Il place une distance», explique, en ce sens, Karl Mootoosamy. De la même manière, poursuit-il, le Mauricien se montrera hospitalier à l?égard des étrangers mais, dans le fond, il est plus réservé voire timide. «Il n?est pas démonstratif, sa joie de vivre n?est pas tranchante et ses prises de position sont plutôt neutres. A contrario, il ne s?épargne pas les efforts pour réaliser ses objectifs d?ascension sociale et de conquête. Si au pays, il a besoin de la protection de la famille, à l?étranger, il se montrera plus entreprenant», enchaîne le directeur de la MTPA.

Ce sont peut-être ces traits pragmatiques qui ressortent du Mauricien et qui éclairent la représentation qu?il pourrait avoir de lui-même. Imperméable aux critiques, il se satisfait de son sens de l?analyse critique même s?il ne l?exprimera pas. La nouvelle génération reproduit à la perfection cette caractéristique distinctive. D?où aussi une certaine incompréhension sinon une colère sourde de ceux qui voudraient voir le Mauricien plus engagé, plus impliqué dans la création d?un imaginaire pour son pays. «Même s?il a évolué, il ne pouvait faire autrement car le monde évolue, le Mauricien doit encore passer l?épreuve d?une réelle évolution de sa mentalité», assure, à ce chapitre, José Thérèse.

L?ancien ministre de l?Education, Kadress Pillay, ne peut, lui, s?empêcher de constater un effritement du sens d?appartenance au mauricianisme. «Il y a un mauricianisme par exception. L?élan unitaire est ponctuel. C?est l?ethno-politique qui domine autant qu?est omniprésente une culture de superficialité. Le Mauricien se complaît trop aujourd?hui dans son sectarisme, actif ou passif, et dans sa mentalité ?roder boute?. Il reproduit l?abêtissement de sa classe politique. Autrement, on n?aurait pas eu, par exemple, une opposition politique qui n?arrive pas à faire des propositions sur les cinq fondamentaux que sont l?éducation, la santé, l?environnement, l?économie et la sécurité», fait-il remarquer.

«Je suis inquiet pour mon pays. Une culture de l?à-peu-près s?installe. Nous n?attendons que notre part du gâteau. L?éducation comme outil de mobilité sociale est coincée. Ceux qui sont au bas de l?échelle n?ont aucune chance de réussir», insiste Kadress Pillay. Un avis qui n?est pas partagé par Karl Mootoosamy. «L?éducation a marqué le pays bien plus qu?on ne le croit. La plus grande chose qu?on ait accompli en 40 ans, c?est sortir de l?illétrisme. De tous les Etats insulaires, nous avons connu un progrès notable grâce à l?éducation et un projet de développement dans le cadre d?une démocratie vivante», fait-il remarquer.

Affable ou fabulateur ? Peuple parieur et râleur ou peuple qui croit en sa valeur ? Soif d?authenticité ou assoiffé de matérialités ? Sans doute, il y a un peu de tout cela. Sûrement, après 40 ans, le peuple a des difficultés à l?admettre?

<B>Les 10 traits du Professeur Mohamedbhai</B>

L?ancien vice-chancelier de l?université de Maurice, le Professeur Mohamedbhai, identifie dix principales caractéristiques au personnage mauricien :

? Le Mauricien est généreux de nature.

? Il est débrouillard et intelligent.

? Il a un bon sens de l?humour qu?il exprime à travers le créole.

? Il est religieux et conservateur de sa culture ancestrale mais, en même temps, tolérant et compréhensif à l?égard des autres religions et cultures.

? Puisqu?il vit sur une île, il aime voyager et connaître le monde. Il est ainsi accueillant à l?égard des étrangers et est toujours prêt à les aider.

? Il n?apprécie pas toujours les atouts et les avantages que présente son pays. Il pense ainsi que l?herbe est toujours plus verte ailleurs.

? Il ne pratique pas de sport mais suit le foot international de très près. De la même manière, il adore la mer mais ne sait pas toujours nager.

? Il a un faible pour les palabres et, bien souvent, il arrive à faire croire que ce sont des vérités.

? Il suit de très près la politique mais n?est pas toujours judicieux dans ses choix politiques. Il est facilement influencé par un slogan ou par un personnage politique mais l?est rarement par le programme des partis politiques.

? Il y a une identité mauricienne mais elle est complexe et difficile à cerner. Cette identité fait surface surtout lorsque le Mauricien se retrouve à l?étranger.

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