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Portrait d?une force tranquille

19 décembre 2004, 00:00

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On la croyait effacée, voire même un peu terne et timorée. Tout ça parce que pendant les quatre années où elle a été PPS, elle n?a pas fait parler beaucoup d?elle. Erreur d?appréciation. Leela Dookun-Luchoomum, la nouvelle ministre des Arts et de la culture, n?a rien d?une potiche que l?on affiche pour faire joli dans le décor gouvernemental. Bien au contraire. Même si elle a le sentiment que ses compétences ont enfin été reconnues, elle n?est pas naïve au point de croire que c?est uniquement pour cette raison qu?elle a été nommée. « J?aurais préféré qu?on dise qu?on m?avait choisi pour ce que je suis et non, parce que je suis une femme », dit-elle, en ajoutant, un rien agacé : « On n?a pas arrêté de me demander quel sari j?allais mettre pour ma prestation de serment. Est-ce qu?on demande à un homme, la couleur de la chemise qu?il va porter ? »

Un camouflet pour cette mère de deux garçons qui, sans être féministe, lutte pour l?égalité des femmes. « Elles doivent pouvoir mener leur vie, sans avoir à changer leur manière d?être et de faire. » Pas question, donc, pour elle d?imiter ces messieurs. Son style à elle, c?est une détermination à toute épreuve, en toute discrétion. Une force tranquille qui attend son heure.

À 43 ans, cette femme intelligente, à la voix chaleureuse et au nez volontaire, ne manque pas de tempérament. « Elle sait se faire entendre sans être agressive », assure Prakash Maunthrooa, secrétaire administratif du MSM. « Elle sait parfaitement ce qu?elle veut et a le drive pour l?avoir. Ce n?est que le début. Elle ira loin », prévient, de son côté, Menon Mounien, un ancien collègue du collège du St-Esprit, où Leela Dookun a enseigné la biologie de 1987 à 2000.

« Traditionnelle mais pas boring »

La politique, elle a toujours voulu en faire. Depuis l?âge où l?on rêve d?idéal. Pourtant, mis à part un grand-père au PMSD dans les années 60, elle n?a pas de prédisposition familiale particulière. Peu importe, la politique l?interpelle. D?ailleurs, lorsque Shiv, son époux, la demande en mariage, elle le prévient qu?un jour où l?autre, elle franchira le pas. L?occasion se présente en 1996, au moment des élections municipales où elle se présente sous la bannière du MSM. Candidate malheureuse, ça ne l?empêche pas de faire son trou dans le parti et de devenir présidente de l?aile féminine. En 2000, elle est élue dans la circonscription n° 15. À défaut d?un portefeuille auquel elle pouvait déjà légitimement prétendre ? elle a le bon profil ? la victoire la consacre Private Parlementiary Secretary. Un bon début pour une novice et surtout une expérience « très enrichissante ». « Ca m?a permis de rester proche des gens, d?être au courant de leurs problèmes. Comme PPS, vous avez les moyens de faire bouger les projets. Quand vous faites une route ou une gare routière comme à Hermitage, vous les aidez dans leur vie quotidienne. » Et parallèlement à ce travail de terrain jugé « excellent » par les membres de son parti, elle siège dans deux comités parlementaires.

Partout où elle passe, Leela semble être appréciée pour ses qualités humaines et son esprit d?équipe. Un peu réservée, certes, mais accessible, ouverte à la critique, à l?écoute des autres.

« Traditionnelle dans sa manière de vivre, mais pas boring. Elle a un bon sens de l?humour », assure Kobita Jugnauth. Et puis surtout, c?est une bosseuse qui ne ménage pas sa peine. « La première chose qui m?avait frappé chez elle, c?est sa discipline au travail et son sens des responsabilités », témoigne Prakash Maunthrooa. Opinion partagée par l?épouse du vice-Premier ministre, qui n?hésite pas à affirmer qu?elle est l?un des membres les plus disciplinés du MSM, ne ratant jamais une réunion. « Elle a toutes les qualités que l?on demande à nos futures femmes politiques. »

Leela Dookun en a surtout l?ambition. Et le courage de se battre pour atteindre son but. Mais pas encore toutes les ficelles. Son plus gros défaut : elle est impulsive. Déjà enfant, elle passait pour la « grande gueule » de la famille. Trop franche, pas assez diplomate comme ses collègues masculins, reconnaît-elle. « J?ai appris à me maîtriser depuis que je fais de la politique. Mais les gens n?aiment pas qu?on leur montre nos limites. »

Reste qu?être femme en politique n?est pas toujours facile. Non pas sur le terrain où elle est bien accueillie. Le problème, ce sont les collègues masculins, qui ont toujours du mal à lui faire de la place. « C?est aussi plus difficile parce qu?on a plus de responsabilités. Mais si celles-ci sont partagées dans le couple, les femmes peuvent s?investir dans n?importe quel domaine. »

Mais réussir exige des sacrifices. « Il nous faut être la meilleure partout. » Faute de temps, Leela Dookun ne fait plus de jardinage et de promenades dans la nature, ni de shopping, ce qu?elle adorait. Et surtout, elle n?arrive pas à donner à ses enfants, la même ambiance qui régnait dans sa famille.

Potiche, Leela Dookun ?

Pour l?instant, la seule chose qui la chagrine, c?est le peu de temps dont elle dispose pour « laisser son empreinte » à la culture. « Je voudrais amener les jeunes à extérioriser leurs talents. »

Même si elle a toujours été sensible à l?art et à la littérature, il est clair que d?elle-même, elle n?aurait jamais pensé à prendre en charge ce ministère. Mais c?est un premier pas avant d?espérer un jour accéder à de plus hautes fonctions. Premier ministre, ça lui dirait ? « Je veux d?abord savoir ce que ça veut dire d?être ministre. On verra après. » Potiche, Leela Dookun ? Non, une force tranquille qui sait où elle va et qui n?a peur de rien.

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