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Portrait d?un passionné

2 juillet 2004, 20:00

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La Passion du Christ a dévoilé une facette, jusqu?ici peu connue de Mel Gibson, son réalisateur. Celle d?un catholique. Fervent pour ses admirateurs. Fondamentaliste pour ses détracteurs. On est très loin de l?image de star des grosses productions hollywoodiennes. L?acteur-réalisateur-producteur s?est investi, corps et âme, et dollars dans ce film qu?il a décrit comme son ?uvre la plus personnelle.

Mel Gibson s?est fait remarquer ces dernières années pour des prises de position assez peu progressistes contre l?avortement ou les mariages entre homosexuels, mais à Hollywood, personne ne semblait y prêter attention.

Avec La Passion du Christ, le grand public découvre aujourd?hui que l?acteur, père de sept enfants, est un catholique assez enflammé qui a dépensé près de 3 millions de dollars pour la construction, dans les collines de Malibu, d?une église où les messes, chaque dimanche, sont dites en latin. Au coeur de cette sainte chapelle, l?acteur de Mad Max est le plus fameux pratiquant d?un groupe de «catholiques traditionalistes» qui s?opposent aux dernières réformes de l?Eglise, notamment celles du concile Vatican II, dans les années 60, où fut officiellement abandonnée la doctrine selon laquelle les juifs étaient responsables de la mort du Christ. «Le Vatican est un loup déguisé en mouton», disait Mel Gibson à Rome sur le plateau de son film.

L?auteur de Braveheart (Oscar du meilleur réalisateur en 1995) est né en 1956 dans une famille catholique traditionaliste. Le père du cinéaste, Hutton Gibson a créé en Californie une secte anticonciliaire de 100 000 adeptes. Gibson Sr. a mis en cause la réalité de l?Holocauste, selon le New York Times, journal américain. L?an dernier, dans les colonnes de ce journal, Hutton Gibson, du haut de ses 83 ans, disait que «Vatican II était un complot des juifs et des francs-maçons» et s?aventurait sur le terrain du révisionnisme, avançant notamment qu?«il y avait plus de juifs en Europe à la fin de la guerre qu?au début».

Dans un entretien donné au Readers? Digest, son fils, interrogé à son tour sur la Shoah, répond : «Bien sûr, il y a des atrocités. La guerre est horrible. La Seconde Guerre mondiale a tué des dizaines de millions de gens. Certains étaient des juifs dans les camps de concentration. Beaucoup de gens ont perdu leur vie... Au siècle dernier, 20 millions de gens sont morts en Union Soviétique.»

Pour promouvoir ce film, dans lequel il a personnellement investi 25 millions de dollars, Mel Gibson s?est largement appuyé sur les réseaux des communautés chrétiennes évangéliques. Ces congrégations, qui regroupent aux Etats-Unis plus de 50 millions de fidèles (parfois surnommés «Jesus Freaks»), ont été encouragées à acheter collectivement des billets pour les premières séances du film, aux Etats-Unis, voire à remplir des cinémas entiers.

La société de Mel Gibson, Icon Productions, peut aujourd?hui se réjouir. La Passion du Christ est un vrai succès commercial : plus de 370 millions de dollars de recettes, sur le seul territoire américain. Qu?importe ces chiffres, pour Gibson, il ne s?agit pas d?argent, mais de l?accomplissement de l?oeuvre de Dieu. C?est devenu une véritable croisade, sans précédent dans l?histoire d?Hollywood.

«Le Saint Esprit oeuvrait à travers moi pendant ce tournage. Moi, je me contentais de gérer le trafic», a déclaré Mel Gibson, qui pratique la messe en latin et ne consomme pas de viande le vendredi. Il a fait célébrer la messe tous les jours durant ce tournage. «Mel Gibson n?est pas du tout un homme brillant, ni physiquement ni intellectuellement, raconte le père Charles-Roux, le chapelain du tournage. Ce n?est pas le genre sociable ni cultivé. Plutôt un diamant brut. Il n?a rien à dire, mais il a fait ce film, qui est sa manière de s?exprimer, avec une foi médiévale et assez admirable. Il est profond dans son étroitesse, mais étroit.»

Le projet La Passion du Christ remonte à plus de douze ans, alors que Mel Gibson, en pleine crise spirituelle, s?interrogeait sur sa foi et le sens de sa vie. A cette époque, l?acteur, ayant sombré dans l?alcool, a failli se suicider avant de se tourner vers le christianisme et Dieu. Pour la star, Dieu lui aurait parlé directement un jour où il tentait de se suicider. Gibson, à l?instar de George W. Bush, est un «Born Again Christian». Un homme qui a touché le fond (crime, alcool, drogue ou toutes sortes de poisons de ce genre qui détruisent les vies) et qui s?en est sorti grâce à la religion.

«Oui, je crois vraiment en Dieu. Comment ne pourrait-il pas y avoir quelque chose de plus grand, de plus fort que moi, malgré le bazar ambiant qui règne dans le monde ?... Si Dieu n?existait pas, que ferais-je ici-bas ? Qu?est-ce qui m?empêcherait d?envahir le monde entier et de faire régner ma propre loi ?»

Une foi qui n?empêche pas les doutes. «C?est-à-dire qu?il faut accepter que tout ce que l?on a entre les mains aujourd?hui soit appelé à disparaître demain. Même si c?est dur à entendre : c?est là que commence l?humilité. Et c?est ce que longtemps, j?ai eu du mal à accepter moi-même. J?ai vraiment erré... Disons de... 17 à 35 ans. Mais le temps fait son travail et la maturité aidant les choses deviennent plus simples à encaisser... et à accepter.»

C?est sa passion, sa ferveur spirituelle que l?acteur a souhaité transmettre au cours du tournage de La Passion du Christ. «Mon intention avec ce film était de créer une oeuvre d?art et de stimuler le débat et la réflexion parmi des publics d?horizons différents», explique-t-il. «Mon espoir ultime est que le message de courage et de sacrifice véhiculé par cette histoire inspire la tolérance, l?amour et le pardon. Des valeurs dont nous avons désespérément besoin de nos jours.» Gibson a fait une apparition symbolique dans La Passion du Christ. Il s?invite dans la scène de crucifixion du film en clouant les mains du «fils de». «C?est moi qui les ai placées sur cette croix. C?était mes pêchés que je clouais.»

Homme de passion, Mel Gibson le prouvera, avec son nouveau film. L?acteur et réalisateur veut mettre en scène, un épisode de l?histoire de la communauté juive : la révolte des Maccabées sur les Asmonéens. Le film racontera comment les juifs ont été spoliés et comment il leur a été interdit de garder leur religion sous le règne d?Antiochus.

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