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Port-Louis, terrain miné

24 décembre 2005, 20:00

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Le bruit mat de l?impact. Coup de frein sec et voilà le taxi qui s?arrête dans un grincement de pneus. Le choc. Et ensuite ce flot indigné débité par le conducteur.

« Mars lor simin ancor ! Ou pa kapav mars lor trottoir madam ? ! »

Sous le choc, mon amie a perdu la parole. Le conducteur le voit bien. Il compte même dessus. Il continue son agression verbale alors que nous nous assurons que tout va bien.

Il finit par m?énerver.

« Me kot ou le nou marse ! Lor trottoir ena loto inn gare et marsan pe vende. Kot dimounn pou marse ! »

« Mo fot alor ! »

« Non, me nou fot sa ? »

Après quelques minutes d?altercation et quelques réticences, le conducteur présente ses excuses et s?en va. L?incident date de quelques jours. Il est arrivé rue John Kennedy, à Port- Louis. Aurait-il fallu qu?une de nous deux meurt ce jour-là pour que les autorités se résolvent enfin à mettre un peu d?ordre dans l?anarchie totale qui règne dans les rues de Port-Louis ces jours-ci ? Se rendre en ville, c?est comme se risquer à traverser un champ de mines. L?armée de shoppers et de marchands ambulants qui assiègent la ville est un danger permanent.

Il n?y a pas que les risques d?accidents. Le vol est un autre danger omniprésent. Les voleurs à la tire traînent les rues à la recherche de leur boni de fin d?année. Un moment d?inattention devant un marchand ou en traversant la marée humaine, et on est délesté. Bien sûr, les plus imprudents qui portent leur argent de manière ostensible font des victimes plus évidentes. Mais il n?y a pas qu?eux. Mercredi encore, un homme s?est fait arracher son attaché-case en plein jour et pratiquement à la porte de la Mauritius Commercial Bank.

On aurait tort de se laisser bercer par un sentiment de sécurité qu?aurait pu inspirer la présence visible et accrue de policiers dans le centre-ville. Trop souvent, ceux-ci sont en train de fuir le soleil de plomb ou alors de faire eux aussi leur shopping. Quand ils ne sont pas eux-mêmes recyclés en marchands ambulants pour arrondir leurs fins de mois pendant quelques jours?

Le malfrat qui a volé le client de la MCB a eu le temps de descendre la rue Sir William Newton, de remonter la Place d?Armes et de disparaître avant que les policiers nonchalants n?arrivent à décider dans quelle direction courir !

Nous sommes tous un peu responsables

À qui la faute, demandait le conducteur qui a failli nous écraser. À bien y regarder, nous sommes tous un peu responsables. Ne contribuons-nous pas à faire prospérer ce commerce parallèle en faisant des achats dans la rue ? L?excuse est que les prix y sont moins élevés. Mais est-ce vraiment le cas ?

À vrai dire, la marge entre les prix des boutiques et ceux de la rue rétrécit de jour en jour. Cela aurait dû être le contraire, vu la facilité à importer du duty free et à vendre à même la rue sans devoir payer pas-de-porte ni loyer.

Ne cautionnons-nous pas le laxisme des administrations municipales en leur permettant de s?en tirer à si bon compte avec l?anarchie ? Il n?y a jamais eu de mobilisation citoyenne de masse pour obliger les administrateurs à nous rendre nos rues et trottoirs, à nous les usagers. Encore que nous ne devrions pas en arriver là, pour peu que ceux-ci fassent avec un minimum d?efficacité le travail pour lequel ils sont payés.

En attendant que chacun comprenne sa part de responsabilité, continuons à nous plonger dans la marée humaine de Port-Louis, à nous faire voler, à nous faire écraser. Après tout, l?essentiel c?est que le business marche.

À tous les niveaux. Et qu?on ne dérange pas le (dés) ordre établi.

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