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Port-Louis témoin de la rage des élèves
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Port-Louis témoin de la rage des élèves
Ce qui avait commencé comme une marche pacifique s?est transformé en révolte des élèves contre les autorités. Ils manifestaient au départ contre la suppression des subsides de 50 % pour les frais d?examens du School Certificate et du Higher School Certificate.
Slogans hostiles au régime, insultes, scènes de violence. Port-Louis a été le témoin de la colère de collégiens et de parents venus en grand nombre hier. Ce ne sont pas les cris de guerre qui ont manqué. ?Sel solusion? revolusion?, ?nou lé sanzman?, ?Gokhool demission?, ?Sithanen deor?, ?pa pou payer??
A 14 h 30, le terrain de volley-ball devant le Centre social Marie-Reine-de-la-Paix est noir de monde. L?ambiance est plutôt bon enfant. Sourires et détermination. ?L?éducation ne peut pas être une question d?argent, un business. C?est un droit universel et personne ne peut nous arracher ça?, lance Reuben, du collège Eden. ?Je suis là pour soutenir ceux qui ne pourront pas payer.?
C?est aussi le discours de Jessica, du collège de Lorette de Quatre-Bornes. Elle axe son allocution sur la solidarité estudiantine. ?Zordi nou pa la en tan ki Lorette, St-Esprit ou Royal. Nou la en tan ki zenfan Moris. Tou zenfan ena drwa a ledikasyon. Zot dir nou fer sakrifis mé kombyen gaspyaz zot fer ?? crie-t-elle au micro. Umeshwaree Canneeah, du collège Bhujoharry, exprime son désaccord avec la réforme. ?Pe rass ledikasyon ek bann zenfan.?
Les collèges du St.-Esprit, Islamic, Aleemiah, Royal, Lorette, Eden, Alpha, London, Mahatma Gandhi, pour ne nommer qu?eux, sont bien représentés et reconnaissables par leurs uniformes. Les élèves des collèges d?Etat ont ? ?pour ne pas subir des représailles? ? opté pour des tenues de ville.
Les panneaux délaissés pour les foulards
Alors que les syndicalistes se succèdent au micro pour stimuler la foule et font référence à Mai 75, les membres de l?opposition, dont Paul Bérenger et Pravind Jugnauth, respectivement leaders du MMM et du MSM, observent le silence. Leur présence est surtout symbolique puisque la plate-forme n?a pas voulu donner une couleur trop politique à la manifestation.
La marche commence. Au fur et à mesure que le cortège avance, la foule grossit. Au point culminant, ils étaient environ 5 000 participants selon l?express, alors que les organisateurs en attendaient 2 000 et estiment maintenant l?affluence à 7 000. En tête, des syndicalistes rompus aux manifestations, dont Reaz Chuttoo et Tulsiraj Benydin, donnent le ton pendant plus d?une heure.
Après avoir longé les rues St.-Georges, John Kennedy, Ferrière, les manifestants envahissent La Chaussée pour s?arrêter devant le jardin de la Compagnie. Jusqu?ici, l?ambiance plus ou moins bon enfant prévaut toujours. Mais lorsque les organisateurs annoncent la fin de la manifestation, beaucoup de jeunes ne l?entendent pas de cette oreille. Alors que la partie ?officielle? finit vers 16 heures, environ un millier de personnes, en grande majorité des collégiens, jouent les prolongations.
Chauffés à bloc, ils forcent la police à enlever le barrage à hauteur du bureau du Premier ministre pour bloquer la circulation au niveau de la Place d?Armes et se rendre au quartier des banques. La tension monte et l?ambiance est électrique. Il suffit d?une étincelle pour allumer la mèche. Les slogans deviennent de plus en plus agressifs et les esprits s?échauffent. Certains délaissent panneaux et banderoles pour les foulards, histoire de ne pas être reconnus? La police est débordée et ne semble pas trop à l?aise avec la tournure des événements.
Entre-temps, dans le parking de l?Hôtel du gouvernement, la Special Supporting Unit, en combinaison et armée de bâtons, attend les ordres. Heureusement, sa hiérarchie ne fera pas appel à ses services.
Alors que la plupart des politiciens sont déjà partis, les syndicalistes essayent de raisonner les jeunes. Porte-voix à la main, Reaz Chuttoo montre son impuissance à disperser la foule qui décide de camper devant l?Hôtel du gouvernement. Sachant qu?il est interdit de manifester là, Yahya Paraouty, porte-parole de la plate-forme nationale et principal organisateur, demande aux jeunes de continuer la manifestation, mais au jardin de la Compagnie. Un cri dans le désert. Il est 16 h 30.
Voiture prise en chasse
Lorsqu?un policier donne un coup de pied à un jeune assis sur la route en lui ordonnant de se lever, on frôle le pire. Il est immédiatement pris à partie par des manifestants, mais des adultes arrivent à apaiser les esprits.
Quelques minutes plus tard, la foule, maintenant d?environ 500 personnes, s?arrête devant l?entrée du bureau du Premier ministre où elle scande leur hostilité au gouvernement. Les injures fusent. Sam Lauthan, président du MMM, tente de les calmer, mais sans résultats. Des agitateurs envoient des projectiles sur la dizaine de policiers qui barrent la porte d?entrée du bâtiment du Trésor, à la rue Pope-Hennessy. Devant l?entrée du Parlement, la même scène se reproduit.
?Bann lespri pe sofe, pa kone ki pou kapav arive aster?, déplore un élève du collège Newton qui assiste au spectacle avec ses camarades. Le cortège continue sa route jusque devant le théâtre de Port-Louis.
Un nouvel incident se produit lorsqu?un cabriolet avance à grande vitesse risquant d?écraser des jeunes. Pris en chasse par une trentaine de collégiens, il est rattrapé deux rues plus loin et sévèrement pris à partie. Certains se déchaînent sur la voiture confisquant les clés ainsi que le portable du propriétaire. Mais là encore, d?autres élèves parviennent à raisonner les fauteurs de troubles. A 17 heures, le calme revient et la foule restante se disperse en se donnant rendez-vous le 12 mars au Champ-de-Mars pour un nouveau rassemblement.
Réactions
Yahya Paraouty, principal organisateur
■ ?A partir de maintenant, tout est possible. On a assisté à un cri de douleur de la part des enfants. Les débordements qui ont eu lieu sont un signe de défoulement, de colère et c?est clair qu?il y a un sentiment de révolte. Si le gouvernement ne réagit pas au plus vite, nous allons vers la catastrophe parce que ce que nous avons vu aujourd?hui n?est que le début.?
Dharam Gokhool, ministre de l?Education
■ ?A priori, le gouvernement n?aurait pas l?intention de revoir le dossier de la subvention des frais d?examens de SC-HSC.? C?est ce qui ressort d?une déclaration faite par le ministre de l?Education, Dharam Gokhool à ?l?express?, hier soir. ?Nous avons fait le maximum, c?est pourquoi nous demandons à la population de comprendre la situation. Je ne pense pas qu?on va reconsidérer le dossier.? Pour lui, la manifestation était avant tout à but politique. D?ailleurs, il déplore que la plate-forme nationale ?ait essayé d?engager les élèves dans une plateforme politique?. Il est confiant que la population comprendra les dispositions prises par le gouvernement. Il précise que le but du gouvernement est de réorienter les subsides vers ceux qui en ont le plus besoin.
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