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Port-Louis sous l??il de la vidéosurveillance

24 juin 2007, 00:00

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On en parlait il y a douze ans, mais cette fois, il y a des raisons de croire que les promesses pourraient être traduites en actes. Port-Louis entrera de plain-pied dans le cercle des villes surveillées électroniquement. La garantie, assortie d?une enveloppe de Rs 70 millions, a été donnée lors de la lecture du budget 2007-2008 par Rama Sithanen, le ministre des Finances, le 15 juin.

C?est une mesure qui a été favorablement accueillie de part et d?autre. « C?est une nécessité », soutient Reza Issack, le lord-maire de Port-Louis, qui n?a jamais caché son désir d?augmenter les mesures de sécurité dans la capitale. L?avocat Jean-Claude Bibi n?y voit aucun danger, ni pour la liberté de l?individu, et pas plus de risques d?empiétement sur la vie privée. « Ce n?est qu?un ?il électronique. Il n?agira pas à la place des forces de l?ordre », affirme l?homme de loi.

Raj Dayal, l?ex-commissaire de police, accueille favorablement l?idée, mais avec un certain regret. « Je n?ai pas besoin d?être convaincu du bien-fondé de la vidéosurveillan-ce. En 1995, j?avais élaboré un projet pour les principales agglomérations du pays, avec l?aide d?un expert de l?université de Northumbria, en Angleterre. Cela aurait coûté Rs 50 millions. On a perdu beaucoup de temps. »

Du côté des fournisseurs d?équipements de surveillance, on se frotte les mains. Shabnam Anvaraly, directrice d?administration et partenaire de CQ-Tech, Denis Allet, représentant commercial de Brinks, Fawzee Delior, Managing Director de Speedlink Communications, et un représentant de Power Automation Ltd, n?attendent que le lancement des appels pour faire des offres.

Le recours à la vidéosurveillance par les banques, les grandes surfaces, les casinos, les hôtels, certaines entreprises, et des particuliers, est une indication que le pays a fait son entrée dans l?ère des sociétés placées sous monitoring électronique.

Le souci de protéger les droits humains

L?installation de ce dispositif n?a pas fait l?objet d?une réglementation rigide et administrative. C?est une affaire qui se passe entre un client et son fournisseur. Cependant, la présence d?un système de vidéosurveillance dans un lieu fréquenté par exemple, les grandes surfaces, entreprises, etc. doit être signalée. Aux termes d?un récent amendement au Courts Act, les preuves obtenues par le biais de la vidéosurveillance et les films enregistrés sont considérés comme des pièces à conviction.

Autant le Royaume-Uni est réputé pour son impressionnant système en la matière, autant il existe un souci de protéger les droits humains. Et l?Infor-mation Commissioner?s Office, un organisme totalement indépendant, joue un rôle déterminant dans ce domaine. Son commissaire est nommé par la reine et sa principale fonction est de veiller à la protection de données personnelles, et au droit du citoyen d?accéder à des informations détenues par les autorités. De plus, des enquêtes sont régulièrement effectuées quant à l?efficacité de la vidéosurveillance.

L?actuel commissaire de l?Information Commissioner?s Office, Richard Thomas, vient de faire la démonstration de son indépendance lorsqu?il a exprimé des réserves concernant un projet d?incorporer des caméras miniaturisées et des dispositifs d?écoute au système de vidéosurveillance dans une vingtaine de localités.

Ces questions que l?on se pose

● Que signifie le sigle CCTV ?

Closed Circuit Television qui, en français, signifie vidéosurveillance.

● Qu?est-ce donc que la vidéosurveillance ?

Il s?agit d?un système de surveillance électronique d?une superficie géographique donnée : place publique, propriété privée, magasin, grande surface.

● Comment fonctionne-t-elle ?

Ce système utilise des moyens comparables à ceux d?une station de télévision. Sauf que la prise des images et des sons des personnes qui circulent dans un périmètre donné est effectuée à l?aide d?une caméra. L?image et les sons sont ensuite retransmis vers un ou plusieurs moniteurs installés dans un centre de contrôle. Les opérateurs et les techniciens qui y travaillent visualisent, examinent et scrutent les images, et ils retiennent celles qui, à leur avis, fournissent des renseignements qui méritent d?être pris en considération.

● Qui sont ceux qui ont recours à un tel système ?

Tout gouvernement national ou local, toute entreprise et tout individu qui estiment que l?installation de ce système peut contribuer sensiblement à assurer une protection contre la criminalité, le vol, la violation des biens et des propriétés privées, ou encore l?espionnage industriel.

● Pourquoi recourir à la vidéosurveillance ?

C?est principalement dans le but de combattre la criminalité sous toutes ses formes.

● Quels sont ses avantages ?

Elle peut compenser la défaillance humaine. Les preuves que fournit la vidéosurveillance constituent une pièce à conviction irréfutable. Les images enregistrées permettent de retracer facilement l?identité des personnes qui s?y trouvent. Elle permet une intervention rapide et ciblée des agents de sécurité ou des agents de police si l?image se rapporte à un délit.

● La vidéosurveillance n?a pas que des vertus?

Exact. La principale critique con-tre la vidéosurveillance, c?est qu?elle risque d?être utilisée à des fins autres que celles pour lesquelles elle a été installée. Ses détracteurs soutiennent qu?elle peut contribuer à restreindre la liberté de l?individu ou carrément violer l?intimité des citoyens.

● Peut-elle vraiment combattre la criminalité ?

C?est la principale vertu qu?on attribue à la vidéosurveillance. En effet, sa présence dans un périmètre a un pouvoir dissuasif. Cependant, le déplacement potentiel des risques de délinquance et de criminalité vers des endroits non surveillés électroniquement incite à toujours relativiser l?efficacité de la vidéosurveillance. Et cette dernière ne doit pas être mesurée de façon isolée. La vidéosurveillance s?intègre comme un moyen complémentaire dans un ensemble de mesures qui contribuent à combattre la délinquance, à réduire le taux de criminalité, le sentiment d?insécurité, et à protéger les biens et les personnes.

● Que faire pour contourner les risques potentiels de violation de l?intimité des citoyens ?

L?encadrement légal ou la réglementation pourraient ne pas suffire à enrayer les risques de dérives. L?établissement d?un code de conduite auquel les fournisseurs et les utilisateurs ont souscrit pourrait être d?une grande aide. Ce code pourrait, par exemple, inclure un article qui oblige un fournisseur à installer un équipement doté du private zone masking. Il s?agit d?un dispositif électronique qui masque tous les sites situés dans le champ de vision d?une caméra et qui ne devraient, en aucun cas, faire l?objet de surveillance. Ainsi, le technicien de service tenté d?utiliser une caméra pour épier l?intérieur des appartements et des maisons aux alentours ne verra qu?un écran noir.

Surveiller n?est pas jouer?

La plus grande dérive en matière de vidéosurveillance a été répertoriée au Royaume-Uni. Il faut savoir que c?est le pays le plus électroniquement surveillé, avec ses quelque 4, 2 millions de caméras. Et le Royaume-Uni n?a cessé de réfléchir aux moyens à mettre en ?uvre pour trouver le juste équilibre entre la vie privée et la nécessité de faire baisser le taux de criminalité.

La dérive en question a pour nom ciblage automatisé, profiling en anglais. Il s?agit de concentrer les équipements de surveillance sur une composante de la population sélectionnée en fonction de sa morphologie et de son apparence. Et ce ciblage automatisé a pris de l?ampleur dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001.

En Angleterre comme aux États-Unis, ce système a touché tout particulièrement des citoyens de confession musulmane. Aux États-Unis, le cibla-ge a consisté à évaluer le risque de terrorisme posé par chaque voyageur et chaque marchandise transportée. C?est ainsi que, lors d?un ré-cent voyage aux USA, un Mauricien a été examiné de telle sorte qu?il a fini par attribuer ce traitement à son apparence.

Un rapport sur la société de surveillance, commandé en 2006 par l?In-formation Commissioner?s Office de Lon-dres, met en exergue, de manière on ne peut plus claire, ce phénomène. « Since 9/11 such sorting might possibly have contributed to safety in the air (we shall never know) but it has certainly led to crude profiling of groups, especially muslims, that has produced inconvenience, hardship and even torture. »

L?observation faite par un groupe d?experts britanniques, chargés d?effectuer pour le compte du Home Office, une évaluation de quatorze types de systèmes de vidéosurveillance en opération au Royaume-Uni, mérite l?attention : « La croyance selon laquelle la vidéosurveillance peut, à elle seule, contrecarrer les fléaux sociaux, est une pensée extrême et irréaliste. Au mieux, la vidéosurveillance, associée aux autres mesures, peut contribuer à générer certains changements. Mais c?est loin d?être une panacée. Il nous reste beaucoup de chemin à parcourir avant de maîtriser les moyens pouvant permettre d?en tirer le plus de bénéfices possibles. »

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