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Port-Louis, la délocalisation n?accroche pas
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Port-Louis, la délocalisation n?accroche pas
Une ville en effervescence. 6,3 km2 seulement, mais tout y est. Et tout le monde veut y être. Cette frénésie pour une place dans la capitale a coûté Rs 1, 5 milliard à l?Etat en termes de congestion routière en l?an 2000. Quant aux prix des loyers abritant les ministères et autres organismes parapublics, il est passé de Rs 146 941 009 en 1995-1996 à Rs 418 781 556 en 2005, soit une hausse de 65 % en dix ans.
L?audit a toujours maintenu que ces coûts peuvent être réduits si le gouvernement construit ses propres bâtiments administratifs et décentralise ses activités en dehors de la capitale. Il en est de même pour le secteur privé.
Paradoxalement, des im-meubles de plusieurs étages ne cessent d?être construits dans la capitale. Ce qui implique davantage de personnes, davantage de véhicules vers Port-Louis et donc davantage de congestion routière.
Le lord-maire, Reza Issack, est d?avis que la mairie ne peut cesser de livrer les Building and Land Use Permits parce que «cela freinerait le développement et parce que c?est au gouvernement central de décider s?il faut continuer ou pas dans ce sens».
Et les projets routiers pour désengorger Port-Louis s?accumulent. Au coût de Rs 55 millions, la démolition du rond-point du Caudan démarre incessamment. Le ministère des Infrastructures publiques enclenche également la première phase du bus lane.
La décentralisation reste, en revanche, un concept vague qui tarde à décoller. En décembre 2006, le ministre des Finances, Rama Sithanen, avait pourtant annoncé la création d?une nouvelle ville dans le centre du pays, à Highlands, incluant une zone dédiée aux services publics. Cela, sur les terres de la State Land Development Company (SLDC), société qui gère les terrains acquis par l?Etat dans le cadre du deal Illovo.
Le projet, au coût de Rs 100 milliards, fait partie d?une vaste stratégie du gouvernement pour décentraliser ses services et contribuer au décongestionnement de la capitale et d?autres villes. Les promoteurs avaient d?abord jusqu?au 30 mars pour exprimer leur intérêt. La date a été ensuite repoussée au 31 mai après qu?une délégation de la SLDC s?est rendue au Marché international des professionnels de l?immobilier début mars. Quatre expressions of interest d?investisseurs étrangers ont été reçues à l?issue de cette rencontre. Mais l?extension de la date butoir laisse croire que le projet a eu peine à charmer les investisseurs.
Bien qu?étant une solution complémentaire, la décentralisation, rebute. Probablement parce qu?elle est coûteuse et longue (un chantier de trois à dix ans dans le cas de Highlands) alors que la situation à Port-Louis demande des mesures pressantes, souligne Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council (JEC). «Il y a une urgence d?action du fait qu?il y a un coût pour notre économie à cause de l?impact sur la production en termes d?heures perdues, d?énergie consommée. C?est un obstacle à notre compétitivité dans l?économie.»
<B>«Vendre du rêve»
Si le directeur du JEC pense que la décentralisation va aider car il est «essentiel d?avoir des pôles de développement décentralisé pour décongestionner le trafic routier», il se dit pour une approche plus globale pour désengorger la capitale. Il cite ainsi le package de l?expert britannique en transport, Jonathan Richmond, sollicité par le gouvernement face au problème de congestion routière à Port-Louis l?année dernière.
Le lord-maire est, lui, d?avis que le vaste projet de décentraliser vers Highlands «est du rêve qu?on vend aux Mauriciens. Je suis réaliste. Ce n?est pas pour demain. Il y aura peut-être un meilleur aménagement du territoire. On va probablement agrandir Port-Louis en commençant les développements depuis Pailles, par exemple, mais la décentralisation?»
Girish Dabeesing, chief executive officer de la SLDC, défend bec et ongles le projet : «Ce n?est pas du rêve, c?est une réalité que tous les Mauriciens doivent souhaiter.» Il ajoute que le gouvernement entreprend actuellement une étude de faisabilité pour voir l?espace qu?occupent les différents départements et combien de bureaux sont appelés à être déplacés. Le rapport de cette étude sera déposé au mois d?août.
Pour Reza Issack, outre les projets routiers dans la capitale, «le meilleur moyen pour débloquer la situation, c?est que Mahébourg redevienne un port. S?ensuivra beaucoup de développements dans le sud». Il estime que les commerçants voudront toujours se rapprocher de Port-Louis, entre autres, à cause du débarquement de leurs marchandises dans le port. Il pense en revanche que les bâtiments administratifs devraient s?implanter ailleurs, dans la mesure du possible.
<B>Ceux qui ont fait le pas?</B>
Depuis janvier 2006, la Mauritius Employers Federation (MEF), organisme représentant plus de 900 employeurs de Maurice, a quitté ses locaux de Cerné House à Port-Louis pour s?implanter à Ebène. À cause du manque de parking à Port-Louis, d?abord. «On avait des clients qui faisaient le tour pendant trente minutes pour trouver un parking et qui finalement devaient aller jusqu?au Caudan pour se garer», raconte Isabelle Kong, «marketing executive» à la MEF.
A Ebène, les bureaux sont également plus spacieux. Il faut aussi compter le temps mis pour rallier Port-Louis. «Cela prenait à peu près 1 h 30 pour venir au bureau, maintenant pour la majorité d?entre nous, cela nous prend 30 minutes.» Qui plus est, le bâtiment à Ebène appartient à la MEF tandis qu?elle devait s?acquitter d?un loyer à Port-Louis.
Dernière raison du déménagement, mais non la moindre : «Pour servir d?exemple à tout le secteur privé.» Isabelle Kong réitère d?ailleurs son appel de délocalisation de Port-Louis, au secteur privé, mais aussi au secteur public.
Les inconvénients qu?elle note à Ebène par rapport à la capitale, c?est qu?«à Port-Louis, tout était rapproché, surtout au niveau des restaurants, des banques, des centres commerciaux? Ici, l?on peut se sentir un peu dans le désert, surtout ceux qui n?ont pas de moyen de locomotion». Isabelle Kong est cependant convaincue que «dans cinq ans, toutes les facilités qu?on avait à Port-Louis seront présentes à Ebène».
Quant à l?aspect prestige qui attire beaucoup de monde vers Port-Louis, est-ce que la MEF l?a perdu en quittant la capitale ? «Pas du tout. On a déjà une réputation et, au contraire, c?est plus prestigieux de dire que nous sommes à côté de la cybertour.»
Du côté du secteur public, plus précisément des ministères, le seul à avoir fait le pas en dehors de Port-Louis est le ministère de l?Education. Il se trouve à Pont-Fer, Ph?nix, depuis près d?une dizaine d?années.
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