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Port-Louis bombardé? Port-Louis incendié Port-Louis attaqué? mais Port-Louis libéré

13 juin 2004, 20:00

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En nous documentant, dans la presse locale de l?époque, au sujet de l?annonce à Maurice du débarquement du 6 juin 1944 des forces alliées sur les côtes normandes, nous sommes tombés en arrêt sur des informations locales d?une brutalité sortant de l?ordinaire, que n?accompagnait aucune mise en garde, signalant aux lecteurs qu?il pouvait s?agir d?un exercice de man?uvre militaire. D?où notre promesse de vous livrer, aujourd?hui, l?essentiel du compte rendu particulièrement alarmiste de cette information. Elle est diffusée en même temps, ne l?oublions pas, que les renseignements fournis au sujet du débarquement allié. Nous vous laissons le soin d?imaginer ce qu?à pu être la répercussion, au sein de la population de l?époque, de ces récits parallèles, l?un rigoureusement factuel et l?autre des plus hypothétiques sinon fantaisistes. Les moins jeunes d?entre nous pourront peut-être aider leurs cadets en leur narrant ? autant que possible sous forme manuscrite car les paroles s?envolent ? leurs souvenirs de cette ?tentative de débarquement ennemi à l?île Maurice en juin 1944?.

La Feuille Commune (Le Cernéen + Le Mauricien + Advance) du 6 juin 1944 annonce en effet ceci : ?Exercice canne à sucre ? Une bataille aéronavale au large de Rodrigues ? La Royal Air Force (R.A.F) coule plusieurs unités d?un convoi ennemi.? Le quartier général des forces britanniques communique : ?On peut maintenant révéler qu?on aperçoit un très gros convoi ennemi au sud-est de Rodrigues ? Des vols de reconnaissance sont effectués par des avions du commandement côtier de la R.A.F. A l?aube, ils ont attaqué le convoi et ont coulé deux cuirassés, deux gros paquebots, un porte-avions et un croiseur ennemis.? Excusez du peu ! Des reconnaissances aériennes ultérieures révèlent que, en sus, trois destroyers sont la proie des flammes.

Port-Mathurin câble de son côté : ?La force navale ennemie se compose de cuirassés, destroyers, porte-avions, et nombre de navires de toutes dimensions? Le convoi semble se diriger vers l?Afrique du Sud, sinon vers le sud de Madagascar? L?alerte est donnée à Rodrigues ? Les organisations militaires sont sur le qui-vive? Femmes, vieillards, enfants, malades sont évacués des régions côtières? L?évacuation se fait dans le calme sous le contrôle du magistrat Vaghjee, le premier commissaire civil de Rodrigues d?origine indienne ? La population rodriguaise garde confiance dans la supériorité militaire des troupes britanniques ? Elles est confirmée en cela par les premières victoires aériennes de la R.A.F. Des pêcheurs, rentrés en hâte, rapportent même que la houle charrie les cadavres de soldats ennemis ? Deux officiers et trois marins ennemis, des rescapés de naufrages, sont recueillis et sont livrés aux autorités militaires.? Sont-ils allemands ? Sont-ils japonais ? Curieusement, l?Histoire ne fournit, à ce stade, aucune précision.

Confiance et sang-froid

Rodrigues conserve donc confiance et sang-froid mais ne peut s?empêcher de se demander : ?Et si cette force navale se dirige vers Maurice ??

La suite au prochain numéro. Tournons la page.

Mercredi 7 juin 1944. On attend fébrilement la sortie de la Feuille Commune. Rien en page une, sinon la confirmation attendue du début du débarquement des forces alliées, quelque part sur les côtes du nord de la France. Passons tout de suite au verso (la Feuille Commune ne contient que deux pages, recto verso). Dieu du Ciel ! ?L?ennemi attaque la Réunion ? Saint-Pierre est en flammes.? Titre certes effrayant mais pas plus que l?annonce d?un débarquement de troupes japonaises à Rodrigues? La garnison est prise par surprise? Une violente bataille s?y déroule. On ne parvient même pas à recevoir la fin de la communication? Le lecteur peut imaginer, par lui-même, une baïonnette nipponne passant au travers de la poitrine du courageux sans-filiste?

Le gouverneur Capagorry de la Réunion communique plus tard : ?Ennemi au large de l?île à partir de cinq heures du matin ? Le port bombardé? Des troupes débarquent sur les côtes sud ? Maurice, viens au secours de l?île s?ur ? Saint-Pierre est en flammes.?

Le quartier général à Port-Louis communique : ?L?état d?alerte est général au sein de la population mais elle ne panique pas ? Chacun se prépare à faire face à l?ennemi avec courage et préméditation ? L?ennemi sera tenu en échec? Il suffit que chacun fasse son devoir jusqu?au bout ? La nouvelle du débarquement allié sur le territoire français ne peut que saper le moral des troupes ennemies ? Les militaires comptent sur les civils pour donner aux envahisseurs japonais la punition qu?ils méritent ? Maurice doit prendre sa part au lourd fardeau qui pèse sur l?Empire britannique?? Stop-press : ?Des renforts quittent Diégo Suarez pour une destination inconnue.?

La suite au prochain numéro.

Jeudi 8 juin 1944? la Fête-Dieu? Jour férié et, de ce fait, chômé aussi, semble-t-il, par les forces japonaises, plus respectueuses qu?on pouvait le craindre des convictions religieuses de leurs ennemis mauriciens.

Vendredi 9 juin 1944? Survient le pire? Port-Louis est bombardé? La me-nace devient réalité. La sirène d?alarme retentit à 2 h 56 du matin? Ce n?est, hélas, pas une fausse alerte ! Des avions ennemis survolent la capitale, ils jettent des bombes incendiaires sur la Gare centrale, sur l?Hôtel du gouvernement, leur principal objectif. Ils rasent le Trésor de Popol? Une épaisse fumée noire aveugle tout le monde : les troupes, la défense civile, la Croix-Rouge, les pompiers sont mobilisés? Le gouverneur, Sir Donald Mackenzie-Kennedy, arrive en toute hâte du Réduit? Les pompiers parviennent à circonscrire les incendies. Le Dr Jocelyn Maingard dirige les premiers soins accordés aux blessés.

Le correspondant spécial de la Feuille Commune auprès du quartier général des forces britanniques interviewe le gouverneur. Il est impressionné par la rapidité avec laquelle les organisations para-militaires se mettent en action. Mais l?heure n?est pas aux satisfecit. On signale l?ennemi à Flacq. Sus à l?ennemi ! Il se rapproche de Quartier-Militaire où un affrontement apparaît imminent. Sans-Souci porte bien son nom !

A Montagne-Blanche, pas la moindre silhouette ennemie. ?Parfois une poupée de chair qui revient des champs sous un faix d?herbes mûrissantes? ? Le chroniqueur mi-litaire se serait-il trahi ? Le fils du chroniqueur martial cèderait-il à un quelconque Mirage ?

Bel Etang? Il était temps? Des soldats viennent vers nous en file indienne. Grâces au ciel, ce sont des troupes amies. Reprenons l?inspection ! Camp-de-Mascle : la route est jalonnée de camions. Rien à signaler à Quartier-Militaire. Présence suspecte d?un camion, garé le long de la route, menant à Verdun. Renseignements pris, la colline d?Alma, occupée par une compagnie, attend d?une minute à l?autre l?attaque ennemie. Nous déjeunons d?une boîte de singe (corned beef) et de deux biscuits. A la guerre comme à la guerre. On attend ! l?Angélus de midi? Au loin, le bruit d?une canonnade? Au tour de Curepipe d?être bombardée. L?attente est longue, le chroniqueur s?en va se dégourdir les jambes. Soudain, il a tout juste le temps de se jeter dans l?herbe : l?ennemi est là? Il arrive de Saint-Pierre alors qu?on l?attendait venant de l?est. Il a contourné la colline. Man?uvre militaire astucieuse? La colline se défend. L?ennemi est plus nombreux. L?arbitre (mais d?où sort-il celui-là ?) décrète que la ?forteresse au sommet de la colline? est annihilée .

A 20 h 45, dans la nuit du 7 au 8 juin 1944, Mahébourg entend un grand nombre d?avions ennemis. Ils se dirigent vers le Nord. On aperçoit des parachutes ennemis à Sébastopol. On évalue la présence ennemie à celle de deux compagnies. A 1 h 45, l?ennemi est signalé dans le Sud. Il est toutefois repoussé. A 2 h 25, les Japonais attaquent une batterie et l?annihilent. L?ennemi attaque de nouveau Port-Louis. 7 h 30 : nouveau bombardement. Des incendies éclatent au Fort-George?

Débuts d?incendie

Ils sont vite maîtrisés? Nouvelle attaque contre l?Hôtel du gouvernement et contre la citadelle, où l?on signale des débuts d?incendie, plus faciles à circonscrire à la Place d?Armes qu?au sommet de la Petite Montagne. Il faut ajuster les boyaux pour que l?eau parvienne tout en haut. Policiers et pompiers rivalisent de bravoure.

Nouveau danger : l?ennemi prend position à Pointe-aux-Canonniers. Il prend la direction de Terre-Rouge. Va-t-il refaire le coup de novembre 1810 ? Il affronte les troupes régulières. Une compagnie ennemie est heureusement annihilée. L?autre se réfugie sur les flancs de montagne. Port-Louis sera attaqué dans la journée.

La suite au prochain numéro.

La Feuille Commune du samedi 10 juin 1944 : quelques lignes seulement? Tacite se fatigue? Ce n?est pourtant pas le moment ! L?ennemi attaque le Fort-George. Tiens bon Tacite ! L?envahisseur est heureusement dispersé. La victoire obtenue à 15 h 30 met fin aux opérations des forces ennemies, ayant débarqué dans le Nord. A 17 heures, les forces parachutées, affaiblies, se rendent en grand nombre. A 18 heures, toute résistance de l?ennemi cesse à Maurice.

Puis, plus rien dans la Feuille Commune pendant les jours suivants. Le défricheur des événements passés reste sur sa faim, en raison de cette fin si abrupte et qui le prend de court. Demeure pour lui la possibilité de remonter le temps et de parcourir les pages antérieures à cette épopée militaire. Il parvient à la livraison du 31 mai 1944. Un entrefilet en bas de page annonce qu?un exercice militaire et civil aura lieu du 5 au 10 juin 1944? Il sera aussi réaliste que possible, ?avec son plaintif des sirènes d?alarme et éclatement des bombes?. L?ennemi sera reconnaissable à son ?casque d?acier?. On aurait su qu?il s?agissait d?un exercice militaire qu?on vous aurait épargné cette chronique. Il ne faut jamais prendre pour parole d?évangile ce que racontent les journaux de l?époque.

Pourtant sans eux

Que saurions-nous

De ce qui fut

Mais qui n?est plus ?

</B>?Des avions ennemis survolent la capitale, ils jettent des bombes incendiaires sur la gare centrale, sur l?Hôtel du gouvernement, leur principal objectif. Une épaisse fumée noire aveugle tout le monde : les troupes, la défense civile, la Croix-Rouge, les pompiers sont mobilisés??</B>

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