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Poncifs post-électoraux
Il est des expressions qui reviennent comme des poncifs et ponctuent invariablement chaque période post-électorale. « Graves manquements de l?ancien gouvernement », « chasse aux sorcières », « règlements de compte et nominations politiques », « état des lieux. » À cette kyrielle d?expressions toujours à la mode lorsque s?installe un nouveau gouvernement, il faut ajouter les visites surprises, les déclarations fracassantes et l?incontournable volonté de rupture avec des pratiques passées.
Cet ensemble fait partie du folklore post-électoral et permet de créer l?illusion d?un nouveau départ. Mais ce n?est pas à ce niveau que les changements s?opèrent. Il faut aller les chercher ailleurs. Dans la continuité d?une action pensée et dans la renonciation à ce qui a été rejeté par les électeurs. Cependant, il ne faut pas s?y tromper. Ce ne sont pas les déclarations et actions excessives qui consacrent la différence de style. Au mieux, ce ne sera qu?un démarcage stylistique et, au pire, une mise en scène temporaire d?une nouvelle dramaturgie des gouvernants du jour. Dans les faits, c?est au niveau des réformes qu?un gouvernement est jugé.
Pour l?instant, le bras de fer entre le président et le Premier ministre a mené à une impasse. Ce qui n?était pas du tout prévu après le 3 juillet. En effet, vainqueurs et vaincus nous annonçaient le respect des règles démocratiques et une passation de pouvoir en douceur. Entre-temps les données ont changé. Le nouveau pouvoir estime ne pas bénéficier de la marge de man?uvre nécessaire pour réaliser le changement annoncé. Du côté des opposants, l?humeur n?est plus au consensus.
Donc, un peu plus d?un mois après le scrutin, les clivages traditionnels occupent déjà tout l?espace du rapport de force politique. La proximité d?une consultation municipale va contribuer à accroître cette tension politique. Ce qui n?est pas une bonne chose pour un pays qui vient de vivre une campagne électorale, certes courte, mais intense. Logiquement, on aurait dû se retrouver dans une période de grâce où le nouveau pouvoir jouirait de toute la latitude voulue pour gérer les affaires du pays selon les engagements pris lors de la campagne. C?est-à-dire, non pas seulement remplir ses promesses, mais aussi engager une nouvelle politique de réforme ambitieuse. Les choses se passent autrement.
Il ne faudrait pas non plus mettre sur le compte d?une opposition man?uvrière toutes les « mésaventures » du régime. Il existe une méfiance excessive et une certaine paranoïa qui expliquent les positions dans lesquelles le gouvernement se retrouve. Avant qu?il ne soit trop tard, les objectifs doivent être précisés à nouveau. Ce n?est pas en monopolisant les sujets d?un JT qu?on crée l?impression de gouverner. Tous les gouvernements ont cédé à cette tentation. S?il y a bien une chose qui ne change pas, c?est celle-là. Mais cela n?est que l?accessoire. Il faut vite revenir à l?essentiel.
Tel qu?il a été défini par l?Alliance sociale, l?essentiel se ramène à une politique économique qui place l?humain au c?ur du processus de développement. Derrière le slogan, se trouve l?urgence d?une ambition sociale qui réalise les aspirations d?une intégration à tous les niveaux. À cela, il faudra ajouter une politique de réformes qui rende possible la modernisation des secteurs. Et là, il n?est pas seulement question du monde des affaires et des choix d?orientations économiques, mais aussi du gouvernement central. Les intentions de réduire les dépenses publiques ne se matérialiseront qu?avec la réforme de l?administration. C?est à ce prix que la modernisation de l?État deviendra une réalité.
Tous les cinq ans, le pays a la chance de se retrouver à la croisée des chemins. C?est une opportunité de renouvellement. À condition de ne pas rater le départ ou de ne pas le repousser continuellement. Réussir une gestion, c?est éviter la dispersion des énergies. Après la griserie du pouvoir retrouvé, l?heure est à la distance qu?il faut prendre pour ne pas rater la gestion.
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