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Pollution : ça bouchonne au Bouchon
Un coin paradisiaque, encore intact, c?est l?impression que vous avez, en découvrant la plage du Bouchon, nichée entre l?hôtel Le Shandrani et la plage publique. Elle se dévoile timidement, derrière une rangée de filaos, après plusieurs kilomètres de sentier cahoteux.
Mais cette beauté n?est hélas qu?illusoire. Les visiteurs, y compris les touristes qui se promènent le long du ruban de sable blanc, rebroussent chemin à son approche. En effet, la mer n?est soudainement plus bleue et vire carrément au noir. Et l?odeur qui se dégage des lieux est pour le moins pestilentielle.
Cette pollution provient du ruisseau des Mares du Tabac communément, appelé Canal Chinois. Ce cours d?eau prend sa source sur les terres de Mon Trésor Mon Désert (MTMD) qui appartiennent à la Société usinière du Sud (Suds). Le cours d?eau traverse plusieurs kilomètres de champs et de terres incultes avant de se jeter dans la mer, charriant toutes sortes de déchets, allant des escarbilles aux pattes de poulet, en passant par les abats de porc? Un vrai bouillon de culture !
Tout se fait au petit bonheur
Comment expliquer la présence de ces morceaux de chair en putréfaction dans l?eau ? La réponse se trouve en amont de la rivière. On y trouve une porcherie qui abrite une cinquantaine de bêtes.
Selon les dires de certains, le terrain est occupé par des squatters installés là depuis plusieurs années. Ils n?habitent pas les lieux, mais viennent nourrir les animaux chaque matin.
Comme on peut s?y attendre, l?élevage des porcs se fait dans des conditions sanitaires déplorables et sans le moindre respect pour l?environnement. L?odeur est éc?urante. Des chiens errants s?ébrouent dans la gadoue présente autour des enclos crasseux où sont entassées les bêtes.
Tout se fait au petit bonheur. Les éleveurs lavent les porcheries et déversent le lisier dans la rivière, qui termine sa course dans la mer. Les déchets issus de l?abattage prennent la même voie. « Cela entraîne une pollution micro-biologique bactérienne et virale de l?eau par la décomposition de ces matières. La baignade devrait être interdite à cet endroit, jusqu?à ce qu?une solution viable soit envisagée », affirme Vassen Kauppaymuthoo, directeur de Delphinium Ltd. L?eau de la rivière est également souillée par des eaux chargées en escarbilles provenant de MTMD.
À l?usine, on explique cela par le fait que le clarificateur de cendres est tombé en panne deux semaines. Mais en temps normal, le système d?épuration des eaux usées (voir hors texte), a prouvé son efficacité. Sauf par temps de grosses pluies. « Un volume d?eau important empêchera la poussière de se déposer dans le bassin de décantation. Une partie des particules se retrouvera alors déversée dans le ruisseau », explique Claudio Courteau, chimiste de la Société usinière du sud-Mon Trésor.
L?entreprise est consciente que le système mis en place pour contrer la pollution n?est pas infaillible. « L?usine est dans une logique de fermeture l?année prochaine, et dans ce contexte, nous avons considéré qu?il n?était pas nécessaire de continuer à investir dans des équipements sophistiqués », poursuit Claudio Courteau.
Jack Chang, le Factory Manager, assure que la situation est revenue à la normale. « Je peux vous confirmer que l?eau déversée est propre. D?ailleurs la CWA vérifie quotidiennement sa qualité. » Le fait qu?elle soit rejetée dans une baie n?arrange pas les choses. Les effluents, lorsqu?ils sont chargés d?escarbilles, s?accumulent sur place et sont quasiment emprisonnés dans la baie.
Une vraie catastrophe écologique
En tout cas, cet énième cas de pollution ne laisse pas insensible les autorités. Le ministère de la Pêche a envoyé une équipe du Centre de recherches d?Albion sur les lieux vendredi. « Ils ont été chargés d?effectuer un constat de la situation. Des échantillons d?eau seront prélevés pour des analyses. Nous prendrons ensuite les mesures qui conviennent. D?ailleurs nous prenons ce cas de pollution très au sérieux », souligne un cadre du ministère.
Les pêcheurs de la localité sont très affectés par la pollution. Du jour au lendemain leur gagne-pain a disparu. « Kan sa dilo la desann, li fini la mer net. La plipar di tan nou kazie vid? », peste Anand Soodhoo, 54 ans. Il vit de la mer depuis l?adolescence et dit avoir nourri ses huit enfants grâce à ce métier. Mais il s?inquiète pour la jeune génération qui a femme et enfants à sa charge.
Mais les pêcheurs ne sont pas restés les bras croisés. En sept ans, ils ont multiplié les démarches auprès des autorités pour tenter de remédier à la situation? en vain. « Boukou lett nou finn avoy bann ansien miniss, me narien pa finn fer. Nou espere sann gouvernma la pran kont seki pe arive isi. »
Officiellement, le vilage compte neuf pêcheurs. Mais ils sont environ une centaine à se partager un mince territoire marin désormais pollué. Il est délimité par le parc marin situé à l?Est et le début de la plage publique du Bouchon. On comprend la frustration qui s?empare de Ramjit Foolchand à chaque fois qu?il revient d?une partie de pêche. « Avant nou ti pe gaign poisson bien, me aster si ou ramas set liv par semenn, ene mirak », soupire-t-il, en fixant la rivière.
L?embouchure du ruisseau a mauvaise mine. Les plantes aquatiques ont disparu. Quant aux coraux, abri des poissons, ils commencent à rendre l?âme, sans parler des algues, dont se nourrissent les poissons, qui s?étiolent. Une vraie catastrophe écologique. Les écologistes tirent également la sonnette d?alarme. « On risque d?avoir d?ici peu un phénomène d?eutrophisation. C?est-à-dire que les déchets organiques riches en nitrates et en phosphates entraîneront des déséquilibres pouvant nuire aux espèces présentes et rendre l?eau impropre », déclare Vassen Kauppaymuthoo.
La situation est certes préoccupante, et la question est de savoir si les autorités ont la volonté nécessaire pour arrêter le massacre.
Piège à escarbilles
Les escarbilles sont une vraie nuisance. Pour empêcher la pollution de l?air Suds-Mon Trésor a installé un dépoussiéreur humide dans sa cheminée.
Les cendres piégées sont mélangées à l?eau, puis passent dans un clarificateur de cendres avant d?être récupérées. Mélangées à de l?écume, elles seront utilisées comme fertilisant. L?eau usée sert en partie à irriguer les champs. Le reste de l?eau, y compris celle qui est chargée en sucre, matière organique, bagasse et huile, est déversé dans des bassins peu profonds où prolifèrent des bactéries qui se nourrissent des matières organiques, alors que des jacinthes d?eau sont utilisées comme support aux colonies bactériennes. Les dernières particules sont récupérées dans du tissu géotextile. L?eau qui en ressort finalement est débarrassée des impuretés. Mais ce n?est pas toujours le cas.
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