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Politique : 2008, le tournant
Navin Ramgoolam a déjà annoncé la couleur. La rigueur économique va se poursuivre. La bataille contre la hausse des prix reste l?enjeu majeur pour le gouvernement. C?est le grand défi de cette année pour la majorité. Maintenir la croissance et récolter ses fruits, avec une politique ajustée de redistribution des richesses, tel est l?objectif du gouvernement pour contrer toute velléité de mécontentement populaire. Mais la tendance inflationniste des prix risque de faire du tort à Navin Ramgoolam et à son alliance. Dans certains milieux, on s?attend que le budget 2008-2009 consacre un relâchement.
Mais le ministre des Finances sera-t-il prêt à sacrifier la réforme ? Cette question s?est déjà posée en 2007. Elle pourrait à nouveau être d?actualité. «Le principal défi du gouvernement, c?est les prix. En outre, on n?a pas seulement affaire à une hausse des prix, mais aussi à des pénuries. Ce qui va réduire le champ d?action politique de Navin Ramgoolam. Cela calmera aussi les ardeurs du Mouvement militant mauricien (MMM) et du Mouvement socialiste militant (MSM) pour entrer dans une éventuelle alliance avec le Parti travailliste (PTr). Pire, des députés et ministres de la majorité pourraient même être amenés à envisager une porte de sortie. Et les partis de l?opposition sont là pour les courtiser déjà», analyse, à cet effet, le professeur Raj Mathur, chargé de cours en sciences politiques à l?université de Maurice.
Cependant, l?opposition parlementaire reste divisée. Les deux principales formations de cette opposition sont en guerre. Cette situation profite au gouvernement. Mais les choses devraient se préciser un peu plus cette année sur les éventuelles permutations. «Nous allons continuer à consolider le parti avec de nouvelles recrues, un surcroît d?activités, une restructuration du point de vue de la communication politique, un renforcement de notre journal et de notre site Internet et, enfin, en préparant notre 40e anniversaire prévu pour 2009», explique Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM.
La formation mauve, à l?image des autres partis de l?opposition, mise sur une insatisfaction grandissante de la population face à un gouvernement qui subit les effets de la hausse des prix. «La situation économique et la flambée des prix vont continuer à dominer l?actualité en 2008. Une dégradation du climat social est à craindre», assure, en ce sens, Surendra Bissoondoyal, l?une des recrues du MMM en 2007.
Reste l?épineuse question des alliances. Les rumeurs ont déjà commencé à circuler. Le MMM ratisse large et joue toujours la carte d?Ashock Jugnauth. Le MSM, lui, n?en démord pas : une alliance avec le MMM à condition que Pravind Jugnauth soit présenté comme Premier ministre. «Chaque parti aura l?occasion de préciser sa force et sa crédibilité avant d?entrer dans des négociations sérieuses», souligne, à ce chapitre, Rajesh Bhagwan. Pour lui, la question d?alliances ne se posera pas cette année.
«Des alliés naturels»</B>
Un avis qui n?est pas partagé par Raj Mathur. «2008 sera décisive. On discutera alliances. Même si elles ne seront pas concrétisées, des jalons seront jetés. Il est important de contracter tôt les alliances afin de trouver, avec le temps, une dynamique et imposer cette alliance aux électeurs», maintient le chargé de cours. A son avis, le MMM et le MSM sont condamnés à ouvrir les discussions. «Ce sont des alliés naturels. Il est presque farfelu pour le MSM de contracter avec le PTr, car ils évoluent dans le même bassin électoral», fait-il ressortir.
La situation est confuse mais chacun affûte ses armes. C?est le MMM qui se montre plus actif sur ce terrain. Outre le recrutement de nouveaux membres, le parti mauve se serait aussi engagé dans des dialogues avec certains qui se sont retournés contre Navin Ramgoolam. «Paul Bérenger utilise la même stratégie que Navin Ramgoolam. Il flirte avec les Dayal, Ramjuttun et Ramsehok. Cela risque de créer des dissensions au sein de son parti. Et c?est le Premier ministre qui va profiter de cela. D?autant plus qu?il dispose d?un outil remarquable qu?est l?argent récolté à travers la TVA et qu?il va distribuer dans les prochains budgets. Il va aussi tenter de décrédibiliser le MMM en faisant éclater des scandales. Une victoire à une éventuelle partielle au n° 10 finira par le renforcer», estime un observateur politique qui tient à garder l?anonymat.
Sur cette question de la corruption des politiques, Navin Ramgoolam avait déjà annoncé, dans son message de fin d?année, que son gouvernement allait se montrer impitoyable et rappelait que l?Independent Commission against Corruption (ICAC) n?avait pas hésité à faire arrêter des membres des travaillistes. Cela accrédite la thèse qu?il va cibler l?opposition, plus précisément le MMM. Le cas d?Ajay Gunesss est une première indication.
2008, même si elle n?enregistre pas la formation des alliances, sera une année décisive sur le plan politique. Mais ce sont des facteurs économiques qui risquent de faire fonction de catalyseur des événements.
<B>Nazim Esoof</B>
RAPPEL 2007</B>
Quelle année ! Elle n?a pas été de tout repos pour nos politiciens, même si elle a été meilleure pour certains, plus que pour d?autres. Retour sur quelques faits saillants.
<B>La mauvaise-bonne année de Sithanen</B>
Rama Sithanen annonce sa démission en primeur dans l?express, en février. Raison officielle : la nomination de Rundheersing Bheenick au poste de gouverneur de la Banque de Maurice. Mais les divergences entre lui et ses collègues sont bien plus profondes.
Le ministre des Finances ne remettra pas sa démission et, après une réunion marathon avec le Premier ministre à son retour au pays, les choses se calmeront. Rama Sithanen rentrera dans les rangs. Pour en ressortir régulièrement, surtout quand il est contesté au cabinet. Finalement, il avoue en avoir «marre» mais ne répétera pas sa menace de démission, même quand il est écarté des discussions avec les sucriers sur la réforme de l?industrie sucrière. Mais Sithanen insiste, lors de sa conférence de presse bilan : «2007 a été une bonne année.»
<B>L?opposition déchirée</B>
Les «frères» ne se parlent plus. Pravind Jugnauth et Paul Bérenger préfèrent communiquer à travers des conférences de presse hebdomadaires. Ainsi, les messages passent. Mais ils ne se lancent maintenant que des piques, depuis que le retour du Parti mauricien social démocrate (PMSD) de Maurice Allet sur les bancs de l?opposition a aidé Bérenger à retrouver son siège de leader de l?opposition que Nando Bodha lui avait pris.
Les deux partis de l?opposition font plus que jamais bande à part puisqu?ils n?arrivent pas à s?entendre sur un point crucial : le candidat au poste de Premier ministre dans un éventuel gouvernement MMM-MSM. Chose que Paul Bérenger trouve de plus en plus difficilement réalisable.
<B>Une partielle ?</B>
2007 a aussi été une année de déception pour Ashock Jugnauth, le petit frère du président de la République, et auprès duquel Paul Bérenger avait pensé trouver son joker. La Cour suprême a déclaré que l?élection d?Ashock Jugnauth n?était pas free and fair, ce qui la rend nulle et non avenue. Le leader de l?Union nationale a fait appel et les leaders des autres partis politiques retiennent leur souffle : sont-ils prêts à affronter une partielle ?
<B>Les malaises</B>
La lune de miel n?est pas éternelle et des signes de désaccords se sont fait sentir aux seins des différents partis politiques. Un froid polaire s?était installé entre Navin Ramgoolam et son ministre des Affaires étrangères, Madan Dulloo, pendant un temps. Et les rumeurs d?une démission couraient les rues de Port-Louis. Elles ne se sont pas avérées, du moins pas encore.
Anil Bachoo que l?on disait très mécontent de certaines politiques gouvernementales a, lui, été agressé par deux agents du Parti travailliste (PTr) au Parlement.
Les députés de la majorité, eux, prennent un malin plaisir à taper sur leurs collègues ministres chaque lundi, pendant leur réunion parlementaire et à chaque réunion de l?exécutif du parti. Navin Ramgoolam appelle cela «la démocratie».
Mais même la démocratie a ses limites, comme on l?aura vu avec l?épisode Dinesh Ramjuttun. Las de ses ultimatums et menaces, le Premier ministre a fini par révoquer son conseiller spécial.
Et puisque la liberté d?expression existe au sein du PTr, le Premier ministre n?a pas hésité à affirmer en public qu?il ne faisait pas confiance à ses ministres !
Les malaises n?ont pas épargné le MMM qui, à la suite du décès d?Omar Uteem, remplace ce dernier par son frère Reza. Cette adhésion ne fait pas plaisir à Abdoola Hossen, qui claque la porte du parti, pour revenir quelques mois plus tard. Sam Lauthan, lui, démissionne de la présidence de son parti pour le réintégrer quelques jours après?
Au MSM, c?est Showkutally Soodun qui commence à avoir des problèmes relationnels avec son leader. Une première fois, il menace d?accepter un poste de responsabilité au Bureau international du travail et une deuxième fois, on lui interdit de prendre la parole lors d?un meeting.
<B>Deepa BHOOKHUN</B>
<B>Questions à?Jocelyn Chan Low
Responsable du département de sciences politiques à l?université de Maurice</B>
<B>«Que fera sir Anerood Jugnauth?» </B>
● <B> Quels sont les événements politiques majeurs à prévoir en 2008 ?</B>
Il y a une échéance institutionnelle importante avec la décision que prendra sir Anerood Jugnauth (SAJ) concernant le poste de président de la République. Son mandat sera-t-il renouvelé ? Acceptera-t-il d?être reconduit ? En outre, nous sommes dans une situation assez complexe avec son fils qui aspire au poste de Premier ministre. La décision de SAJ sera une indication des intentions du parti de son fils. Cela dit, 2010 étant l?année des élections, je vois mal SAJ brûler ses cartes en acceptant d?être reconduit. Et s?il retourne à la politique active, ce sera un bouleversement majeur. Dans tous les cas de figure, ce sera trop tôt pour le PTr et le MSM d?entrer dans une alliance. Je crois donc que SAJ n?acceptera pas de demeurer au poste de Président mais cela ne voudra pas dire qu?une alliance PTr et MSM ne sera plus d?actualité.
● On ne devrait donc pas s?attendre à des bouleversements marquants ?</B>
A Maurice, les alliances se font, voire se défont, juste avant les élections. A deux ans des échéances, les principaux partis ne prendront pas le risque d?hypothéquer les possibilités dans des jeux d?alliances.
● Quels sont les enjeux pour l?Alliance sociale et le Premier ministre ?</B>
Malgré tout ce qu?on dit en termes de progrès économique, le fait demeure que cela n?a pas d?incidence positive sur le budget des Mauriciens. Les prix des denrées alimentaires continueront à prendre l?ascenseur. 2008 étant l?année de la Chine, cela aura aussi des répercussions sur l?île Maurice. Avec l?érosion des quotas, il faudra se montrer plus compétitif. Ce sont autant de facteurs qui jouent contre Maurice. La stabilisation du chômage est une bonne chose. Encore faut-il se demander à qui elle profite ? Il faut bien comprendre la qualité de ces emplois qu?on crée. Un jeune diplômé qui devient téléopérateur dans un centre d?appels, ce n?est pas forcément le plan de carrière qu?il se faisait. Tout cela implique qu?on enregistrera un certain mécontentement populaire, provoquant lui-même d?éventuelles dissensions au sein de l?Alliance sociale.
● <B>Ne sera-t-il donc pas temps pour le gouvernement de présenter un premier budget populiste ?</B>
Ce gouvernement a deux faces. L?une, rigoureuse, incarnée par Rama Sithanen, et l?autre, populiste, incarnée par les autres. C?est cela aussi qui crée des remous au sein de la majorité. On aura probablement un budget qui fasse la part aux deux tendances.
● <B>L?autre grande question demeure le positionnement du leader du MMM. Osera-t-il se présenter comme Premier ministre ?</B>
Jusqu?à la dernière minute, le MMM va entretenir le flou sur cette question. Cependant, puisque Bérenger a déjà occupé ce poste, il est moins difficile de le présenter, qu?un Pravind Jugnauth qu?il va falloir construire et vendre comme Premier ministre. C?est le MSM qui est confronté à un sérieux problème. Le MMM peut toujours concocter une alliance avec des petits partis. Mais le MSM n?a pas beaucoup d?option. Il aura un rôle minime et peu de tickets pour ses candidats.
● <B>C?est donc Navin Ramgoolam qui aura le beau rôle?</B>
On a tendance à oublier que l?Alliance sociale avait remporté les élections avec moins de 50 % des suffrages. Depuis, le gouvernement connaît une baisse de régime, si l?on se fie aux sondages. Aujourd?hui, l?opposition est forte, même si elle est divisée.
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