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Plan d?urgence face à la sécheresse

19 décembre 2007, 00:00

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«S?il tombait un maximum de pluie, à partir de maintenant et dans la moyenne saisonnière, Mare-aux-Vacoas ne serait remplie qu?à 75 % en mars prochain». Propos de Lormesh Joogoo, directeur de la Water Resources Unit au ministère des Services publics.

Il s?exprimait hier, lors d?une réunion présidée par le ministre Abu Kasenally. Tous les partenaires concernés étaient regroupés pour cette rencontre où le ministre parlait de «situation d?urgence» : les réservoirs, puits et nappes d?eau sont à moins de 50 % de leur capacité, la pluie est désespérément rare. Il a annoncé le lancement d?une vaste campagne avec slogans, comme chek sa robinet la pe sec, et la promulgation de mesures sévères contre le gaspillage.

C?est une national awareness campaign que comptent mettre en place les autorités. Objectif : décourager, amende à l?appui, «le lavage de voitures avec des kärchers, l?irrigation, même des jardins privés», dit le ministre. Les grands nettoyages à l?aide de pompes et autres appareils devront être renvoyés à plus tard car «on doit tout faire pour économiser chaque litre d?eau potable pour les besoins domestiques, industriels et commerciaux».

«Le moment est grave, alarmant. La sécheresse se prolonge au-delà de ce que prévoyait la météo», déclare le ministre, qui ajoute : «Nous souffrons du phénomène El Nina, qui entraîne la baisse de température des océans et provoque par la même occasion une diminution des précipitations d?environ 20 %.» Un phénomène qui vient se superposer à celui du réchauffement de la terre, lui aussi source de sécheresse.

<B>«Solidarité de chacun»</B>

Le cyclone Celina n?étant plus dans les parages, l?opportunité formidable qu?il aurait pu constituer (comme Gamede l?an dernier) pour faire monter le niveau d?eau stockée est perdue. Et le temps prévu pour les prochains jours sera avare de pluies, prévoit la météo.

«Je fais donc appel à la solidarité de chacun. Car nous ne pouvons opérer seul.» La campagne qui s?annonce sera comparable à celle qui avait été enclenchée en 1999. C?est d?ailleurs à l?agence Imagine que serait confiée cette campagne de sensibilisation tous azimuts, la même agence qui avait déjà été auteur des slogans lors de cette précédente sécheresse.

Cette campagne vise à informer et à responsabiliser les utilisateurs, parallèlement à un plan stratégique «avec des coupures plus drastiques. Certaines régions ne se verront desservies qu?une fois par jour».

Pour pallier cette austérité, la Central Water Authority (CWA) a acquis cinq camions-citernes qui sillonneront les régions les plus affectées. Ils seront notamment alloués aux endroits où la pression d?eau est devenue insuf-fisante et où l?eau ne coulera plus du robinet. En premier lieu le littoral Nord.

Concurremment aux coupures, un nouveau problème est apparu : le water hammering ou éclatement des canalisations, lorsqu?après une coupure, la pression de l?eau vient endommager le réseau. Cela s?est produit lors de la fête Divali en novembre, ainsi qu?il y a une semaine? Un problème que le ministre veut régler, notamment en appelant les usagers à contacter l?Emergency Squad de la CWA, disponible au 170 à tout moment, pour intervenir quand le réseau est abîmé.

<B>«20 % de l?afflux normal»</B>

Fuites ou non, les mesures pourraient être plus drastiques et s?appliquer ailleurs si la situation empirait au fil des semaines. Et pour cause : comme l?explique Lormesh Joogoo, la juxtaposition de données sur Mare-aux-Vacoas, sur 30 ans d?abord (pour établir la moyenne saisonnière), sur un an ensuite (celles de l?an dernier), et surtout sur quelques mois (depuis le 1er septembre dernier, pour établir la tendance) jusqu?au 30 mars est révélatrice. «Avec 11 à 12 millions de mètres cubes d?eau à Mare-aux-Vacoas, nous en sommes déjà au chiffre enregistré pour la dernière période comparative? en janvier, avant le gros des pluies.»

A partir de maintenant, plusieurs cas de figure peuvent se présenter : la tendance actuelle, qui est à «20 % de l?afflux normal dans le réservoir» alors que le volume d?eau distribué pour ce même réservoir est à 95 000 mètres cubes par jour.

Deuxième cas de figure : un événement pluviométrique associé à un cyclone comme Gamede, qui ferait providentiellement remonter le niveau d?eau ? et qui a sauvé la mise l?an dernier. Ainsi, Rodrigues vient de récolter 134 millimètres de pluie de la dépression Célina.

Ou encore une pluviométrie revenue à la normale : «Avec un manque à gagner qui tourne déjà autour de 75 à 80 % de ce que nous aurions dû avoir, la situation est déjà alarmante», précise Lormesh Jogoo. Reste encore le pire des scénarios : le degré zéro de pluie?

Naturellement, le tableau n?est guère plus réjouissant du côté des nappes phréatiques. Elles fournissent pourtant 55 % des besoins en eau. « L?eau souterraine a reculé de 30 à 70 % », souligne justement Jeet Maundahul, le Chief Engineer Operation de la CWA

PROGRAMME DE COUPURES

<B>Trois heures d?eau par jour </B>

■ La CWA a communiqué le nom des localités les plus affectées par les coupures, regroupées par zones. L?eau serait disponible le matin et le soir pour 3 heures. Mais les autorités envisagent aussi une seule fourniture par jour. Les régions suivantes sont concernées :

● Nouvelle-Découverte, Alma, Dagotière?

● Belle-Rose, Trèfles, Bassin, Palma, Plaisance, Mont-Roche ; Tamarin, La Preneuse, Case-Noyale, Le Morne?

● Baie-du-Cap, Choisy, Contour-Prune ; Pointe-d?Esny, Blue-Bay, Bois-des Amourettes, Kenya, Ville-Noire?

● Mon-Choisy, Pointe-aux-Canonniers, Pereybère, Calodyne, Grand-Gaube ; Montagne Longue, Congomah, Les Mariannes?

● Vallée-des-Prêtres, Valmiki, Caroline?

RETOMBÉES ECONOMIQUES

<B>Les secteurs sensibles protégés</B>

■ «Nous devons faire en sorte que l?expansion touristique et que l?apport essentiel des secteurs commerciaux et industriels ne soient en aucune sorte freinés», déclare le ministre Abu Kasenally. Raj Makoond, du «Joint Economic Council», a toutefois demandé que l?on planifie les éventuelles coupures, pour ne pas affecter le mode d?opération des industries, notamment les usines textiles. L?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice, représentée par Patrice Legris, a aussi affirmé sa volonté de coopérer : «50 % de l?eau est recyclée et nous la traitons pour l?arrosage.» La Chambre d?agriculture, par la voix de Jean-Cyril Monty, se montre préoccupée. «Beaucoup de champs de cannes soufrent déjà de la sécheresse. De plus, si 35 % des légumes que nous produisons viennent du centre, 65 % arrivent du Nord ou de l?Est ... » Il a estimé qu?un mécanisme de récupération d?eaux rejetées à la mer devrait être mis en place.

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