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Plaidoyer contre le squatting ?

26 juillet 2003, 20:00

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Le pays a le dos au mur. Quel que soit le secteur considéré, les nouvelles sont plutôt déprimantes et les perspectives décevantes. Il va falloir beaucoup d?imagination et quelques audaces pour sortir la nation de l?atonie qui l?afflige. La réaction doit venir d?en haut. Mais elle tarde à s?exprimer. Il ne semble pas que les gouvernants aient pris toute la mesure des efforts exigés ou alors peut-être sont-ils eux-mêmes à bout de souffle. Dans ce cas, la crise est inévitable.

L?accession prochaine de Paul Bérenger aux fonctions de Premier ministre, intervenant à mi-mandat de l?actuel gouvernement, fournit pourtant une excellente occasion de secouer l?équipe gouvernementale. Dans le système parlementaire, un Premier ministre procède à des remaniements ministériels pour se débarrasser du bois mort, éliminer les bras usés et redonner du tonus à une équipe fatiguée. Cela se fait de deux manières : on introduit du sang neuf et on impose des changements de portefeuille. Cela redynamise le conseil des ministres. Même si la pauvreté de l?offre limite la marge de man?uvre des dirigeants, un remaniement ministériel de recentrage nous paraît aujourd?hui indispensable.

C?est d?autant plus souhaitable que cette équipe est sans doute la moins brillante des 30 dernières années. Les talents individuels sont rares et les initiatives personnelles ont été phagocytées par un Bérenger impérial. Il en résulte une performance mitigée, quelques solides réalisations, mais beaucoup de chantiers inentamés ou inachevés. Le moment est certainement propice pour un premier bilan critique et à une redéfinition des urgences stratégiques. L?onction de Bérenger, pour significative qu?elle puisse être sur le plan du symbole, ne sera pas suffisante en elle-même pour revigorer l?action gouvernementale. C?est ce qui est pourtant de mise.

Il serait contre-productif que des considérations politiciennes ou des accommodements personnels s?opposent à la nécessité d?un nouveau départ. La présente équipe doit être profondément remaniée. Quelques médiocres ont déjà donné la preuve de leur inaptitude, leur bilan est nul ; il y a quelques autres cas de contre-emplois. Si Bérenger décidait de faire le reste du chemin avec le même attelage, en espérant bêtement une route moins cahoteuse, il prendrait de sérieux risques. C?est socialement explosif et politiquement imbécile. On change une équipe qui perd. Il n?y a pas foison de vedettes, mais il faut au moins chercher à faire illusion.

Cependant, un changement d?hommes ne suffira pas. Pour retrouver les attributs de la confiance et redonner aux citoyens des raisons d?espérer, il faudra encore que le gouvernement trouve le moyen de convaincre qu?il conserve la maîtrise de son programme. La succession des mauvais chiffres économiques, la montée inexorable du chômage, les contractions de la zone franche, la timidité de la croissance du tourisme, le ralentissement de l?investissement vont finir par être portés au seul débit du gouvernement. Les Mauriciens savent que la conjoncture mondiale est néfaste à nos intérêts mais ils s?attendent à ce que leurs dirigeants parviennent à minimiser ou même à neutraliser l?impact de ces facteurs exogènes.

Or, malgré la persistance des mauvais résultats, les Mauriciens ne sentent pas que le gouvernement est mobilisé par ces enjeux. Ils ne voient pas comment le pays s?organise pour s?adapter à ces circonstances exceptionnellement difficiles. Le sentiment dominant est que les dirigeants ont perdu contact avec les réalités économiques ou pis encore, qu?ils ne possèdent pas les compétences nécessaires pour les affronter. Cette perception est peut-être abusive ? encore que ce ne soit pas sûr ? mais plusieurs exemples peuvent montrer le peu de réactivité gouvernementale aux problèmes de l?heure.

La question la plus débattue porte sur la situation de la zone franche. Il a fallu que les opérateurs élèvent la voix pour que les ministres envoient les quelques signaux que les entrepreneurs n?en finissaient pas d?espérer. Il serait puéril de penser que la nomination d?un nouveau comité pour l?étude des problèmes du textile-habillement peut en elle-même répondre aux besoins du secteur. Mais au moins, elle donne aux entrepreneurs le sentiment que l?État est prêt à les écouter et à imaginer avec eux des réponses aux difficultés actuelles.

L?initiative tardive, mais heureuse, du gouvernement est d?autant plus pertinente que l?approche de la Textile Emergency Support Team est celle qui convient. Elle privilégie l?option micro, l?intervention en entreprise, sur le modèle réussi de ce que furent le Technology Diffusion Scheme et l?Export Processing Zones Development Authority. Michael Porter, de l?université de Harvard, vient de démontrer dans une brillante étude combien la croissance et la compétitivité nationale sont en fait tributaires de l?environnement microéconomique des entreprises. Des facteurs macroéconomiques sains sont nécessaires, mais c?est le degré de sophistication des entreprises qui détermine la prospérité des nations. À cet indice, Maurice est en retard, elle figure à la 49e place sur un classement de 80 pays.

Il y a pareillement la nécessité d?une grande initiative en faveur du tourisme. Il est inconcevable que le gouvernement n?ait pas encore réagi à la baisse de régime de ce secteur. Alors que la situation se dégrade, notamment en raison d?une conjoncture défavorable sur nos marchés européens et peut-être aussi de plusieurs cas de mauvaise publicité à l?étranger, le gouvernement ne bronche pas. Le budget de promotion reste le même, et on attend sans doute que passe l?orage. Il eut fallu au contraire une action d?éclat. Exemple : proclamer une année du tourisme mauricien, doubler, tripler le budget de promotion, coordonner une vaste offensive de marketing impliquant la compagnie nationale d?aviation, les hôteliers, les tour-opérateurs et tous les partenaires de l?industrie. Casser les prix si nécessaire, le rêve mauricien enfin accessible ! Ça dure un an et ça replace la destination sur les carnets de voyage. Soutenir l?initiative par une campagne d?embellissement de l?habitat ? laid ? de l?île. Mais que l?on fasse quelque chose, enfin ! Si l?imagination manque, que les ministres aillent voir ce que Singapour fait ces jours-ci pour relancer son tourisme, et avec quel résultat.

On pourrait ainsi imaginer des initiatives nouvelles dans tous ces secteurs squattés par des ministres inamovibles. Toutes ne réussiront pas ? il n?est pas nécessaire de réussir pour entreprendre ? mais les Mauriciens auront au moins le sentiment du mouvement. À chaque grande occasion ces derniers mois, le pays a vainement attendu un déclic. Une nouvelle opportunité se présente : il reste à en faire une chance pour le pays et pas seulement le sacre d?un homme.

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