Publicité
Piratage : un business lucratif
Une mafia, c?est un réseau avec son système d?exécutants et de protection qui lui permet de déjouer les pièges tendus. A Maurice, ceux qui font du piratage des CD leur principale occupation constituent un système puissant. Et c?est contre ce système que butent la Mauritius Society of Authors (Masa), l?Anti-Piracy Unit et les artistes locaux.
Ces derniers comptent d?ailleurs une victime mais dans un tout autre registre. Parce qu?il voulait empêcher la vente de CD piratés, le ségatier, Alain Résidu, s?est retrouvé avec 15 points de suture. Du coup, les projecteurs sont à nouveaux braqués sur le piratage. Leela Devi Dookun-Luchoomun la nouvelle ministre de la Culture, se dit choquée. Les autorités policières enquêtent. Les artistes sont révoltés. Mais pour le public, n?est-ce pas un fait? simplement divers ?
La question mérite d?être posée car les artistes locaux sont de plus en plus exaspérés devant la complaisance des Mauriciens. Réaction de Gérard Louis, promoteur de Geda Music et ancien homme fort du groupe Cassiya : ?Il faut dire les choses comme elles sont. C?est le public qui est à blâmer. Il faut condamner cette situation. On est en train de nous voler avec la complicité du public !? Ce dernier n?est pourtant que le dernier maillon de la chaîne.
Le circuit démarre, en fait, avec quelques gros bonnets qui pratiquent le piratage des ?uvres musicales locales et étrangères et des ?uvres cinématographiques principalement indiennes. Ces opérateurs illégaux font souvent appel à des cobayes dont la plupart seraient des toxicomanes voire des récidivistes. De petits marchands ambulants feraient également partie de ce réseau dirigé par des individus aujourd?hui dotés de moyens élargis. ?L?identité de la plupart est bien connue?, assure Gérard Louise, directeur de la Masa.
Ces individus peuvent utiliser jusqu?à 50 personnes à qui il est proposé de vendre 100 CD individuellement. Le coût d?un CD s?élève à quelque Rs 15 l?unité. Le prix proposé au public varie selon l??uvre mise en circulation. Le business est lucratif et on comprend pourquoi les adeptes du piratage prennent autant de risque pour le maintenir en vie. ?Un CD-rom peut être acheté à Rs 3 à l?étranger. Après la mise en pochette et le piratage de disques, il peut être vendu à Rs 50. Ceux qui opèrent dans le secteur proposent un tableau composé d??uvres étrangères et un autre tableau en arrière-boutique avec des ?uvres locales. Cela leur rapporte beaucoup?, confirme Gérard Louise.
Techniques de vente
Pour que le business continue à être profitable et afin de prendre en charge les différentes commissions des multiples protagonistes, il faut un système de redistribution élargi qui comprend autant les revendeurs de rue que certains magasins. Pour les films indiens, par exemple, sans un réseau de vente illégale des CD, il serait difficile d?amortir les coûts. Il ressort que des accords tacites permettent à toutes les parties de parvenir à un certain degré de rentabilité.
Si le piratage continue à sévir malgré la répression et les campagnes menées, c?est qu?il a su s?adapter. Il existe désormais plusieurs techniques pour écouler les ouvrages piratés. ?Auparavant on vendait à même le trottoir, aujourd?hui ils font savoir qu?ils vendent des CD sans donner les titres. Ou bien ils proposent des catalogues et laissent les gens choisir. Parfois ils vendent même des CD vierges en faisant croire qu?il s?agit de tel ou tel album?, explique Gérard Louis.
Ce dernier confirme le parallèle avec le business de la drogue. ?Comme pour toutes les mafias, on connaît l?identité des boss qui agissent avec des intermédiaires et des petits revendeurs. Il y a eu des arrestations mais quelques jours après, on les voit à nouveau libres et en train de poursuivre leurs activités?, assure Gérard Louis.
Il reste que les autorités investissent dans la répression et les campagnes de sensibilisation. Mais ni la mise en place de l?Anti-Piracy Unit, ni l?activité de la force policière dans ce combat anti-piratage ne sont parvenues à atteindre pleinement l?objectif qui consiste à restreindre l?espace d?opération de ceux qui agissent dans ce secteur. L?Anti-Piracy Unit, pour sa part, souffre d?un manque de personnel. ?On ne peut pas dire qu?ils ne font pas leur travail mais c?est clair qu?il y a un problème de sous-effectif?, confirme Gérard Louis.
Il y a aussi le petit jeu de certains politiques qui entravent l?action sur le terrain.
Sensibilisation accrue
Ainsi, affirme Gérard Louis, il y a des agents politiques qui se livreraient au piratage en bénéficiant de la protection politique. ?Quand on voit des responsables politiques prendre position en cour pour des trafiquants, quand on les voit téléphoner pour dire que ces personnes sont des agents, on constate déjà l?autre dimension du problème.?
Certes la Masa fait preuve d?une détermination certaine dans la lutte anti-piratage avec le nombre d?arrestations. La sensibilisation sur la propriété intellectuelle devrait, elle aussi, aboutir à moyen terme à des résultats concrets. L?Etat, souffrant de manque à gagner à cause du piratage, a également intérêt à renforcer cette lutte.
Publicité
Publicité
Les plus récents