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Pierre, Moïse, les autres et Moi, Yvan Volcy Lagesse

5 décembre 2004, 00:00

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Voici un livre qui nous tombe du ciel. La meilleure des surprises. Ses innombrables admirateurs l?attendaient comme le Messie.à force de ne rien voir poindre à l?horizon, nous étions même arrivés à nous demander : Esprit es-tu là et même las ? Nous le savions fatigué, en effet, d?écrire pour rire. Nous savons aussi l?effet nocif d?une fiscalité trop tatillonne sur les spirituels. Fort heureusement, la bonne nouvelle se répand à présent comme une traînée de poudre, aussi communicative et contagieuse qu?un éclat de rire : notre auteur préféré est dans un autre état d?esprit. Il a retrouvé sa plume alerte et magique et surtout l?envie de donner un petit frère aux 25 leçons, au Rosier de Toton et aux Agendadas de Popoche. Ce pur esprit sera à la hauteur et exact au rendez-vous car il a de l?esprit à revendre et son pouvoir spirituel est incommensurable. Prompt, en effet, est l?esprit quand il est aussi caustique que le sien. Fait d?à-propos, de réparties spirituelles et de grains de sel, il fait mouche à tout coup. Sel caustique de préférence sinon d?Attique. Un esprit de sel qui ne s?affadira jamais. Il aura toujours le mot pour rire.

Une invitation au rire à outrance

Voici que Volcy se met à rire du paradis. Preuve s?il en faut une qu?il a l?esprit ailleurs. Encore que son paradis pourrait bien être celui de son semblable, Voltaire, autrement dit, là où il est. On pourrait aussi croire que son paradis est celui des enfants chers à Frédérik Lemaître, à Jacques Prévert et à Marcel Carné. Sans dédaigner, les poulaillers de nos théâtres municipaux (ô singulier pluriel), sa grande culture lui permet de sonder les c?urs et les reins des élus et autres bienheureux porte-auréole et de mettre en exergue leurs travers et petites manies. Son esprit tient essentiellement du « paradiabolique » pour nous rappeler sans cesse qu?entre Gabriel, Michel, Raphaël, Lucifer et Méphisto il n?y a peut-être qu?un regrettable malentendu, bien commode pour expliquer ou mystifier certains mystères.

Saluons sans réserve cette réapparition au grand jour de la vie spirituelle de Volcy et suivons-le avec béatitude et félicité dans ses nouveaux exercices spirituels. Ces derniers l?emportent nettement sur ceux de saint Tignasse, que ce dernier songe ou non à convoler avec sainte Barbe. Moïse, Pierre, les autres et Moi ne peut être qu?une vue de l?esprit de ce qui se passe là-haut dans le Royaume des Cieux. Travaillant à ciel ouvert, Yvan Lagesse se veut le disciple de l?affable Jean de la Fontaine qui enseigne que « le rire est le plaisir des Dieux ». S?il rit de ce paradis, c?est qu?il n?y trouve que du spirituel. Il se confirme enfant spirituel de Chamfort pour qui « une journée sans rire est une journée de perdue », de Beaumarchais qui « se presse de rire de tout, de peur d?être obligé d?en pleurer », de La Bruyère qui professe qu?il « faut rire avant d?être heureux de peur de mourir sans être heureux ». Il tient de Rabelais (quand même plus rigolo que Bergson) que le « rire est le propre de l?homme ». Mais c?est surtout dans la Bible qu?il puise ses inspirations les plus judicieuses, telles « Bonum vinum laetificat cor hominis » (« le bon vin réjouit le c?ur de l?homme » et non cette affligeante traduction créolisante à l?ortografe larmoni : « Bona vini soit la ti fi qu?à corps d?homme »).

Notre auteur sait qu?un saint triste est un triste saint et que cette tristesse n?a d?égale que celle d?un sein triste parce qu?il pendouille tristement.

De tout l?Evangile, il retient surtout les Béatitudes et la promesse du Christ que son paradis sera rire et félicité éternels (Lc 6, 21). Il confirme en tout cas être aussi à l?aise avec le calendrier grégorien qu?avec l?Almanach Verdot des meilleurs millésimes. Qui s?en plaindra ?

Yvan Lagesse sait pourtant qu?on ne « Badine pas avec l?Amour » ni avec l?humour d?ailleurs. Il sait lever son esprit au ciel et nous invite à suivre son exemple, à lire son livre et rire aux anges, et rire tous les jours et même le vendredi sans craindre de devoir pleurer dimanche. Il sait le rire salutaire car « rira bien qui rira le dernier et même le dernier jour ».

Les états d?âme des habitants célestes révélés

Pierre, Moïse, les autres et Moi raconte les faits et gestes ainsi que les états d?âme des acteurs principaux du céleste empire (le purgatoire n?étant que le céleste en pire), pendant une quinzaine de jours d?éternité de ses habitants. Le livre, spirituellement illustré par Marc Randabel (qui se révèle le digne successeur de l?irremplaçable Rog) est dédié aux Huns et aux Zoths. La première semaine de cette quinzaine révèle le train-train des résidents de Paradipolis. Outre Dieu le Père, le narrateur principal, il y a saint Pierre devenant introuvable car cherchant désespérément ce signe extérieur de richesse qu?est la tiare papale, l?arche-évêque Noé, président de divers saoul-comités et brodant généreusement sur un déluge mythique, Moïse cintré à force de tenir à bout de bras les tables de pierre et de la loi, Loth qui trouve fade sa femme pourtant changée en statue de sel, Lucrèce Borgia, heureuse comme un poison dans l?eau, le douanier Rousseau trop naïf pour remplacer saint Pierre au bureau de l?Immigration, Vidocq, le cafard de service, Louis XVI, le serrurier, l?homme de pène, Brassens, le pornographe auquel le surnom d?infâme va comme un gant, Léo le pesti Ferré, Douglas A. Troyfass, les inconsolables Veuves Clicquot et Laurent Perrier, Jean Baptiste, plongeur émérite à bord de l?Acalypso de Jean l?Evangéliste et du commandant Cousteau, et même Ferdinand de Lesseps, ce monstre d?égoïsthme. Il y a aussi le chevalier d?Eon qui demande incongrûment : quelle heure est-elle ? La présence de Pastor et Coluche ne passe pas inaperçue tout comme celle de Hé radote, de Râ le bol, d?Issaac Newton, chanceux d?avoir reçu un pomme sur le nez et non un coco-fesse des Seychelles. Visiblement, Volcy a le coup de foudre pour le paratonnerre de Benjamin Franklin. Il voit bien Eole souffleur à la Comédie Française, des Croates acerbes, un Malouin comme un singe, des Negros aussi spirituels que lui, des fusées qui fusent de partout, des ovniprésents. Il sait pourtant qu?il ne faut pas pousser le « souchon trop loin ».

Le plat de résistance ou plus exactement la cerise sur son savoureux millefeuille est « Le Jour du Seigneur », la feuille dominicale permettant aux résidents de Paradipolis de passer un « bon dimanche dans le Seigneur ». Les trouvailles, les petites annonces, les énigmes, les articles de fond, les uns plus humoristiques que les autres, font les délices des lecteurs. Quelques exemples en vrac : « Ici rien à louer sauf le Seigneur » (petites annonces), « Ravel donnant son boléro pour imiter saint Martin » (chronique judiciaire), « auréoles à vendre chez Christies, parapluies à baleines chez Jonas et Cie, livraison rapide par saint Expédit » (petites annonces), « Berthe au grand pied qui renonce, chez les Carmes déchaussés, à Satan et à ses pompes » (carnet mondain), le « marché de la marmelade en déconfiture » (rubrique économique), Toutankhamon (étymologiquement « tout en caleçon »), Dieu le Père qui veut mettre fin à l?éternité et « rendre son sablier », etc.

Impossible de tout raconter car après le train-train, il y a toutes les péripéties de l?expérience d?une semaine sabbatique pour permettre aux résidents de briser la monotonie de l?éternité et que parasitera l?affreux Onésime, dans la livraison du dimanche suivant du « Jour du Seigneur ». Onésime l?Affreux mettra alors l?accent sur les « sortilèges adhésifs de Mallet, Fils et Cie », les amulettes suédoises, les chapelets de chipolatas, lot de vin de mess pour l?armée, caveaux avec issue de secours vendus par Lazare Brothers, le denti-Fritz de Chez Goering, l?agression de Jean Nicot, passé à tabac dans un compartiment non-fumeurs », etc.

Un livre à se procurer séance tenante

Yvan Lagesse sait mieux que quiconque qu?il n?est point de plaisir à rire tout seul et que plus on est fous, plus on rit. A l?intention des pauvres en esprit que nous sommes, il écrit Moïse, Pierre, les autres et Moi pour que nous puissions partager sa félicité et rattraper notre retard. Il ne nous reste plus qu'à nous procurer séance tenante son livre, à l?offrir à tour de bras à nos amis et ennemis. Ce présent va à ravir même aux esprits les plus chagrins. C?est définitivement un livre à emporter au paradis. L?éclat de rire des lecteurs se prolonge de page en page, à la grande frustration de ceux attendant le tour pour s?y plonger et se défouler. La cascade de rire est garantie entre ciel et terre. Les lecteurs ne peuvent s?empêcher de se fendre la pipe comme Clinton, de rire comme des bossus à gorge déployée, de se tordre de rire au point de se dilater la rate, d?éclater de rire, de mourir de rire, bref de s?endormir comme des bienheureux. De ravis, ils deviennent alors des ravis au lit.

Les félicitations les plus chaleureuses sont dues à ce chantre de la félicité. Une félicité telle que les bienheureux, que nous devenons grâce à lui, en redemandent. Vivement la suite. Et que le rire qui se dégage de ces pages, empreintes de la plus grande spiritualité qui soit, se perpétue de siècle en siècle, à l?instar du rire de Sarah, la mère de? Rire (Issaac, en hébreu).

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