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Peut-on faire confiance à la police ?

1 mai 2004, 20:00

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«Komié garde fine manzé dan sa zafer Deelchand la pou ki zamé line gagne problem lapolis ? » C?est la question que tout le monde se pose depuis les surprenantes révélations d?Antoine Chetty, garde du corps du notaire Vinay Deelchand. À partir d?une banale affaire de drogue, les ramifications font peur. Des hommes censés être au-dessus de tout soupçon sont accusés de former une véritable mafia. Une mafia à l?italienne qui semblait agir dans une totale impunité?

La police est aujourd?hui catégorique : si la bande de Vinay Deelchand a pu faire ses quatre cents coups, c?est qu?elle a dû bénéficier d?une protection policière. D?où cette question : la police peut-elle aujourd?hui révélé ce qu?elle n?a pas vu ou n?a pas voulu voir toutes ces années ?

« L?Adsu pou menn so lenket plein plein, ziskobou », martèle le Premier ministre, Paul Bérenger, depuis l?éclatement de l?affaire Deelchand. L?Adsu, qui a été revue de fond en comble depuis le début de l?année, bénéficie du soutien « total » de Paul Bérenger. Responsable du portefeuille de l?Intérieur, ce dernier est convaincu que le salut de la police, en termes d?opération « nettoyage », doit obligatoirement passer par les hommes de la brigade anti-drogue. D?où cette série d?interpellations dans l?affaire Deelchand qui n?est pas sans rappeler l?enquête sur le meurtre de Vanessa Lagesse, il y a deux ans.

« Mais l?Adsu ne commettra pas la même erreur que les hommes de Raddhoa. Les enquêtes sont suivies de près par le commissaire de police lui-même, qui est en contact permanent avec le Premier ministre », confie un haut gradé des Casernes centrales. Tout a été mis en ?uvre ces dernières années pour refaire l?image de la police maintes fois ternie par des « affaires » qui ne faisaient pas honneur à l?uniforme?

C?est un fait : depuis des années, la perception est qu?il y a beaucoup de ripoux dans la police. Et les exemples n?ont guère manqué pour alimenter cette thèse. Nul n?a oublié les démêlés de l?ancien chef de police Raj Dayal, blâmé par la commission Sik Yuen, par rapport aux contrats alloués par la police entre 1992 et 1997.

Et puis, d?ailleurs, la police ne figure-t-elle pas déjà à la deuxième place au hit-parade des services les plus corrompus de l?État ? L?étude commandée par l?Icac et publiée il y a peu n?a fait que confirmer un avis exprimé par 53,9 % des Mauriciens interrogés.

Et comme pour verser de l?huile sur le feu, la police ne récolte pas que des lauriers dans l?affaire Deelchand, une des plus grosses affaires criminelles de ces dernières années. Dans son sillage, les noms de plusieurs hauts gradés sont cités et l?ombre de Raj Dayal vient de nouveau planer sur les Casernes centrales.

Les révélations d?Antoine Chetty, ces cinq dernières semaines, pourraient mettre au jour les liens qu?entretenait Vinay Deelchand avec l?ancien chef de la police. Raj Dayal est en sursis ces jours-ci et risque d?être appelé à tout moment par la brigade anti-drogue afin de donner sa version des faits sur certaines de ses activités, dont certaines sont qualifiées de « très graves ».

Les enquêteurs de l?Anti Drug and Anti Smuggling Unit (Adsu) travaillent d?arrache-pied afin de réunir suffisamment de preuves pour confronter l?ancien commissaire de police aux accusations d?Antoine Chetty. Jeudi soir, des radios annonçaient déjà dans leurs bulletins d?informations, l?interrogatoire de Raj Dayal pour le lendemain matin?

Depuis le début de l?affaire Deelchand, le nom de Raj Dayal n?est pas le seul à être sur les lèvres des officiers. « Kan pou arret li ? », lançait un policier affecté dans les Plaines Wilhems à un journaliste, mercredi ? « Twa ki pé travaye lor sa case là, to bizin bien renseygney ? Ki sa ban nom Chetty pé larguer là ? R? ? », nous demandait un haut gradé du Central Criminal Investigation Department (CCID).

Les rumeurs enflent de jour en jour dans la police et les noms de plusieurs hauts gradés sont cités comme ayant figuré sur la fiche de paie de Vinay Deelchand. « Tout ceci mine le moral des troupes. Les hommes se disent que leurs chefs, des officiers supposés être des hommes au-dessus de tout soupçon, seront peut-être arrêtés », déplore un surintendant. « Dans une grosse affaire comme celle-là, le commissaire de police, voire un porte-parole, aurait dû animer un briefing quotidien avec la presse afin d?informer le public sur le déroulement de l?enquête sans pour autant révéler les secrets de l?instruction », confie un assistant commissaire de police.

« Le bouclage des informations, ajouté aux différentes allégations répercutées dans la presse, fait penser qu?Antoine Chetty pourrait être un fumiste après tout? », confie notre interlocuteur. En fin de compte, le secret observé a un effet contraire. Les rumeurs s?amplifient et la perception de l?opinion publique est que la police a quelque chose à cacher, surtout avec la prise de position du gouvernement selon laquelle il n?y aura pas de « cover-up », poursuit-il. « Ce qui peut laisser croire qu?il y a eu des cover-up dans le passé. »

Le fait que ce soit la brigade anti-drogue qui rouvre les enquêtes n?est également pas très bien perçu par certains limiers de la police criminelle. « Zot nek fer bane case la drog ki tout lé temp ressemblé. La routine pou zot sa. Mai eski zot pou conne amenn lenket criminel ? » s?interroge un inspecteur de la criminelle.

« Dépi kan Sooroojbally (NdlR : le tout nouveau patron de l?Adsu) konn amenn lenket li ? Je me demande s?il sera à la hauteur », ironise pour sa part un de ses pairs. La « proximité » supposée de l?ACP Rampersad Sooroojbally avec le commissaire de police est ainsi décortiquée dans différents milieux policiers?

Certes, les avis divergent dans la police quant à la réouverture des dossiers par l?Adsu. Mais il n?y a pas pour autant de guerre des polices. « La CID fait de temps en temps des enquêtes liées à la drogue. Alors, pourquoi l?Adsu ne peut-elle pas enquêter sur des homicides, des incendies criminels ou des tentatives de meurtre ? », s?exclame un limier chevronné de la police criminelle. « Adsu ou CID, après tou, zot tou appel lapolis mem sa? »

En réalité, ce n?est pas que l?Adsu qui passe à la loupe les allégations d?Antoine Chetty. La CID de Quatre-Bornes, sous la direction du chef inspecteur Yousouf Soopun, a rouvert le dossier Laldeo Gujadhur. Vinay Deelchand se serait approprié ses biens fonciers et aurait commandité son agression par deux hommes de main, Mario Vythilingum et Cyril César le 15 juin 1998.

L?autre réalité, c?est qu?à ce stade, Antoine Chetty n?a pas encore donné les noms d?autres officiers de police, à part Raj Dayal. En fait, ce sont plutôt les Casernes centrales qui ont pris les devants en ouvrant une enquête interne afin de déterminer s?il n?y a pas eu des failles volontaires dans les dossiers dans lesquels le nom du notaire a été cité.

« J?ai fait mon boulot en mon âme et conscience. Je ne connais pas ce notaire et je n?ai jamais reçu quoi que ce soit de cette personne. Je n?ai rien à me reprocher. Je suis serein car on ne peut m?accuser de quelque chose que je n?ai pas commis », explique un des responsables de ces enquêtes qui font l?objet d?une vérification.

« En tant qu?ancien directeur du service des renseignements, le commissaire veut sûrement que l?enquête sur ces officiers soit confidentielle. C?est peut-être aussi parce qu?il traite de ce dossier avec le Premier ministre. Il a sans doute confié ces opérations à ses anciens subalternes ou aux gars de la MCIT », confie un gradé de l?Adsu.

Tout est mis en ?uvre pour se défaire des brebis galeuses. « Si éna bane boug kine fané, zot pou bizin assim zot responsabilité », lance un chef de la police criminelle. « Pas kapav met tou dimoune dans mem panier. Dire mwa dan ki métier péna personne ki fané? », assure un sergent affecté dans un faubourg de la capitale.

Avec le dossier Deelchand, la police ne veut pas prendre le risque de perdre « l?honneur retrouvé » depuis la résolution de l?affaire Sandra O?Reilly?

Les rumeurs enflent dans les rangs de la police et les noms de plusieurs hauts gradés sont cités.

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