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Peut-on avoir confiance dans les banques ?

5 juillet 2003, 20:00

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Les nuages s?accumulaient depuis quelque temps. Aujourd?hui c?est carrément l?orage qui s?abat. Au moins cinq banques commerciales, la Bank of Credit and Commerce (BCCI), la Habib Bank (Zurich), la Mauritius Cooperative Central Bank (MCCB), la Union Bank et la Delphis Bank ont été contraintes à la fermeture, ces dernières années. Il faut ajouter à cette liste la Citibank et la Banque nationale de Paris qui ont cessé leurs activités à la suite des mergers, la première avec la Mauritius Commercial Bank (MCB) et la seconde avec la Barclays Bank.

Puis le 14 février, c?est le coup de tonnerre dans le ciel du monde bancaire : une fraude massive est découverte à la MCB, première institution financière du pays. Le montant détourné au préjudice du National Pension Fund (NPF) s?élève à Rs 600 m et avec les intérêts, le total tourne autour de Rs 866 m.

Le scandale secoue non seulement le landerneau du secteur financier, mais le pays tout entier. L?ampleur est telle que les démêlés de l?Indian Ocean International Bank (IOIB) avec l?Independent Commission Against Corruption (Icac) sont relégués au second plan.

Comme pour continuer la descente aux enfers, l?enquête de l?Icac sur la fraude au détriment du NPF tourne à l?examen des procédures en vigueur à la MCB. Dans la foulée, Pierre-Guy Noël, directeur général de la MCB et son adjoint Philippe Forget, sont arrêtés puis remis en liberté. Ces arrestations évidemment éclaboussent le secteur bancaire. Il n?en faut pas plus pour que Moody?s, l?agence internationale d?évaluation des banques commerciales, ne rétrograde la MCB dans son classement.

Le résultat de toutes ces péripéties aboutit à une confusion qui porte atteinte à l?atout principal du système bancaire : sa crédibilité. Une question s?impose : peut-on faire confiance aux banques ? Dans le public, il n?y a pas de réponses catégoriques à cette interrogation. Elles oscillent entre la surprise et la résignation. Les Mauriciens sollicités font plutôt ressortir qu?en dépit de tout ce arrive aux institutions bancaires, celles-ci sont aujourd?hui indispensables. T.S., directeur d?un supermarché dans les Plaine-Wilhems résume bien ce sentiment : « On a absolument besoin des banques. Elles sont indispensables. Sans elles, les activités économiques seront paralysées. Cependant la santé et la solidité financières des banques doivent être irréprochables ».

Dans les milieux professionnels de la finance, même si on a de la peine à cacher son embarras Une seule tendance se dessine : on relativise les choses.

A la Banque de Maurice, l?organe régulateur du secteur bancaire, il semble qu?on prend les choses avec beaucoup plus de sérénité maintenant. Le ton baisse d?un cran par rapport au communiqué émis le 24 juin dans la foulée de l?interpellation de Pierre-Guy Noël et Philippe Forget annonçant que la Banque Centrale avait demandé à la direction de la MCB de prendre des mesures pour « bring the situation under control and initiate appropriate actions to ensure orderly conduct of business ». Cette phrase avait été interprétée dans certains milieux comme une invitation à la MCB de se passer des services de certains de ses cadres.

Rassurer le public

Une voix autorisée à la Banque Centrale estime que cela ne saurait être le cas. Et cette personnalité de rappeler le cas de Jean Claude Trichet, le Gouverneur de la Banque de France. « Trichet était directeur du Crédit Lyonnais quand cette banque a été accusée de blanchiment d?argent. Pourtant, il n?a pas eu à démissionner. Au contraire, il a accédé à de plus hautes fonctions. La semaine dernière trois ans après les événements, il vient d?être lavé de tout blâme », déclare notre interlocuteur.

Dans les milieux de la Banque de Maurice (BoM), on indique que des décisions seront prises dans les jours à venir « to clear up the atmosphere ». En d?autres mots mettre fin au climat de confusion qui règne en ce moment dans le secteur financier. Mais il a été difficile d?en savoir davantage. « Tout ce que l?on peut dire est que dès son retour de Londres, jeudi, le Gouverneur de la Banque Centrale, Ramesh Basant Roi, a eu plusieurs séances de travail avec la haute hiérarchie de la Banque de Maurice et plusieurs acteurs du monde financier. Une solution efficace sera bientôt trouvée. The matter will be resolved soon », indique-t-on à la BoM.

Mais que disent les banques commerciales pour rassurer le public et continuer à lui inspirer confiance ? « Tous les systèmes bancaires sont les mêmes, à quelques variantes près. Elles reposent toutes sur des règles fiables », déclare Philippe Forget, No 2 de la MCB. Toutefois il concède, « qu?aucun système n?est infaillible et qu?il arrive que parfois des règles de contrôle internes soient abusées ». Mais la solidité financière d?une banque est la garantie qu?elle peut offrir à ses clients ajoute, le directeur général adjoint de la MCB.

Quant à la fermeture des banques ces dernières années, Philippe Forget estime que ce sont des choses qui arrivent. « Dans d?autres pays aussi les banques ferment. C?est un business et il y en a qui ne réussissent pas en affaires ». Notre interlocuteur croit fermement que le public ne devrait pas perdre confiance dans les banques en dépit des remous causés par les récents scandales. « En dépit des éclaboussures causées par le fait que notre système de contrôle a été abusé, la clientèle progresse. Cela en raison de la solidité financière de la banque et de la qualité reconnue du service », ajoute Philippe Forget.

<B>La leçon des événements

Les directeurs des autres banques commerciales avancent les mêmes raisons pour rassurer les clients : contrôle et réputation de pratiques rigoureuses. « A Maurice le système bancaire est régi par une réglementation stricte exercée par le Banque Centrale et les autorités financières. Par tradition, les banques sont des institutions intègres gérées de façon professionnelle garantissant à leurs clients la sécurité de leur argent et un retour sur leur investissement », affirme Martine Aliphon, responsable des relations publiques à la Barclays Bank. « Nous sommes une institution internationale et notre réputation repose sur des paramètres stricts et une exigence en termes de transparence », ajoute-t-elle.

Même son de cloche à la State Bank of Mauritius. « A Maurice, il y a de nombreuses instances de contrôle : la BoM, la Financial Intelligence Unit, la Commission de la Bourse. En plus, nous devons respecter les règles de la bonne gouvernance ».

Mais les responsables des institutions bancaires ont tiré des leçons des événements récents qui ont secoué leur secteur. Les banques commerciales ont pris des mesures pour consolider le contrôle interne. Dans certains cas, le processus avait été enclenché depuis une année. « A la MCB un Business Process Reengineering était déjà en cours avant janvier 2003. Cet exercice est conduit sous la supervision du cabinet de consultants Accenture », révèle Philippe Forget qui ajoute que « dans le sillage de la fraude au détriment du NPF, des mesures de sauvegarde additionnelles ont été élaborées en collaboration avec Kroll Associates ».

En plus, la MCB a recruté un expert étranger pour agir comme Chief Risk Officer. Quadrant Management, une firme de réputation internationale conseillera la MCB sur les Treasury Risks, un expert international en informatique se joindra à la banque, alors que le comité d?audit sous la direction de Peter Brunsden, un ancien de Lloyds a été restructuré.

Toutes les autres banques ont renforcé leur système de contrôle. A la Development Bank of Mauritius, une cellule spéciale a été mise sur pied pour analyser les risques. A la First City Bank un département de contrôle a été créé pour vérifier les transactions journalières. Quant à la Barclays, elle se repose sur un mécanisme de contrôle revu régulièrement par la maison-mère à Londres.

Les autorités non plus ne sont pas restées inactives. Outre les Guidelines qu?elle émet aux banques, la Financial Intelligence Unit compte établir un système de Crime Watch pour informer les banques des activités des escrocs internationaux. Mais au-delà des mesures de redressement c?est dans la qualité des hommes que réside la solution pour éviter d?autres fraudes. Georges Chung Tick Kan, le Président de Financial Services Authority définit ainsi ce principe : « pour restaurer la confiance ébranlée, tout est du ressort des hommes. C?est à ceux qui sont aux commandes des institutions de restaurer la confiance ».

Ainsi quelque part le choc de janvier 2003 a poussé le secteur financier à se remettre en question et à prendre des mesures pour mériter la confiance du public et retrouver son principal argument : sa crédibilité. Autrement tout le système s?ébranlera. «Si dans une chaîne un maillon est faible, on le consolide. Sinon on finira par porter atteinte à tous les autres maillons » , c?est ainsi qu?un haut cadre de la SBM résume l?état d?esprit prévalant dans le secteur bancaire. Le temps dira s?il a raison.

Jérôme BOULLE Lindsay PROSPER

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