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Petits secrets de la porcelaine
Le colosse aux pieds d?argile est exemple de fragilité. D?autres objets d?argile ont aussi vie éphémère. Témoin ces pipes que l?on casse à coups de carabine dans des stands de tir au cours de fêtes foraines. Précaires aussi les têts, récipients en terre pourtant dite réfractaire, connus des labos. Même au sommet de la céramique, le vase en précieuse porcelaine Ming de la tante Agathe confesse sa fragilité lors d?une chute.
Mais ne restons pas au sol et voyons d?autres contributions prisées bien que frileuses. Les amphores, par exemple, sont chéries de l?archéologie sous-marine. D?autres vases de l?antiquité grecque décorés de scènes pastorales ont attiré la verve de Keats dans Ode to a Grecian Urn. Ce souvenir de collège tient compagnie à une lecture scolaire faisant état de Bernard Palissy brûlant du désir de découvrir le secret de la faïence et expédiant dans le feu sa dernière chaise. Elle n?ajoutait toutefois pas que l?homme était plus connu comme savant, et qu?étant Huguenot il échappa de justesse au feu du bûcher et faillit faire long feu à la Bastille.
Les souvenirs dans lesquels on plonge quand s?accumulent les ans font remonter la vaisselle de tous les jours ornée d?un motif bleu cobalt illustrant une légende dite chinoise mais d?origine anglaise. Elle datait de la fin du XVIIIe et son image se disait ?willow pattern?. Le dessin associait un saule pleureur, un pont rustique sur un ruisseau, deux hirondelles et un semblant de pagode. Sous-entendue était l?histoire d?un amour contrarié par un père cruel.
Cette vaisselle était de fabrication industrielle mais la poterie artisanale a ses charmes. Elle fait partie du cours de formation d?enseignants de diverses institutions, et procure un contentement que seuls connaissent ceux qui l?ont ressenti. A la sensualité de la jouissance tactile s?ajoute le régal du regard fasciné par la création de lignes évanescentes. L?inspiration ou l?humeur peuvent conserver certaines pièces dont les formes se fixent par la cuisson au four. Le maniement de la glaise est paraît-il recommandé comme thérapie dans certains cas d?obsession. Peut-être certains dirigeants mégalomanes gagneraient-ils à s?y mettre.
Au cours des âges on a connu en Europe des poteries de divers types. Les plus rudimentaires, en terre simplement cuite à basse température, étaient les équivalents de nos gargoulettes. Plus tard une cuisson beaucoup plus chaude donna le grès que l?on rencontre rarement chez nous.
Mais la poterie des poteries comme on dit en langage fleuri est née en Chine grâce à une terre dite kaolin, mot voulant dire colline élevée. C?est surtout le talent des artisans qui était supérieur car les habitants du Céleste Empire n?ont pas inventé que la poudre. Ces maîtres découvrirent la porcelaine au VIIIe siècle. Le mot est issu de truie et tout d?abord désigna un coquillage, parent de celui dit chez nous coquille à ravauder. On le trouvait dans les foyers avant la libération féminine. Sa bouche est suggestive.
Les porcelaines les plus fines sont diaphanes et cuites à très haute température. Leur création n?atteignit l?Europe qu?au XVIIIe. Elle suscita des contributions indigènes comme le bone china d?Angleterre contenant des os calcinés. Il devint une norme dans ce pays mais demeura porcelaine tendre, au-dessous de la production chinoise. Ailleurs en Europe s?établirent des manufactures de renom comme à Limoges, Sèvres ou Saxe. La première ville est aussi celle ou l?on envoya des généraux indésirables, mais nous ne savons s?ils se conduisaient là comme des éléphants dans un ma-gasin de porcelaine .
Les lignes de notre dodo
Parmi les contributions européennes on doit compter l?anse des tasses car les bols chinois n?en avaient pas. Plus ori-ginale fut une plate-forme dans la tasse pour protéger les moustaches. Il ne s?agit pas là d?une blague comme celle de ce brocanteur qui se vantait d?avoir une pièce unique : une tasse avec anse à gauche pour gauchers. La tasse de thé ne sert pas seulement à démêler en Angleterre des situations embrouillées. Les variations de son quand la cuillère remue le breuvage ont fait l?objet de savantes communications dans les colonnes du New Scientist.
La porcelaine ne se porte pas à la bouche uniquement pour boire, témoin l?ocarina aussi doux que la flûte. Notre dictionnaire fait descendre le mot du latin pour oie. Mais ce volatile a sauvé le capitole en poussant des criaillements qui n?ont rien de mélodieux.
D?autres artistes que les potiers créent avec de la glaise. Des statues, par exemple; transformées plus tard en matière plus noble. Des savants impressionnent plus encore en créant un visage à partir d?un crâne. Ils y disposent la glaise selon les contours musculaires puis recouvrent cette ébauche de peau artificielle. Le même procédé a été utilisé par un zoologiste écossais pour reconstruire les lignes de notre dodo. Il n?était pas du tout le lourdaud représenté habituellement. Mais les Hollandais l?ont quand même mis en terre.
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