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Petits pas versle respect de l?enfant
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Petits pas versle respect de l?enfant
<B> par Marie-Annick Savripène</B>
Nouveau-nés abandonnés, enfants battus, kidnappés, abusés physiquement, émotionnellement ou sexuellement? La liste est malheureusement longue. Les violations à l?égard des enfants ont pris une ampleur telle, ces dernières années, que l?on est en droit de se demander si les nombreuses campagnes de sensibilisation, orchestrées par diverses instances atteignent bien leur public cible? Ou si, au contraire, le nombre de dénonciations ne se serait pas justement preuve de leur efficacité.
Les principaux concernés par les droits de l?Enfant pensent qu?il y a effectivement une plus grande prise de conscience, et à différents niveaux. Plusieurs organismes chargés de la protection de l?enfant ont du reste été mis en place ces dernières années, fait remarquer Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson pour les enfants. A commencer par le poste qu?elle occupe elle-même et qui témoigne d?une volonté accrue de la part des décideurs des deux bords politiques : «Les différentes actions que nous avons menées sur le terrain ont porté leurs fruits». D?où un plus grand nombre de dénonciations enregistrées au bureau de l?Ombudsperson. «Mais les enfants viennent encore timidement vers nous et sont souvent accompagnés d?adultes», note-t-elle.
Certes, il y a eu un sursaut de la population, mais, explique Mariam Gopaul, chef de projets à l?Observatoire des droits de l?enfant de la région, «c?est malheureux qu?il ait fallu pour cela des cas atroces de violations. Toutefois, aujourd?hui, on ne tait plus les cas de violations ; les opinions s?expriment haut et fort, alors qu?autrefois, les gens questionnaient la véracité de ces cas».
Indira Seebun, ministre de la Femme, prend aussi pour baromètre le nombre de cas rapportés à son ministère. «Autrefois, les gens avaient des inhibitions ; aujourd?hui, ils savent qu?ils peuvent compter sur les mécanismes de protection et de défense qui ont été mis en place.»
Les intervenants mettent toutefois un bémol à l?impact de ces campagnes de sensibilisation pourtant nombreuses. Shirin Aumeeruddy-Cziffra pense que la perception de la question des droits de l?Enfant reste encore très vague. «Les gens comprennent qu?il faut protéger les enfants contre la maltraitance mais pensent que ces derniers doivent respecter les adultes et pas le contraire. Trop de gens croient dans les châtiments corporels et n?ont pas compris que ce traitement laisse des traces sur le développement des enfants.»
Si la ministre Seebun loue le rôle des médias dans la prise de conscience, elle sait aussi que les lectorats et les audiences sont limités. «Je crois qu?il n?y a pas eu assez de communication et que les messages n?ont pas touché toute la population.» L?ancienne ministre Arianne
Navarre-Marie va plus loin et identifie ceux qui sont passés entre les mailles du filet : les enfants non-scolarisés et ceux qui ne sont pas adhérents à des associations d?enfants. Et de faire ressortir un paradoxe : «Certains parents sont conscients des droits mais refusent de dénoncer car ils sont eux-mêmes économiquement dépendants des agresseurs de leurs enfants.»
Le message bute aussi sur les mentalités, estime Rita Venkatasamy, fondatrice du Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens. «Certains refusent de penser que les enfants ont des droits. Pour eux, zenfan bizin zis ekout paran. Le droit de l?enfant à participer, par exemple, aux décisions, ils le considèrent comme une hérésie.»
La liste des griefs d?Alexandra Schaub, présidente de Pedostop, sur le sujet est également longue. Les droits de l?enfant, à ses yeux, ne sont pas assez médiatisés, les outils d?informations sont presque inexistants ou difficilement disponibles. «Beaucoup de ces manifestations demeurent réactives - elles interviennent à la suite de faits divers horribles. Il y a encore un manque de formation parentale et une incompréhension de la psychologie de l?enfant.» Elle montre aussi du doigt le Child Protection Amendment Bill, voté récemment, qu?elle juge décevant car il ne concerne pas les abus sexuels qui «abîment tant d?enfants chaque jour».
Tous se demandent comment faire pour atteindre ceux qui ne sont toujours pas informés. Mariam Gopaul n?y va pas par quatre chemins : il faut, dit-elle, introduire la question des droits de l?Enfant dans une des matières d?études au primaire et former les instituteurs en conséquence. Mariam Gopaul fait toutefois remarquer que toutes ces interventions doivent mettre en lumière, non seulement les droits de l?enfant mais aussi ses responsabilités, en d?autres mots, lui inculquer les valeurs citoyennes. «C?est toute une culture à refaire, tout un dialogue à instaurer avec les jeunes parents.»
Arianne Navarre-Marie et Shirin Aumeeruddy-Cziffra s?accordent à dire que l?union fait la force. Une collaboration plus étroite sur le terrain entre l?Etat et les organisations non-gouvernementales sera payante. L?ancienne ministre de la Femme est du reste persuadée qu?un durcissement des peines à l?égard de ceux qui violent les droits de l?enfant agira comme élément dissuasif.
La formation est le maître mot. Pour Rita Venkatasamy, elle s?appliquerait aux militants des droits de l?enfant et à ceux qui élaborent les campagnes de sensibilisation. Et d?expliquer que c?est une bonne formation qui leur permettra de mieux orienter leur engagement vis-à-vis de la cause des enfants. Arianne Navarre-Marie lui fait écho. «Il faudrait un plus grand engagement de certains fonctionnaires. Les plus qualifiés académiquement ne sont pas les plus engagés.»
L?Ombudsperson pour les enfants et la ministre Seebun préfèrent inscrire leurs actions dans le concret. Shirin Aumeeruddy-Cziffra compte organiser, pendant les vacances pascales, un carnaval sur la non-violence et la paix.
Elle a aussi, avec la ministre Seebun, des séances de travail sur la stratégie pour une meilleure protection de l?enfant. «Nous travaillons sur des mesures ciblant les institutions qui hébergent des enfants à risques ou abandonnés. J?ai aussi préparé des amendements pour introduire le système de mentors comme soutien aux familles vulnérables.» Indira Seebun verrait d?ailleurs bien un déploiement d?au moins 200 mentors par circonscription, qui seraient «des personnes au-dessus de tout soupçon». Un projet a priori coûteux mais pour lequel elle solliciterait le secteur privé.
Shirin Aumeeruddy-Cziffra veut rester réaliste et oriente davantage son action sur la vigilance et la sensibilisation. «Il y aura sans cesse à faire car de nouveaux dangers guettent toujours. Il est aussi important d?accorder plus de crédit aux enfants, en respectant leur droit à la participation. Je relancerai le débat autour de cette question l?an prochain.»
Outre la tenue en janvier d?un face-à-face avec 150 jeunes de 15 à 18 ans, la ministre Seebun délèguera ses officiers dans différents centres de femmes ou centres de jeunesse pour faire l?éducation parentale, et informer la population sur les nouvelles lois votées. Tout comme elle compte organiser des camps de vacances réguliers, animés par des psychologues cliniciens qui apprendraient aux enfants à se protéger. Elle et Rita Venkatasamy misent sur les médias pour donner la parole à l?enfant.
Alexandra Schaub croit à une campagne d?information non-stop. «Nous mettons en ?uvre des projets d?information. Mais je crois qu?il faudrait aussi un plus grand nombre de groupes de pression pour apporter des amendements aux lois. Nous espérons trouver une écoute auprès de l?Attorney General à qui nous avons adressé un courrier avec des demandes spécifiques».
On avance, certes, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir?
QUESTIONS A...
<B> Alexa, 15 ans : «On n?entend pas assez les enfants» </B>
<B> Connais-tu tes droits d?enfant ? </B>
Oui, je pense, même si je n?ai pas suivi les campagnes de sensibilisation sur le sujet.
<B> De tous ces droits, lequel te semble le plus fondamental ? </B>
Le droit d?expression est le plus important car les adultes ne prennent jamais en considération ce que les enfants ont à dire. Ce n?est pas visible dans mon entourage mais je note que l?on n?entend pas assez les enfants. Ils ont pourtant souvent une opinion sur des tas de choses.
<B> Penses-tu que les enfants ne connaissent pas leurs droits ? </B>
Je crois qu?ils connaissent leurs droits mais que c?est davantage les adultes qui bafouent ces droits, surtout avec les plus petits qui ne peuvent s?affirmer.
<B> Quel est selon toi le droit de l?enfant le plus bafoué ? </B>
On ne respecte pas le corps de l?enfant. On le voit par les cas d?abus sexuels. Je crois aussi qu?il existe le châtiment corporel. Je trouve que ce n?est pas nécessaire de battre un enfant. L?adulte doit faire preuve d?autorité mais pas de violence. Il doit pouvoir se faire respecter sans les coups. Céder à la violence, c?est montrer qu?on n?a pas d?autres moyens de se faire obéir, c?est avouer sa faiblesse.
<B> Es-tu consciente que les enfants ont aussi des responsabilités? </B>
Oui. Ils doivent respecter leurs parents, participer à la vie de la maison et bien étudier à l?école.
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