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Petits enfants gros chagrins

22 janvier 2005, 00:00

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Comme un orage qui menace d?éclater, les sourcils se rapprochent jusqu?à se toucher. La petite bouche, tout à l?heure bavarde et rieuse, se crispe en une ligne pincée. Les grands yeux se rétrécissent sous l?averse qui s?apprête à tomber sur les joues pommées. D?abord des petites pleurnicheries avant que Bhavish, quatre ans, ne déploie toute la force de ses cordes vocales.

Impeccable dans son petit uniforme blanc et rouge, Bhavish n?est plus qu?une boule de nerfs à vif. «Ala li fer lasasin.» A bras perdus, il s?accroche à sa maman Nella. Son petit corps raidi refuse tous les raisonnements. Seule la douleur du déchirement matinal fait violence à ses sentiments d?enfant. Il faudra toute la douce persuasion de miss Véronique, combinée aux câlineries de sa maman, pour que ce petit élève de l?école maternelle Le Nid laisse cette dernière repartir vers ses occupations. «Maman va venir tout à l?heure. Enn ti moman mem sa.»

Et pourtant, ce n?est pas le jour de la rentrée. Ce n?est même pas la première année de scolarité de Bhavish. Devant nos yeux étonnés, la maman et la miss de Bhavish nous confirment que le gamin farouche est de retour à l?école pour la deuxième année consécutive. Un peu pour s?excuser, un peu pour se justifier et parce qu?après tout, une jeune maman a besoin de se confier, Nella explique : «Li tro gate.»

Le visage encore plissé par le va-et-vient routinier du matin, Nella ajoute : «Li enn zanfan inik.» La rentrée a eu lieu le 7 janvier. La preuve que l?attachement est plus fort que toutes les lois du calendrier. Moment d?émotion qui affecte à la fois la maman de Bhavish, dont la voix est mal assurée et l?au revoir fade. Des larmes qui contraignent miss Véronique à desserrer l?étreinte passionnée de l?enfant à sa mère. Des cris qui attirent l?attention des autres petits de la classe, voire qui les poussent au bord des larmes.

<B>«MAMA POUL PAPA POUL»</B>

Une logique de gamin qui s?inverse l?après-midi. «Lerla li fer moi atann.» Bhavish n?est plus du tout pressé de rentrer. Alors que sa mère poireaute dans la cour de Le Nid, tout en bavardant avec d?autres mamans, le petit garçon de quatre ans insiste pour s?offrir un tour, puis un autre et encore un dernier tour de manège avant de passer à la glissade.

Les larmes de Bhavish sont loin d?être l?exception matinale du quotidien de l?école maternelle et de la garderie de Rose-Hill. «C?est pour cela que j?ai choisi d?appeler l?école Le Nid», explique Prithvi Fowdar, le directeur.

Appuyé à une table trop basse pour lui, l?ancien économiste du ministère du Plan pose une main bienveillante sur la tête de Varshinee, une puce de trois ans débordant d?énergie, avant nous poursuivre. «Le nom est un symbole de protection. Nous nous efforçons depuis 1975 d?aider les enfants jusqu?à l?âge où ils seront prêts à s?envoler.» Interrompu un instant par l?enfant qui parle avec «des phrases bébé» des «tig» qu?elle a vus au cours d?une récente visite au parc de Casela, Prithvi Fowdar partage sa vision de la «première étape de la construction de l?identité de l?enfant. Nou inpe mama poul, papa poul.»

Une équipe notamment composée de miss Véronique, tout juste 20 ans, qui sermonne les petits qui «ont fait méchant» du haut de sa petite année d?expérience dans le domaine de la puériculture. Pour l?épauler, miss Doris qui cumule huit ans d?expérience, un sourire rassurant et un enfant de quatre ans. «Je vis ce que vivent les parents. Je pense que cela m?aide à mieux comprendre parents et enfants.»

Le temps d?un câlin à Sorenza, petite boudeuse de trois ans qui ne perd pas une miette de tout ce qui se dit, Prithvi Fowdar, lui aussi gagné par l?émotion derrière ses lunettes, nous dit que «s?agenouiller devant un enfant, c?est plus qu?une prière.»

Au-dessus de sa tête, des formes d?animaux, découpées dans du bristol coloré, se balancent à des fils tendus en travers des trois salles de classe. Papillon, éléphant, fleurs sont les témoins silencieux mais pas impassibles de ces larmes aussi éphémères que des bulles de savon.

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