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Petit pêcheur deviendra gros...
Enfant de La Gaulette, puis habitant de La Preneuse, un village de pêcheurs à l?écart du développement, Régis Lamarque aurait pu se dire, il y a près de 50 ans, qu?il n?était destiné qu?à « lever des casiers ». Il a choisi d?imaginer sa vie autrement. Et elle l?est.
Régis Lamarque est en mer ce matin. A 68 ans, il s?en va toujours poser ses casiers. Mais ce n?est plus là une activité aussi contraignante que naguère. Car, nous conte son fils Clifford, la famille est propriétaire d?une embarcation qu?ils se sont offerte pour plus de Rs 1 million.
Comme beaucoup d?enfants de sa génération, Régis a très peu fréquenté l?école. C?est au fil des combats avec les caprices de la mer qu?il apprend la persévérance, l?initiative et l?effort, des valeurs qu?il a transmises à ses enfants.
A la différence de ceux qui font de ce métier une fatalité, il ne renie pas sa condition d?homme de la mer, mais associe son savoir-faire aux moyens mis à la disposition par l?Etat.
Régis gagne d?abord sa vie, comme la plupart de ses voisins, avec la pêche aux casiers. Il se laisse ensuite tenter par la pêche au gros. Mais cette technique se pratique difficilement en pirogue.
En 1975, il apprend qu?un industriel suisse s?apprête à regagner son pays natal, après avoir vécu de nombreuses années ici. Il cherche un acquéreur pour son bateau de plaisance.
L?embarcation, nommée Romulus, a longtemps servi mais c?est une bonne affaire. Notre homme se met en quatre et l?achète. Aidé de son fils Clifford, alors jeune adolescent, il devient prestataire de service pour une clientèle touristique férue de pêche sportive et d?émotions fortes.
Des complications...
A mesure que les années passent, le Romulus s?use et son entretien devient de plus en plus cher. En homme prévoyant, Régis prépare son remplacement. Il sent également que son fils Clifford ? qui a entre-temps maîtrisé les astuces du métier ? devrait bientôt pouvoir voler de ses propres ailes. Les deux se concertent et décident de tenter une nouvelle aventure.
En 1994, ils approchent la Banque de développement et sollicitent un prêt pour la construction d?un nouveau bateau, équipé de tout l?attirail nécessaire. Le projet est évalué à un million de roupies. La banque est prête à leur avancer 65 % de la somme. Au moment de remplir les formalités, les choses se compliquent. On se rend compte que la maison familiale que Régis est disposé à offrir en garantie est construite sur un terrain de l?Etat loué à bail.
Régis ne jette pas l?éponge. Sûr de son projet, il parvient à convaincre le ministre de la Pêche d?alors, celui des Terres et du Logement, de même que le ministre des Finances pour obtenir une dérogation. Il offrira à la place une garantie sur la maison dont la veleur dépasse largement le montant de l?emprunt recherché.
L?emprunt remboursé dans les délais
Une fois l?agrément obtenu, il fait appel à un de ses beaux-frères pour construire Romulus II. La construction démarre fin 1995 et l?embarcation est mise à la mer quatre mois plus tard.
Mais le plus gros reste à faire. Ce n?est pas tout d?avoir un bateau flambant neuf. Il faut surtout le rentabiliser afin de pouvoir honorer les engagements pris auprès de la DBM. Jean-Régis, le benjamin de la famille, qui termine vers la même période ses études secondaires, vient prêter main au tandem. Les trois s?appliquent et parviennent à tout rembourser dans les délais.
Dégagé de cette responsabilité et fier du travail accompli, Régis a peu à peu laissé les rênes à Clifford. Il emmène des touristes en mer pour la pêche au gros. Chaque traversée rapporte Rs 10 000 environ, en haute saison. Et lui, Régis, s?en va poser ses casiers.
Chez les Lamarque, l?important c?est d?être debout.
La DBM au service des pêcheurs
Puisque le poisson se fait rare près de nos côtes, autant aller le chercher ailleurs. Devant la saturation de nos lagons, la Banque de développement a, depuis quelques années, mis au point à l?intention des pêcheurs un projet de financement intégral pour la construction ou l?achat de pirogues de 23 pieds ou plus. Ces embarcations sont en général utilisées pour la pêche au thon et autres poissons pélagiques dans le voisinage immédiat des dispositifs de concentration de poisson. Selon les chiffres avancés par la DBM, celle-ci a financé à ce jour près de 500 projets pour un montant de Rs 54 millions sur les 60 millions allouées. De tels prêts sont remboursables sur 7 ans à un taux d?intérêt de 3 %.
La banque alloue aussi des crédits pour des bateaux équipés de moteurs centraux et servant à la pêche sportive. Ces prêts sont accordés à des taux d?intérêt variant de 8 % à 12 % et sont également remboursables en 7 ans. Dans de tels cas, la DBM avance 75 à 80 % du coût du projet.
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