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Pesa-Bebeza-Anamah : pulsations d?Afrique contemporaine

25 avril 2004, 20:00

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?POURQUOI s?obstine-t-on à coller l?épithète ?contemporaine? à l?Afrique ? Vous entendez souvent parler d?Europe ou d?Amérique contemporaine vous ?? Un corps sculpté, un esprit tourmenté. Sello Pesa refuse d?être enchaîné au temps. Etre contemporain pour lui, c?est transporter partout où l?on va, le lieu d?où l?on vient.

Son itinéraire l?a ramené à Maurice. Il était dans l?île en mai 2002 pour présenter Everyday avec Valérie Berger de la compagnie Tetradanse. L?an dernier il était revenu pour animer plusieurs stages.

Depuis, sa réflexion chorégraphique continue. Articulée autour du thème Chasing the cultural shadow, elle a aboutit à la création de trois pièces tendant à prouver que ?you cannot escape the shade of your culture.? Ces ombres, Sello Pesa les a traquées au Lesotho, sur les bords de la rivière Limpopo et à Mysore en Inde. ?A chaque fois, je cherche l?essence du mouvement. Comment des peuples indigènes se tiennent en société. Leur manière de s?asseoir, de se saluer, toutes les cérémonies qui ponctuent leur vie.?

On ne peut exister sans sa culture. Le sentiment est profond. Il a accouché de Lucy, une pièce ayant pour référent la première femme de l?humanité. Deuxième création : Why, interrogation sur les différences culturelles. Le cycle Pesa se poursuit désormais avec Muruva. Inspiré de la version africaine des échecs appelée awale, ?the game is how to get more of your own wealth.? Ce jeu se pratique à l?aide graines d?amarula qui symbolisent des vaches, signe d?opulence dans les cultures africaines. Muruva devrait aboutir d?ici janvier 2005. Qui sait, elle sera sans doute présentée à Maurice, grâce à l?entente cordiale avec Jean Renat Anamah.

Choc de la rencontre. Fusion des émotions. La danse serait-elle un univers de confusions ? Mandla Bebeza, originaire du township de Sebokeng, dans la province du Gauteng est de la tribu des corps triturés par les questions d?identité.

?Quand on parle de danse africaine, le public connaît surtout la danse zoulou. Les peintures sur le visage, les costumes en peau de bête, les chorégraphies guerrières.? A l?exemple de Sello et de son ?ami mauricien,? Renat, Mandla crie, ?A bas les stéréotypes.?

Alors qu?il est un tout jeune danseur entamant à peine sa formation au sein de la Moving Into Dance Company, il prend une résolution. Toujours faire les choses comme il le sent. ?Not fall into the trap of repeating a signature.? Il crée alors I was a black man in the wrong place. Un spectacle où la danse raconte comment la fin de l?apartheid n?a pas encore guéri toutes les blessures. La tranquillité selon lui ne peut venir que des racines. Les siennes sont à l?ombre de la tribu Xhosa. Des traditions qu?il s?obstine à populariser avec sa troupe Roots Dance Company.

Représentation

Quotidien démasqué au théâtre Serge Constantin

  • Trois pièces seront présentées demain, à partir de 20 heures, à Vacoas. La soirée débutera avec ?Same but different?, chorégraphie auréolée du premier prix à Sanga II. La 4e édition de ce concours de chorégraphie pour l?Afrique et l?océan Indien, s?est tenue à Madagascar en 2001. Explorer l?envers des gestes du quotidien, c?est là le sujet de ?Same but different?. Le spectacle d?une demi-heure lit la routine pour révéler son potentiel répétitif et créatif. Cette création est placée sous le signe de la Journée internationale de la danse, célébrée le 29 avril. La soirée se poursuivra avec deux solo : ?Cornered? de Sello Pesa et ?The strength of the unknown? de Mandla Bebeza. Littéralement ?acculé,? à une certaine période de sa vie artistique, Sello Pesa a canalisé sa frustration dans une chorégraphie. ?Its about the system which does not allow you to be yourself.? Torture morale liée à la quête d?identité, couplée à la question de racisme et du régime d?apartheid, sont les thèmes qui portent ?Cornered?. Le pouvoir de l?inconnu. Mandla Bebeza nous en présentera les travers et les avantages dans ?The strength of the unknown?. Un spectacle dont son auteur déclare que c?est le résulat de ses recherches pour trouver une voie de sortie. Sortie de la misère, de la ségrégation, de son identité bafouée. ?Realising your potential.? Une tempête d?émotions en perspective pour Rs 200 la place.

Danse africaine

Climat d?effort au CCB

  • Ils se mettent en ligne, à majorité des filles. De la Miss Mauritius en titre, Sabine Bourdet, à Nicolas Cerdor issu d?Art Academy. Sur le parquet de la salle polyvalente du centre culturel Charles Baudelaire (CCB), un joueur de djembé fait sonner l?instrument. Ses doigts effleurent la peau tannée avant que ses mains n?y fassent pleuvoir des coups répétés. Mandla Bebeza animait vendredi, la première session de l?atelier de danse africaine. Peu de mots simples pour transmettre son savoir. A son signal, les corps gagnent en vitesse. ? You do the same thing, the third time you do it slowly.? Avec la patience née de longues heures d?apprentissage, Mandla dirige ses élèves d?un jour, sous le regard approbateur de Sello. Jean Renat Anamah fait le va-et-vient entre les rangées de danseurs tout en essuyant la sueur qui coule sur son front.

Le djembé entêtant, envoûtant donne des envies de sauter sur place, d?extirper de soi cet appel de l?Afrique, cette pulsation africaine si familière à notre insularité. Ce rythme que Mandla habille de mouvements, les danseurs le reconnaissent d?instinct. Le chorégraphe sud-africain est là pour apporter la technique. Epaules, orteils, bras, jambes, tout les muscles contribuent. Au fond de la salle, on peine à suivre. Des yeux écarquillés, des sourires admiratifs, des ?mari sa? ponctuent les démonstrations répétées de Mandla. Les mouvements d?abord désordonnés se structurent petit à petit. Les pouces levés de Jean Renat Anamah en direction de l?une des ses partenaires, l?aide à se dépasser. Quand les muscles lâchent, la volonté prend le relais. La sueur coule sur les fronts, mouille les cuissards, fait se relever frénétiquement les t-shirt moulants. L?air ambiant n?est plus que rythme et essoufflement. ?Now you combine all the movements, and the more you smile, the more fluid the movement gets.? On y retourne. Les pieds de Mandla semblent posséder une volonté propre. Devant les langues pantelantes, le chorégraphe sourit, ?This is only the beginning.? L?atelier a débuté à 9 heures 30. Il est plus de midi. Mandla lui n?a rien perdu de sa nervosité de panthère, de sa rapidité de guépard ni de sa fluidité de reptile.

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