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Perte de pouvoir d?achat : tendance à combattre
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Perte de pouvoir d?achat : tendance à combattre
Le pouvoir d?achat est le cheval de bataille de tout consommateur. Force est de reconnaître qu?il a diminué ces derniers mois. Le pays importe de nombreux biens de consommation, si ce n?est l?essentiel. Le consommateur, dernier maillon de la chaîne des échanges commerciaux, est donc dépendant des fluctuations des cours mondiaux, qu?il s?agisse des matières premières ou des produits transformés qui en découlent.
Pétrole, ciment, barres de fer, lait, farine, ou riz ont un point commun. L?augmentation de leur prix sur le marché mondial. Cette tendance haussière des cours mondiaux explique l?augmentation du taux d?inflation localement. Selon l?économiste Eric Ng, «l?inflation est directement liée à la hausse des cours mondiaux, notamment du pétrole qui a doublé en l?espace d?une année passant de US$ 50 à US$ 100. Le coût de l?entreprise augmente et donc celui du produit final également. Par ailleurs, les cours mondiaux de denrées alimentaires ont également évolué à la hausse». Eric Ng parle alors «d?inflation par les coûts».
Pour l?année financière 2006-2007, l?inflation était de l?ordre de 10,7 %. Selon les chiffres du Central Statistics Office (CSO). Le taux a doublé d?une année financière à l?autre ? il était de 5,1 % pour l?année financière 2005-2006. Sur l?année 2007 (janvier à décembre) l?inflation s?élevait à 8,8 %. «C?est le taux d?inflation le plus fort de ces dix dernières années», martèle le syndicaliste Ashok Subron.
Le dernier quart de l?année a vu une augmentation moyenne de nombreuses denrées de base plus importante qu?en septembre 2007. Pour l?ensemble des produits de la catégorie «alimentation et boissons non alcoolisées», l?augmentation au dernier quart de l?année dernière a été de 5,3 %. Cette hausse s?explique par une augmentation des prix du lait (23,9 %), des légumes (9,3 %), de l?huile (7,4 %), du riz importé ? surtout le basmati ? (3,6 %) et du poulet (3,4 %) entre autres.
Pour ce qui est de la farine par exemple, les subsides ont été abolis en 2006. Cette première mesure du gouvernement a eu une incidence sur le prix de la farine passant de Rs 2,75 à Rs 5,30 la livre. Le prix de la farine sur le marché mondial a récemment pris l?ascenseur engendrant une nouvelle hausse sur le marché local à Rs 6,90 la livre. Ashok Subron fustige l?abolition des subsides et estime qu?il s?agit là «d?un des facteurs internes expliquant la baisse du pouvoir d?achat, car tout ne peut être imputé aux facteurs extérieurs».
C?est bien la catégorie mentionnée plus haut, «produits alimentaires et boissons non alcoolisées», qui a enregistré les plus fortes augmentations de prix, donc de l?indice. Or, cette catégorie est la plus importante des dépenses des ménages. Mossadeq Sahebdin de l?Institute for Consumer Protection (ICP) fait ressortir que «le panier de consommation de base pour l?alimentaire coûte en moyenne aux alentours de Rs 3 900». Il insiste donc sur la nécessité «d?aller de l?avant avec l?introduction d?un salaire minimum. De nombreux consommateurs gagnent des salaires ne dépassant pas les Rs 6 000 par mois. Il leur est donc très difficile, si ce n?est impossible, de s?en sortir avec des prix qui ne cessent de d?augmenter».
De fait, le consommateur mauricien ressent directement les effets de l?inflation, de l?abolition des subsides et de la fluctuation des cours mondiaux. Le porte-monnaie du Mauricien souffre. L?exemple de la farine est significatif. Une hausse de son prix engendre de fait une tendance similaire sur l?ensemble des produits dérivés : pain, faratas, dholl puri. En clair, la base alimentaire de nombreux compatriotes.
Compensation salariale anticipée
L?inflation entraîne une baisse du pouvoir d?achat dans la mesure où le consommateur devra débourser davantage avec un revenu identique pour son panier de consommation. C?est dans ce sens notamment que les syndicats demandent une compensation salariale anticipée. «Plus que tout, le gouvernement doit rétablir le mécanisme de compensation salariale calculé sur l?inflation comme c?était le cas avant. Avec son démantèlement et la fixation de la compensation par le National Pay Council, les employés perdent une grande partie de leur pouvoir d?achat.» Illustrant son propos, Ashok Subron explique que pour un travailleur gagnant un salaire de Rs 8 000 par mois, la compensation aurait dû être de Rs 856 conformément à l?inflation de 10,7 % en 2006-2007. Or celui-ci n?a perçu que Rs 400. Pour les personnes gagnant davantage, la perte est plus importante. «De fait, la classe moyenne perd de son pouvoir d?achat.»
Pour réguler l?inflation, l?Etat peut baisser les taxes. Or, ce n?est pas ce qui a été fait. Par ailleurs, la roupie est actuellement mieux appréciée face au dollar américain, devise utilisée pour les importations. De fait, le prix des denrées importées est moindre pour les importateurs. Mais semble-t-il que les marges pratiquées doivent être maintenues, au détriment du consommateur qui voit le prix de son panier de consommation augmenter. Mossadeq Sahebdin plaide pour une «vraie politique de protection des consommateurs, et davantage de dialogue entre le ministère et les associations de consommateurs». La crainte est, notamment, que des commerçants augmentent leurs prix trop fortement en prétextant la hausse de la matière première.
Pour le syndicaliste Ashok Subron, la politique monétaire menée par la Banque centrale n?a pas servi le consommateur. «En 2006 et 2007, la roupie était volontairement dépréciée, ce qui a été bénéfique aux entreprises tournées vers l?export et le tourisme et non au consommateur. Il est nécessaire que la politique monétaire aille dans le sens des travailleurs et consommateurs mauriciens et non au profit d?une catégories d?employeurs spécifiques.»
Eric Ng nuance : «C?est une bonne chose que la roupie se soit appréciée face au dollar car l?inflation aurait pu être bien supérieure et atteindre les 15 %.» L?économiste rappelle également que la Banque de Maurice a augmenté les taux d?intérêt en juin 2007 ce qui a pu maintenir l?accroissement du crédit. Cette initiative a permis de contenir au minimum l?inflation. Surtout, «les effets de l?appréciation de la roupie devraient se faire sentir dans les prochains mois». Le syndicaliste reconnaît que l?appréciation récente de la roupie est une bonne chose.
Dans l?absolu, les prix ont augmenté pour la plupart des denrées. L?évolution des indices des prix à la consommation sur une base mensuelle en 2007 n?a cessé d?augmenter gagnant au minimum 0,6 point d?un mois à un autre. Les légumes et le lait ont été les principales denrées ayant connu des augmentations régulières. L?inflation est une plaie pour le pouvoir d?achat surtout lorsque les salaires ne suivent pas. «De septembre 2005 à septembre 2006, le taux d?augmentation des salaires était de +3,8 % alors que l?inflation pour la même période était de +6,8 %. Evidemment, le pouvoir d?achat en souffre», souligne Ashok Subron.
Toutefois, Eric Ng se veut optimiste pour l?année 2008. «Nous avons atteint un certain plafond qu?il s?agisse des cours du pétrole ou des denrées alimentaires sur le marché mondial. Le prix du baril par exemple devraient se stabiliser entre US $ 80 et US $ 90 au premier semestre. Les matières premières aussi.» Ces prévisions sur la conjoncture internationale devraient soulager le consommateur mauricien. Il n?empêche que, pour le moment, le pouvoir d?achat des Mauriciens a déjà bien faibli alors que les inégalités se creusent.
INDICE DES PRIX DE CONSOMMATION
Cet indice est calculé en fonction du prix moyen d?un panier de consommation regroupant un ensemble de produits et services de base. L?indice donné est à mettre en relation avec l?indice 100 correspondant à une période de référence. Un indice supérieur à 100 signifie qu?il y a eu une augmentation du prix de base du panier de consommation. S?il est inférieur, c?est l?inverse. Dans le tableau ci-contre, on remarquera tout au long de l?année une augmentation constante de l?indice. Les prix de nombreux produits n?ont cessé de grimper participant de l?augmentation globale de l?indice. A noter que l?indice à partir de juillet 2007 a drastiquement baissé. Ceci ne correspond pas à une baisse mais à l?introduction d?une nouvelle période de référence pour le panier de consommation de base (juillet 2006 à juin 2007 = 100).
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