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Personnes âgées la cible des violeurs

3 avril 2004, 20:00

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«Pli grand choc sé ki pou éne dimoune sa l?âge là pas ti bizin fer li ça. Sa fer nou di mal. Ziska zordi mo mama encore sous choc so agression » : tel est le cri du c?ur d?Antoine, le fils de Jacqueline, 76 ans, violée le 15 mars dernier. Ce dernier n?arrive toujours pas à comprendre comment sa mère a pu être victime d?un acte aussi odieux ! Affalée sur un fauteuil, le visage bouffi, Jacqueline scrute de ses yeux hagards son entourage. Atteinte de troubles mentaux et traumatisée par les événements, elle a dû suivre des traitements à l?hôpital Brown-Séquard. « Li encore bouleversé. Li pas rappelle kine passé mais, li mélanze sa avec banne lézot zaffaire », confie la belle-fille de la victime, qui essaye de la réconforter depuis ce jour funeste. Si Jacqueline ne se souvient pas de son agression sexuelle, d?autres vieilles dames vivent un enfer au quotidien.

Une semaine après le viol de Jacqueline, Jeanine, une sexagénaire, a échappé de justesse au même drame alors qu?elle revenait d?une visite chez sa fille à Cité Mangalkhan. Prenant un raccourci pour rentrer, elle est attaquée par un individu qui se jette sur elle et lui touche les seins. « Jeanine ti terrorisée. Li népli conné comment pou sauvé. Ler là missié là ine dire li ène chance éna un pé lacaz par là sinon li ti pou viol li ek sodomise li. Line réussi sauvé et line rentre kotte li. Pas possible tolère ène situation pareille. Aster là, nou népli capav sorti tou seule. Meme pou alle la messe nou gagne per avec tous sa banne viols ki banne vié dimoune pé subir. Zordi sa banne zommes là pé attak tou banne vié madame », s?insurge Georgette, 72 ans, une amie de Jeanine.

Exposées à ces risques d?agressions sexuelles, beaucoup de vieilles personnes n?osent plus sortir et se barricadent chez elles. « Il y a un sentiment d?insécurité qui se dégage au sein des groupes de personnes âgées. Personne n?est à l?abri du crime et du viol et encore moins, les personnes du troisième âge. C?est révoltant de constater que certains individus leur font ainsi du mal », confie Raj Mootoosamy, président de l?association Victim Support.

Depuis quelque temps, de plus en plus d?individus abusent sexuellement des personnes du troisième âge. Qu?est-ce qui les pousse à violer ces personnes si fragiles et vulnérables ? En psychologie, un tel comportement relève de la gérontophilie. « La gérontophilie se définit comme une pulsion sexuelle ou une fantaisie imaginative sexuellement excitante impliquant la relation sexuelle forcée avec une personne du troisième âge. Ce type de comportement fait partie des troubles de la sexualité », explique Caroline Leung, psychologue. Selon elle, il y a quatre catégories de troubles de la sexualité ? l?insuffisance sexuelle, les excès sexuels, les troubles de l?identité sexuelle et la paraphilie sexuelle, qui comprend la pédophilie et la gérontophilie. Le gérontophile est ainsi sujet à des troubles de la personnalité et à une déviation de l?ordre sexuel (voir encadré). En agissant, l?agresseur n?a pas conscience que sa victime est plus âgée que lui. Il atteint le plaisir uniquement lorsque la personne est âgée. Le fait qu?elle soit plus vulnérable constitue un facteur supplémentaire pour assouvir son pouvoir de domination.

« Je pense que le degré de vulnérabilité des personnes âgées est un facteur important. Les agresseurs savent que les personnes âgées sont des proies faciles et ne peuvent guère se défendre contre de telles agressions. Donc, ils s?acharnent sur ces victimes. Cela peut aussi relever d?un problème social où l?agresseur se croit tout permis », affirme Thaleb Sulyman, responsable de la Crime Prevention Unit.

Psychothérapie nécessaire

Ce qui est dramatique, ce sont bien sûr les répercussions sur la victime. « La victime, surtout quand elle est âgée, va se placer dans un état de honte, d?instabilité. Elle a subi une effraction corporelle et va avoir beaucoup de mal à réapprendre à vivre », assure la psychologue. Comment surmonter cette épreuve ? Il faut beaucoup de soutien familial et aider la victime à en parler.

Une psychothérapie peut s?avérer nécessaire. Quant au gérontophile, son traitement ne relève pas d?une mission impossible. « Il faut le soumettre à un traitement médicamenteux à base de neuroleptiques, de tranquillisants pour inhiber sa libido et freiner son comportement sexuel ainsi qu?à une psychothérapie de soutien et d?accompagnement. »

La cité de la peur

Depuis le viol de Jacqueline, la frayeur et l?insécurité sévissent au c?ur de plusieurs habitantes de Cité Mangalkhan. « Mo gagne per. Dépi 38 ans mo reste dans cité et mo fer beaucoup travail social mais dépi ki mo camarade fine violé, mo même gagne per pou alle donne la communion à domicile ou pou alle guette banne malade. Aster là mo pas capav sortie tou seule. Nou népli en sécurité », affirme la présidente d?un groupe de troisième âge de la cité. D?ailleurs, selon elle, les attaques contre des personnes âgées sont fréquentes :

« Beaucoup dimoune, même banne missié fine attaqués. Ici, après 19 h 00, pas capave mette lipié dehors. Nou gagne peur sa banne zomme là ki boire ou drogué. Si zot trouve ou pé alé dans simé, pas conné ki zot capave fer ou ». Pour une autre présidente d?un club de troisième âge, ce sont surtout les jeunes qui sont à redouter : « Tou dimoune conne moi dans l?endroit mais sa banne zénes là pas conné ki l?idée zot éna. Nou per dépi tout sa là ine arrivé ». Ainsi, la seule idée d?aller prier seules, leur glace le sang. Dans certains cas, les habitantes préfèrent se barricader et dire leurs prières chez elles. Car dehors le danger rôde !

Des campagnes pour sensibiliser

Afin de sensibiliser les personnes âgées sur les risques d?agressions sexuelles, les policiers de la Crime Prevention Unit (CPU), en collaboration avec le ministère de la Sécurité sociale, sillonnent l?île pour organiser des causeries dans les centres sociaux. « Nous réunissons les adultes et les personnes du troisième âge pour leur expliquer les précautions de base élémentaires à prendre pour éviter d?être agressés », explique Thaleb Sulyman, responsable de cette instance. Les campagnes de sensibilisation régionales ont lieu trois fois par semaine, mais peuvent aussi être faites à la demande des habitantes. Hormis la police, d?autres volontaires prennent aussi une part active dans la sensibilisation des personnes âgées. Ainsi, l?association Victim Support vient de lancer une nouvelle cellule comprenant une quinzaine de personnes âgées ? Victim Support Senior ? pour mieux sensibiliser cette catégorie de citoyens. « À travers cette action, les vieilles personnes se sentiront plus en confiance et seront sensibilisées par leurs pairs. Les membres de la cellule ont bénéficié de formation sur l?écoute et la sécurité personnelle », confie Raj Mootoosamy, président de cette association. Il ajoute qu?un autre programme ? le Neighbourhood Watch qui consiste à faire des patrouilles quotidiennes et nocturnes avec des policiers ? a été enclenché depuis quelques semaines.

« Nous mobilisons les habitants de plusieurs quartiers pour nous aider dans ces patrouilles et dénoncer des cas de délits ou d?agression. »

Pour plus de renseignements, contactez : Crime Prevention unit Police Headquaters, Rose-Hill. Tél. : 454.07.66. Victim Support Rue Pope Hennessy, Terre-Coupée, Curepipe. Tél. : 670.48.15.

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