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Perestroïka girls
A bien voir, pas grand-chose sépare Anastasia Myskina d?Elena Dementieva. Pas grand-chose si ce n?est que la première est brune, la seconde blonde. Pour le reste, elles ont toutes les deux un passeport estampillé Russie, sont mignonnes comme pas possible et jouent bien au tennis. Elles ont les yeux revolvers et le regard qui tue, comme disait la chanson. Et puis, surtout, elles portent avec la même insouciance et la même insolence leur jeunesse fougueuse et rebelle.
En réalité, Anastasia Myskina et Elena Dementieva sont des enfants de la Perestroïka. En 1986, quand Mikaël Gorbatchev prenait le pari de réorganiser le système économique de l?ancienne Union soviétique, elles avaient toutes les deux quatre ans et des poussières. C?est dire qu?elles n?ont pas connu le communisme, l?armée rouge, les diables du Kremlin, l?empire du mal comme le qualifiait feu Ronald Reagan.
C?est peut-être aussi parce qu?elles sont nées ensemble avec la démocratie que les deux tsarines n?ont pas peur des mots, pas peur des gestes. Liberté, c?est leur devise. Et elles l?incarnent chaque jour que Dieu donne. Myskina et Dementieva parlent avec leurs corps. Elles se savent jolies et elles s?exposent. Myskina, c?est du Hot en permanence. Ses Nus agrémentent les calendriers les plus sulfureux Made in Russia. Dementieva est plus posée, plus réservée. Les Nus, ce n?est pas pour elle. Mais elle sait vendre son joli petit minois.
Les deux Moscovites jonglent aussi avec les mots. Elles ont forcément un avis sur tout. Y compris la politique. Staline ? ?Qu?il ne renaisse jamais?, répond Dementieva. Poutine ? Myskina sourit : ?Moi je préfère Elstine. C?est un homme de coeur, un homme de principe.? Dans un pays où les plus anciens ont encore du mal à libérer leurs pensées, prisonniers qu?ils sont de leur passé, Myskina affiche sans prudence ses sensibilités. Le vieux Elstine, elle l?adore. Elle s?affiche sans cesse à ses côtés. L?ancien président russe lui rend d?ailleurs la politesse en se faisant un devoir d?assister à quelques-uns de ses matches.
En se qualifiant pour la finale des Internationaux de France, les deux filles sont entrées dans l?histoire de leur pays. Depuis Olga Morozova en 1974, aucune joueuse russe n?avait atteint la finale de Roland-Garros. C?est vrai que la terre battue parisienne n?avait pas l?accent belge cette année, Hénin-Hardenne et Clijsters étant blessées. C?est vrai aussi que les Williams marchent au ralenti depuis quelques mois, que Capriati et Davenport ne sont plus ce qu?elles étaient, que Mauresmo est sans cesse victime du syndrome français. Mais c?est vrai aussi que le tennis russe a fait un bond de géant dans la hiérarchie. Sans doute que la Perestroika a rattrapé la WTA. Et c?est tant mieux comme ça. Au moins le tennis féminin se féminise. Vous conviendrez qu?il était temps.
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