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Penser local

22 août 2007, 00:00

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<B>Par Eric NG PING CHEUN</B>

Dans les années 1970, le Club de Rome débitait une incohérence lorsqu?il invitait les nations à ?penser global, agir local?. Il n?est pas nécessaire d?être spécialiste en méthodologie pour savoir que nul ne peut penser et agir concurremment à des niveaux différents. Si l?on admet que c?est l?individu qui agit concrètement, alors on ne saisira pas les phénomènes économiques par une approche holiste.

Ce n?est pas parce qu?il nous faut affronter les phénomènes de la globalisation que nous devons ?penser global?. En voyant la hausse des prix mondiaux des produits alimentaires, provoquée par la consommation de centaines de millions de Chinois et d?Indiens, le commun des mortels est susceptible de succomber au pessimisme malthusien. Mais les analystes, eux, savent qu?il faut ?penser local?.

Comment évoluera notre ?Repo Rate? si la Fed, craignant un assèchement du crédit aux États-Unis, assouplit son taux directeur ? Comment se comportera notre roupie si le dollar se raffermit sur le marché international ? Qu?arrivera à la Bourse de Port Louis si les places internationales continuent de chuter ? Dans tous les cas de figure, il ne faudrait pas perdre de vue le contexte local.

On a beaucoup déploré le rôle néfaste des agences de notation dans la crise asiatique et dans le scandale Enron. De même, dans la crise actuelle des crédits immobiliers à haut risque aux États-Unis, si les banques commerciales ont pu vendre en grande quantité des actifs par titrisation des crédits immobiliers à des investisseurs, c?est grâce à Moody?s et à Standard & Poor?s qui ont donné un ?triple A? (avis très favorable) à ces produits financiers qui étaient en fait risqués. Les investisseurs ont ainsi été induits en erreur.

Cela dit, nous ne sous-estimons pas la notation faite par Moody?s de l?économie mauricienne. Mais manifestement, il n?y a pas de corrélation ?between mood and Moody?s?. Le présent baromètre indique que l?humeur des analystes économiques et financiers reste intacte : comme le mois dernier, 93% d?entre eux sont optimistes sur les perspectives de notre économie à l?horizon d?un an.

Pour Moody?s, le problème central d?un pays, c?est la dette du secteur public. Il est normal que celle-ci continue de croître en absolu tant qu?existe un déficit budgétaire. Si l?on ne veut pas de politique sociale, le gouvernement n?aura qu?à couper les dépenses et à augmenter les impôts pour alléger la dette.

Mais ce n?est pas ce que veulent les Mauriciens. Ce qui est raisonnable, c?est de ralentir le rythme de l?endettement public tant en montant nominal que par rapport à la production nationale. Or, d?après les chiffres officiels, la dette du secteur public a augmenté de Rs 6 milliards par mois entre juin 2005 et juin 2007, contre une moyenne de Rs 8 milliards par mois entre juin 2000 et juin 2005. Le ratio de la dette par rapport au produit intérieur brut est passé de 66,6% en juin 2005 à 61% en juin 2007. Et aujourd?hui, 72% de la dette interne est de court et moyen termes, contre 86% en juin 2003.

De plus, Moody?s envisagerait de déclasser la roupie au regard des devises étrangères. Mais là aussi, la situation s?est beaucoup améliorée depuis le début de l?année. La roupie s?apprécie constamment contre le dollar, si bien que les analystes locaux dans leur grande majorité préfèrent les placements en roupies, notamment les obligations publiques. C?est une marque de confiance que l?Etat ne risque pas de faire défaut !

Le cours de la roupie est davantage influencé par les conditions locales que par les mouvements internationaux des taux de change. Ce qui détermine celles-ci, ce sont les taux d?intérêt domestiques, mais aussi et surtout l?offre et la demande de devises sur le marché local. À présent, l?offre est excédentaire en raison des entrées de capitaux. À part les investissements directs, les investissements de portefeuille prennent de l?ampleur avec Rs 1,7 milliard au dernier trimestre de 2006 et Rs 1,4 milliard au premier trimestre de 2007. Et puis, la basse saison touristique a disparu : les recettes coulent à flots même en hiver !

Ce qui soutient encore plus la roupie, c?est le fait que les opérateurs de marché sont désormais convaincus que l?actuelle direction de la Banque de Maurice est résolue à stabiliser la roupie sur le moyen terme et à circonscrire l?inflation. C?est psychologique : dès qu?il n?existe plus de doute à ce sujet, la confiance dans la roupie revient toute seule. D?autant qu?on anticipe des conditions économiques plus favorables dans les trois ans à venir...

Les analystes ne doivent donc pas trop parier sur un assouplissement rapide de la politique monétaire. Une baisse du taux d?intérêt n?est pas nécessaire pour stimuler l?investissement et la croissance économique, ni pour enrayer la chute du marché boursier. Ici aussi, le comportement des investisseurs en bourse est affaire de psychologie individuelle : dès qu?on croit que les valeurs ont décroché de leurs fondamentaux, on vend pour engranger des bénéfices avant les autres.

Le Semdex a perdu 6% par rapport à son plus haut niveau de 1 537 points atteint le 7 août dernier. À chaque fois que le Semdex recule, on s?empresse de qualifier cela pudiquement de ?consolidation? du marché. Mais il n?y a même pas encore de ?correction? : la définition technique d?un tel ajustement correspond à une chute de 10% de l?indice boursier, soit à 1 383 points.

La crise des ?subprimes? aux États-Unis n?a pas d?effets de contagion à la Bourse de Port Louis dans la mesure où les investisseurs étrangers n?ont pas vendu leurs actions ici. Au contraire, ils ont fait des achats nets de Rs 6,3 millions la semaine dernière. Restons au niveau local où les chiffres ne mentent pas.

<I>(www.pluriconseil.com)

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