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Pem et son pacte avec les racines
Tout ?uvre d?art reste un mystère, même pour son auteur. Cela pourrait bien s?appliquer à Philip Edwin Marie, habitant de Petite-Rivière. Pem est son sobriquet. Sa spécialité : la sculpture de racines. L?histoire d?amour avec elles remonte au temps de ses 29 ans. Aujourd?hui, malgré le témoignage de ses cheveux gris, l?artiste reste toujours «étonné» des retombées de cette rencontre.
Ce jour-là, il rentre chez lui, après le travail. Une racine l?intrigue et il l?emporte. Ses amis se moquent et lui demandent : «Zame to pann truv rasinn ?» Il les ignore. Bricoleur, il passe sa soirée à polir sa trouvaille. Le lendemain, il se met en congé, pour «en faire quelque chose.» Il en fit une figurine représentant Nelson Mandela, personnage qui lui a donné bien des émotions fortes, surtout pour les tortures qu?il a endurées. «Le bois torturé reflétait cela.»
Ce sont ses amis et son entourage qui lui révèlent qu?il posséde un grand talent. En 1973, il se retrouve à l?hôtel Véranda, où il oeuvre une vingtaine d?années. Aujourd?hui, il travaille dans un coin aménagé pour lui au Caudan Waterfront à Port-Louis, de 9 heures à 17 heures. Certaines de ses ?uvres représentent des célébrités dont Bob Marley, Sir Seewoosagur Ramgoolam.
Ses sculptures ont permis à PEM de participer à plusieurs expositions. Le voir à l??uvre donne l?impression qu?il a fait des études universitaires. Mais c?est à l?école de la vie qu?il a étudié. Pour lui, il s?agit «d?un don du ciel.» «Mes trois enfants aimeraient bien faire comme moi, mais ils n?y arrivent pas», dit-il. En effet, il faut que patience, persévérance et passion y soient. Et Pem s?y donne à fond.
Il consacre ses week-ends à la recherche de racines d?arbres morts dans les forêts de Tamarin ou Case-Noyale. «La première étape consiste à apprécier et à étudier la racine», explique Pem. «J?utilise les racines de l?eucalyptus, celles du pie lakol et du baba calebass», dit-il. «Mes préférées sont celles de l?eucalyptus en raison de ses formes, de sa maniabilité et de sa durabilité.»
L?intérêt des Mauriciens pour l?art est vu avec optimisme par Pem. Ses clients sont aussi des étrangers de passage. Il est fier de ses réalisations : «Mes créations partent pour le monde entier. Avec une clientèle aussi variée, je maîtrise aujourd?hui plusieurs langues étrangères, dont l?italien et l?allemand.»
Pem respecte la nature avant tout. Il préserve la forme de la racine. Toutefois, il a «un petit chagrin» quand il vend une oeuvre. «Une femme ressent de la douleur quand elle accouche et du plaisir quand elle tient son bébé dans ses bras. Pour moi, je travaille avec joie mais je ressens une petite déchirure au c?ur quand je me sépare de mon produit. Mais c?est un pacte que j?ai fait avec ce métier.»
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