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Paul Bérenger est-il un bon Premier ministre ?
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Paul Bérenger est-il un bon Premier ministre ?
■ Amédée Darga : « Un bon chef de chantier »
« Paul Bérenger a sans aucun doute été l?inspirateur de grandes réformes politiques comme la décentralisation pour Rodrigues, de l?élargissement de l?espace démocratique, avec l?ouverture de l?espace pour les radios privées. Il a aussi été attentif à des situations d?exclusion, mais il n?a pas porté dans la réalité l?espérance de ceux qui espéraient l?avènement d?une méritocratie plus réelle. Ce qu?il nous faut surtout au moment où le pays est à la croisée des chemins pour son avenir, c?est d?un Premier ministre qui soit plus gestionnaire que politicien, qui soit capable de reengineer ce pays, de rendre leur intégrité et leur efficacité aux institutions. Il doit aussi être capable de préserver l?équilibre social sans se laisser prendre au jeu des symboles ethniques.
Si les affaires vont mal, Paul Bérenger ne peut porter seul cette responsabilité. Les affaires du pays ont commencé à se détériorer en 1995. Le gouvernement précédent, le secteur privé, tous sont en partie responsables de ne pas avoir su préparer le pays aux chocs, pourtant prévisibles. Mais son discours a créé de grands espoirs et les réalités du jour créent de grandes déceptions.
Paul Bérenger est un bon chef de chantier acharné à s?assurer du résultat par le commandement et la présence sur tous les fronts, mais est-il un inspirateur capable de mobiliser les énergies pour construire en ces temps difficiles ? »
■ Vel Pillay : « Un complexe qui perdure »
« Une année ne suffit pas pour juger la performance de Paul Bérenger, même si on écoute ceux qui disent qu?en réalité, il a occupé la fonction de Premier ministre depuis trois ans. Il a assuré la continuité du programme mis en place par son prédécesseur. Il n?y a pas eu de bouleversement. Il a consolidé le programme. Il l?a enrichi. Il y a également apporté une touche personnelle. Les générations des années 70 et 80 peuvent se dire désillusionnées, c?est vrai, certains lui reprochent même d?avoir mis trop d?eau dans son vin. Mais les rêves ne sont pas tous réalisables. Paul Bérenger a été obligé de revoir son orientation. S?il devait maintenir la vision d?une société fondée sur les principes marxistes, la révolution économique n?aurait jamais eu lieu.
Aux commandes, il faut reconnaître que Bérenger s?est attelé à réaliser des projets « terre à terre » qui répondent aux besoins réels d?une société en pleine évolution. On peut citer entre autres la réforme du système de l?éducation et celle de l?industrie sucrière, son audace et sa ténacité à moderniser le système de collecte de revenus de l?État face à certaines oppositions féroces, le développement du secteur de l?informatique et des communications comme un cinquième pilier de l?économie. Il faut aussi mentionner le développement du secteur des télécommunications, la libéralisation de la radio, la démonstration que Maurice est un pays ouvert vers le monde extérieur, en soutenant l?intérêt d?un patriote pour le poste de directeur de l?Organi-sation mondiale du commerce. L?île Maurice est un pays qui bouge.
Je pense que ces mêmes qualités de perfectionniste, de bourreau de travail, qui lui valent l?étiquette de « dictateur », ne sont pas si mal perçues par ses collègues. Mais il n?est pas encore parvenu à combattre ce complexe qui perdure et qui lui donne l?impression qu?en raison de ses origines ethniques, il ne pourrait jamais être Premier ministre. Cela le contraint à faire des concessions?
Quant au mood des affaires, je ne crois pas qu?on puisse lui en attribuer la faute. N?importe qui d?autre aurait été confronté aux difficultés que Paul Bérenger a rencontrées lorsqu?il a assumé la fonction de Premier ministre. Il y a des facteurs extérieurs qui sont hors de son contrôle, tels que l?augmentation du prix du pétrole ou les changements intervenus au niveau de l?économie mondiale à cause de la globalisation. »
■ Nita Deerpalsing : « Pas encore un grand homme d?État »
« Pour la génération des années 70 et 80, Paul Bérenger incarnait un idéal qui devait déboucher sur une société plus juste, où le citoyen serait un partenaire dynamique du pouvoir en place. Sa grandeur d?âme, ses idées nobles et sa vision d?une société étaient des qualités qui faisaient entrevoir l?émergence certaine d?un homme d?État potentiel. Est-ce qu?il l?a été ? Je ne le crois pas?
Quand ils arrivent au pouvoir, je pense qu?une coupure se fait entre les hommes politiques et la population. L?image que projette notre société n?est certainement pas celle dont on rêvait dans les années 70 et 80. L?accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre n?a pas permis à la société mauricienne de sortir de l?auberge.
C?était la même chose en 1982. Est-ce un cycle ? La vague de 1982 va-t-elle se reproduire ? L?absence d?une véritable cohésion sociale est inquiétante. La société est plus divisée que jamais. Il y a une régression par rapport à l?ouverture d?esprit entre les citoyens d?origines diverses. Il existe également la perception que les fractures d?une société déjà divisée sont exacerbées. L?emprise du communalisme sur le pays est toujours, hélas, d?actualité.
En revanche, je serais plus mitigée sur la question de la gestion des affaires par l?homme. Il est vrai que nous avons enregistré beaucoup d?échecs, mais il serait injuste de les attribuer à un seul homme. Ces échecs résultent du manque de vision des précédents gouvernements et de leurs Premiers ministres respectifs. L?absence de création de nouveaux collèges pendant la période du miracle économique est un exemple parmi tant d?autres de ce manque de vision. Et puis cette perception négative s?explique souvent par la trop grande attente que nous plaçons dans nos politiques. Il faut se rappeler que ce gouvernement a été élu « pour redresser le pays »?
Toutefois, si la situation économique mondiale ne favorise pas l?épanouissement de petites économies comme la nôtre, on ne peut pas toujours invoquer des facteurs extérieurs pour expliquer nos échecs. Face à la conjoncture, on aurait pu dégager une stratégie cohérente, non seulement pour régler les problèmes du jour, mais aussi pour jeter les bases de l?avenir. Mais tel n?a pas été le cas. »
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