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Patricia, victime présumée de harcèlement sexuel : «Je ne trouve aucun travail?»
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Patricia, victime présumée de harcèlement sexuel : «Je ne trouve aucun travail?»
La première affaire de harcèlement sexuel des annales judiciaires du pays a été appelée cette semaine en Cour suprême. Patricia Le Court de Billot allègue que John Strojek, dont elle était la secrétaire chez Rogers, l?a harcelée sexuellement. Elle lui réclame des dommages de Rs 10 millions. Plus d?un an plus tard, elle émerge d?une dépression et semble assez amère. Bien qu?elle ne soit que présumée victime, ses propos mettent en lumière l?attitude de la société en général envers ce délit.
Patricia Le Court de Billot semble une femme de caractère, déterminée à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Mais elle devient fébrile quand elle fait le compte des anciens collègues qui l?ont soutenue et la soutiennent encore. «Il n?y a qu?une ou deux qui me téléphonaient en secret. Même des parents nous ont lâchés. J?ai été lâchée par tous?»
Patricia s?en est prise à une seule personne. Elle l?accuse de lui avoir ouvertement demandé de lui faire une fellation. Elle allègue qu?il a persisté malgré ses refus et qu?il l?a menacée de la remplacer si elle n?obtempérait pas. Mais en portant plainte, elle a terni aussi l?image de Rogers, une institution. C?est pour ça qu?on lui en veut, dit-elle. Il ne fait aucun doute pour elle que c?est la raison pour laquelle le ministère de la Femme ne lui a manifesté aucun soutien?
Patricia est restée longtemps au chômage avant de se résigner à travailler avec son mari. Elle importe des produits de l?Afrique du Sud dont elle est originaire. Elle ne s?explique pas la méfiance d?une agence de recrutement qui a refusé de l?inscrire sur sa liste. Les employeurs qu?elle dit avoir rencontrés par la suite ont tous affiché la même réticence. «Ils ont eu peur de moi !», s?étonne-t-elle. Ses perspectives de carrière et sa vie tout entière ruinées, Patricia devait sombrer dans la dépression.
La loi du silence
Si elle s?en est sortie, c?est grâce au soutien de son mari et de ses hommes de loi, Robin Mardemootoo et Maxime Sauzier, et aux témoignages de citoyennes victimes. La Sex Discrimination Division (SDD) n?a été saisie que de six cas depuis une année qu?elle est en opération, mais la réalité est toute autre, assure Patricia Le Court de Billot. «Le cas est loin d?être aussi rare à Maurice si j?en juge par les coups de téléphone que j?ai depuis reçues des victimes qui me demandent conseil et les femmes que je rencontre en public. Quand elles me reconnaissent au marché, par exemple, elles viennent vers moi.»
Toutes ces femmes auraient peur de dénoncer leur agresseur, conclut notre interlocutrice. Les raisons sont souvent les mêmes : peur de perdre leur travail, peur de se mettre à dos leur propre mari qui pourrait leur dire «c?est toi qui l?as cherché» et peur que le grand public sache qu?elles ont été victimes de harcèlement. «Je crois qu?elles se sentent souvent elles-mêmes coupables ou salies par le comportement de leurs patrons ou de leurs collègues mâles et elles évitent de dénoncer. Des centaines de femmes subissent ainsi leur calvaire en silence».
C?est précisément pour casser le silence que la SDD fait campagne ces jours-ci dans les collèges et les entreprises. Les responsables expliquent à tous, femmes et hommes, comment reconnaître le harcèlement sexuel et ce qu?il faut faire quand on en est victime. La SDD n?est pas habilitée à entamer des poursuites, mais elle tente de résoudre le problème à l?amiable et aide la victime à consigner sa déposition à la police.
Patricia Le Court de Billot estime qu?il faut encore faire des efforts pour encourager les victimes à parler. Car il s?agit d?un problème réel. «Vu le nombre de femmes qui me contactent, je peux vous dire que beaucoup de compagnies sont devenues des harems pour patrons et chefs de section. Je dis à ces femmes que j?ai ouvert la voie et qu?elles doivent suivre le chemin déjà tracé.»
Une loi moins restrictive
Le harcèlement sexuel devient un délit pour la première fois à Maurice en 1998. «Any person who by abuse of the authority conferred upon him by his functions, harasses another person, by means or orders, threats or constraints, in order to obtain favours of a sexual nature shall commit an offense and shall on conviction be liable to imprisonment for a term not exceeding two years and to a fine not exceeding Rs 100 000», stipule l?article 254 du Code criminel. Mais les termes de la loi sont restrictifs. Pour en élargir le champ d?application, un comité présidé par Me Pramila Patten se penche sur la question en 2000. Deux ans plus tard, le Sex Discrimination Act est voté. Il étend le délit aux «job contractors». «No employer or agent of an employer shall sexually harass an employee or a person seeking employment from the employer» peut-on lire à l?article 21.
Elle répond à 130 questions
Ni Patricia Lecourt de Billot ni son présumé agresseur, John Strojek, n?étaient en cour à l?appel de l?affaire mardi. Ils étaient l?un et l?autre représentés par leur avocat. Les réponses de Patricia Lecourt de Billot à un total de 130 questions ? une centaine venant de la compagnie pour laquelle elle travaillait, Rogers, et le reste de l?homme qu?elle accuse ? ont été données par ses avocats.
Les questions portent sur les allégations faites en octobre 2002 contre John Strojek et sont très explicites sur les allégations de harcèlement sexuel. L?accusé a notamment demandé par écrit à la présumée victime ce qu?elle pensait et qu?elles étaient ses intentions quand les supposées propositions lui avaient été faites. L?affaire sera de nouveau entendue en mai.
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