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Pas une affaire technique

28 février 2006, 00:00

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La controverse autour de la réforme Gokhool ne semble pas en voie d?être réglée de manière apaisée. Le gouvernement a choisi de rendre officiels les nouveaux règlements du CPE au plus fort de la crise. Ce mépris envers les opposants à la réforme a créé beaucoup de frustration. Désormais, ces derniers n?auront pour seul recours que la justice. S?ils obtiennent satisfaction, la frustration changera de camp. Il reste que, dans tous les cas de figure, il y aura des tensions.

La réforme Gokhool n?est pas une affaire technique qui trouvera une issue satisfaisante dans une cour de justice. Il ne suffit pas que les juges décrètent que le préavis pour la modification des règlements est insuffisant pour que la crise soit résolue. Il y a, au c?ur du débat, une opposition entre deux conceptions de l?éducation ? l?élitisme et l?égalité des chances. C?est un problème de nature politique qui concerne directement l?avenir de plusieurs générations. Dans une démocratie, ce genre de situation donne lieu à des débats publics.

Il y a eu des opinions valablement étayées qui ont été exprimées sur le sujet avant que le gouvernement n?applique la guillotine et fasse publier les règlements au journal officiel. Certes, certains propos enflammés étaient porteurs de germes de division, mais dans l?ensemble les arguments avancés contre la réforme étaient fondés sur des considérations pédagogiques et des notions d?équité.

Encore un débat qui a avorté, peut-on regretter. Les défenseurs de l?élitisme ont, le plus souvent évité le fond de la question. Il y a aujourd?hui une élite politique et intellectuelle incapable de participer à un débat sans déborder sur des revendications identitaires qui n?ont pourtant rien à voir avec la question posée. Un retour vers les journaux du passé démontre que les discussions étaient mieux dépouillées de ces considérations parasites à l?époque.

On peut ainsi découvrir dans ?l?express? du 21 septembre 1980, une excellente interview de Frank Richard et Suren Bissoondoyal, alors respectivement directeur et secrétaire du MIE, sur le système scolaire. Les deux pédagogues pouvaient alors proposer une réforme sans être soupçonnés d?avoir des arrière-pensées ou des agendas cachés. Ils dénoncent, dans l?interview, le fait qu?au primaire, il existe une ?obsession des examens? qu?ils attribuent à la disparité entre les collèges et affirment que la ?compétition malsaine? qui en résulte ?détruit le sens même de l?éducation en la réduisant à l?obtention d?un certificat ?. Ils citent comme principales faiblesses du cycle primaire, ?un académisme outrancier ? et une ?compétition excessive?. Ces points de vue étaient exprimés par deux hauts fonctionnaires du gouvernement de Seewoosagur Ramgoolam !

Il s?est opéré un pourissement du contexte social depuis les années 80 qui fait que même de tels propos éclairés seraient mal interprétés aujourd?hui. Si les comportements communaux sont exacerbés, les responsabilités sont partagées. Il y a d?abord les partis politiques pour qui les clivages ethniques représentent un fonds de commerce mais il y aussi les mouvements dits socioculturels. Ensuite, il y a l?Eglise catholique qui, à chaque fois, a tenu à défendre avec virulence ses idées sur l?éducation. Elle s?est même permis de zigzaguer d?une position à l?autre. Elle avait adopté une position équivoque sur la réforme Obeegadoo puis a combattu celle de Gokhool.

Si la République ne tolère pas les débats ou est incapable de les mener sereinement, alors le moindre mal est de s?en remettre aux juges.

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