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Pas suffisant
L’état de grâce est terminé. C’est le cas de le dire, du moins chez les analystes économiques et financiers interrogés dans le cadre du présent baromètre. Celui-ci, qui devait sortir en août, a été retardé expressément pour qu’il soit axé sur le “Package of Measures” du ministre des Finances, Rama Sithanen. Les analystes (des économistes, des cambistes, des agents de change, des gestionnaires de portefeuille et des directeurs financiers) attendaient ces mesures avec impatience, mais celles-ci se sont avérées en deçà de leurs attentes.
Si les mesures de Rama Sithanen sont appréciées par la majorité des analystes, elles ne sont pas suffisantes à leurs yeux. En conséquence, un analyste sur deux dit être “moins pessimiste, mais pas optimiste” pour l’économie mauricienne. La nuance est une indication que, pour nos analystes, seules des mesures de choc seront susceptibles de redresser notre économie. Aux grands problèmes, les grands remèdes. Pour arriver à renverser la vapeur, le gouvernement doit bousculer les choses et voir beaucoup plus grand.
En considérant ceux qui sont “plus pessimistes” et ceux qui sont devenus “moins optimistes, mais pas pessimistes” à la suite des mesures de Rama Sithanen, on note une absence ou un recul d’optimisme chez 67 % des analystes interrogés. Ce sentiment négatif peut se comprendre par le fait que le ministre a brossé, dans son “Statement”, un tableau sombre de la situation économique du pays. Le “Package of Measures” n’a pas suffisamment éclairci ce tableau.
Ainsi, seulement 43 % des analystes interrogés sont “suffisamment satisfaits” de l’ensemble des mesures de facilitation et de promotion de l’investissement. Les répondants saluent l’approche du “silent agreement”, mais déplorent qu’elle ne soit pas applicable tout de suite. À la place des interminables comités, propose un analyste, “il faut d’urgence un ministère de l’investissement et de la Compétitivité (dirigé par une personne ultracompétente) qui aura la latitude d’accorder tous les permis nécessaires sans avoir à passer par d’autres ministères. Cela existe dans d’autres pays, comme à Malte, et ça marche.”
Il faut donc une structure flexible, mais il importe tout autant que le gouvernement propose un deal aux investisseurs selon les cas. C’est ce que pense un autre analyste pour qui “to attract blue chip investors, there must be a deal, not a level playing field. Multinationals would not come for incentives only. You need business deals done with a business-friendly mindset, not by bureaucrats.”
À l’évidence, le gouvernement mise beaucoup sur le tourisme, avec l’objectif de “maximize spillover from that sector”. Ici, la démocratisation de l’économie sera à la mesure de ce que le tourisme va générer comme activités aux autres secteurs économiques. Pour cela, il faudra attirer beaucoup plus de touristes, ce qui ne serait pas possible sans une réduction du coût global des vacances à Maurice. Ailleurs, la compétition fait baisser les prix au point que les grandes destinations touristiques sont forcées de proposer un tourisme à la carte plutôt que des “all-inclusive packages”.
Ceux-ci seraient une pratique acceptable chez nous si seulement les tours opérateurs étaient traités de manière égale par la compagnie d’aviation nationale. Ce n’est pas le cas dans la réalité. C’est pourquoi la meilleure façon de casser les ententes est de libéraliser davantage l’accès aérien. Un analyste résume bien la situation : “Spillover will not be sufficient until the major operators are forced to relinquish all-inclusive packages. As in Dubai, Singapore and Hong Kong, hotels must sell their package “Bed & Breakfast” seperately from air ticket. Air Mauritius must give discounts across the board, rather than exclusively to some privileged parties. Moreover, access from the British and French markets must go beyond the capital cities (a deterrent for tourists from remote zones”).
Notre secteur touristique, dans sa forme actuelle, ne pourra pas à lui seul entraîner une “robust growth” de notre économie. Si le ministre Sithanen n’a pas précisé ce qu’il entend par là, les analystes, eux, ont donné leur verdict : aucun analyste ne se prononce en faveur d’une croissance de plus de 5 % pour l’année prochaine. Nous serions toujours à un point de pourcentage en dessous de la croissance moyenne de 6 % enregistrée durant la période 1996 à 2000.
Les analystes reconnaissent que le grand argentier a une marge de manoeuvre très limitée face à des difficultés objectives. Quatre analystes sur cinq craignent d’ailleurs une hausse de la pression fiscale qui permettra au gouvernement de maintenir la gratuité du transport public malgré une augmentation continue du prix pétrolier. Le “Package of Measures” contient des signaux positifs, mais le rétablissement du contrôle des prix sur certains produits envoie un mauvais signal aux entreprises. Entre des mesures sociales et des mesures économiques, tout l’art d’un gouvernement est d’éviter qu’un premier pas en avant soit suivi de deux pas en arrière.
<B>Ecri NG PING CHEUN
(www.pluriconseil.com)</I>
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