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Pas de médaille aux droits humains?

14 août 2008, 00:00

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En juin de cette année, Huang Qi, originaire de Sichuan, était arrêté par la police chinoise. Il était accusé de s?être procuré illégalement de secrets d?Etat. Militant des droits humains, Huang Qi ne serait, selon certaines sources, victime que de son engagement. Il aurait, en effet, apporté son aide aux familles de cinq élèves qui ont péri suite à l?écroulement de leur école. Les familles espéraient des compensations en entrant des affaires légales contre les autorités locales. Pour Amnesty International, c?est Huang Qi qui paie pour ses convictions humanitaires.

Cela ne fait aucun doute. La Chine est en passe de remporter la médaille d?or olympique de l?économie. Cependant en termes de démocratie, de liberté d?expression et de droits humains, les règles du jeu ne sont pas toujours respectées. A défaut de médaille, dans ces cas là, c?est plutôt des cartons rouges qui sont brandis par les organisations internationales. Il importe, toutefois, de ne pas lire les événements en ayant comme références les seules valeurs du monde occidental.

<B>«Politique de deux poids, deux mesures»</B>

D?ailleurs, les Chinois s?empressent souvent d?accuser ceux qui feraient preuve de manichéisme dans leurs évaluations. Ils n?hésitent pas à reprocher à certains pays occidentaux d?être coupables d?une politique de deux poids, deux mesures dès qu?il est question de droits humains. C?était le cas, en début d?année, lors du premier forum sur les droits humains à Beijing. Pour les autorités chinoises, il est important de tenir en compte l?expérience politique et historique d?un pays concernant les institutions qui le régissent. La Chine, avec son histoire qui date de quelque 5 000 ans, se dit fière aujourd?hui «d?avoir contribué au développement et au progrès de l?humanité». Une vérité indéniable mais qui s?accompagne d?une lecture plus critique de la Chine contemporaine.

Aujourd?hui, pour comprendre la position chinoise sur un certain nombre d?enjeux, il faut effectivement remonter les couloirs de l?histoire. Chit Jesseramsing, ancien ambassadeur mauricien aux Etats-Unis, emprunte cette voie. «Avec Christophe Colomb, ils ont été parmi les premiers à voyager et à explorer les océans pour découvrir de nouvelles terres mais à la différence des autres, les Chinois ne se sont pas implantés. Ils n?ont pas colonisé. La Chine n?avait même pas de livre sacré pour justifier une quelconque mission d?endoctrinement religieux.»

C?est en cela, selon lui, que les Chinois ont développé un autre rapport à la géopolitique où «leur pays est leur royaume». Ils ne sont pas là pour conquérir et lorsqu?ils franchissent des frontières, c?est pour des raisons de sécurité intérieure, affirme Chit Jesseramsing. Ce serait le cas pour le Tibet. «Lorsque l?Ouest a commencé à montrer un intérêt pour le Tibet, la Chine s?est sentie menacée. Les Chinois ont toujours eu la peur des étrangers qui viennent chez eux. Il faut aussi savoir qu?ils ont connu pas mal d?occupations dans leur histoire. C?est ce qui explique qu?ils se sont développés à leur façon. Ils ont tout réadapté à leur manière d?être», soutient l?ancien diplomate.

Désormais, la Chine se dresse comme une puissance économique mondiale qui inspire, à la fois, crainte et fascination. Elle entend faire passer certains messages. Dès lors, on n?évoque plus les questions de droits de l?homme ou de démocratie de la même manière qu?on le ferait dans d?autres cas. Ce qui est vrai pour d?autres pays ne l?est pas nécessairement pour les Etats-Unis ! Ce n?est pas pour autant une raison d?outrepasser les lois de la communauté internationale. La Chine ne se prive pas de le faire ressortir.

L?économiste Eric Ng veut, pour sa part, nuancer les choses. Il invite la Chine à remplir ses devoirs et ses responsabilités. «Elle doit être plus respectueuse des droits de l?homme. Elle n?est plus un pays marginalisé», fait-il ressortir. Selon lui, la Chine justifie certaines de ses postures en se fondant sur les carences de la société occidentale. «Elle n?est pas interventionniste et elle constate que la société occidentale peut agir au nom des droits humains. Mais pour les Chinois, on n?a pas le droit de se mêler de leurs affaires.»

D?après lui et d?un point de vue plus émotif, la Chine devrait «gagner le c?ur des gens». Car il ne s?agit pas seulement de devenir une puissance du marché. Il faut pouvoir aligner sa diplomatie sur son rayonnement économique. «La Chine se doit, à cet effet, d?améliorer son image, souligne Eric Ng. On devient une puissance à part entière lorsqu?on a une autorité morale.» Sont-ce des préoccupations qui sont d?actualité pour la Chine en 2008 ? C?était peut-être le cas en 1992 (voir encadré) mais aujourd?hui, la donne a changé. Dans son dernier rapport en date de juillet 2008, Amnesty International note que la Chine n?a fait de progrès que dans le dossier de la peine de mort. En revanche, que ce soit pour les détentions administratives, les atteintes aux droits humains ou la liberté d?accès à Internet, les carences seraient multiples. Y aura-t-il une autre manière de faire après les Jeux ? La réponse vacille entre espoir et appréhension.

<B> L?importance des dates</B>

A plusieurs reprises, la Chine a sollicité les faveurs du Comité international olympique pour pouvoir organiser les JO mais c?est surtout fin 1992, qu?elle s?attelle à obtenir les JO de 2000. Toutefois, c?est l?Australie qui en ravit l?organisation. Pékin ne pose pas sa candidature pour les suivants en 2004. Le chiffre 4 est signe de malheur. Par contre, elle s?investit avec succès pour ceux de 2008. Le chiffre 8 est symbole de bonheur. Si la Chine voulait les jeux de 2000, c?est aussi parce qu?elle avait besoin de corriger son image à la suite de la répression de Tien An Men. Ce n?est plus le cas aujourd?hui. Pour de nombreux observateurs, la Chine se serait bien passée de ces jeux 2008. En ces temps de rivalité économique, être sur les devants de la scène avec des journalistes qui s?intéressent à toutes sortes de questions n?est pas une bonne chose?

<B> Satisfaction chinoise</B>

Cela fait 30 ans que la Chine s?est engagée dans une politique de réformes. Cette ouverture, se targue Luo Haocai, président de la «China Society for Human Rights Studies», sur le site «china.org.cn», s?accompagne d?un renforcement des droits civiques et politiques des citoyens. «A travers la structure du Parti du peuple, ils participent activement à la vie politique de la nation et ont pleinement accès à la liberté d?information, le droit de recours et le droit de vote? Le respect des droits humains dans la sphère du judiciaire a été amélioré. Plus de 800 lois et règlements et plus de 7 500 lois et règlements régionaux ont été adoptés et des progrès ont été réalisés en termes de recherche théorique sur les droits humains?», affirme Luo Haocai.

<B> Entre dire et faire</B>

La Chine a affirmé sa volonté de mettre fin à la pratique de la peine de mort. Des réformes ont été enclenchées et la Cour suprême du peuple (CSP) a repris son rôle dans la confirmation ou le rejet des condamnations à mort. Selon des officiels chinois cités par AI, la CSP a rejeté 15 % des cas approuvés par les Hautes Cours à mi-2008. A partir du 1er juillet 2006, les appels contre les condamnations à mort devaient se faire devant des cours ouvertes au public. Le rôle des avocats a aussi été renforcé. D?autres initiatives ont été prises dans le même ordre d?idées. Les détentions sans procès, qui auraient toujours cours, concerneraient des activistes des droits humains. De même, les restrictions d?accès à l?internet, dans certains cas, démontrent un désir de contrôle de l?information.

Questions à?

<B> Lindley Couronne directeur d?«Amnesty International Maurice» </B>

● <B> «Amnesty International» (AI) et d?autres ONG se montrent très critiques vis-à-vis de la Chine lorsqu?on évoque les droits humains. Ne serait-ce pas une position figée ? </B>

AI procède par des travaux de recherche et des faits. A ce titre, en ce qui concerne les Jeux olympiques (JO) qui se tiennent en Chine, AI a rendu public, en juillet dernier, un rapport intitulé «Promesses non tenues» en marge des JO. Il ressort clairement que les engagements pris lors de l?attribution de ces Jeux à la Chine par les autorités de ce pays, en 2001, auprès du Comité international olympique (CIO) n?ont pas été respectés.

● <B> Quels étaient ces engagements ? </B>

AI a suivi la Chine sur quatre principaux dossiers : la peine de mort ; l?utilisation abusive de la détention administrative ; la détention, l?emprisonnement et la persécution arbitraires des défenseurs des droits humains ; et la censure sur Internet. Afin de soigner son image en vue des Jeux, la Chine a réprimé les voix dissidentes et fait accomplir des travaux à des gens coupables de délits mineurs voire de mendicité. Cela s?est produit à travers le principe de la rééducation à travers le travail. Le site Internet d?AI, d?autres ONG et des sites d?information ont été, pour leur part, censurés. En ce qui concerne la peine de mort, il y a eu des réformes dans le bon sens mais elles sont limitées. Par contre, dans les cas de détentions sans procès, on a nettement reculé.

● <B> En accordant les Jeux à Beijing, le CIO espérait que cela servirait la cause des droits humains. Cela n?aurait donc pas été le cas ? </B>

Il était effectivement question que ces Jeux favoriseraient la cause des droits humains en Chine. Le CIO devait même intervenir si la situation ne s?améliorait pas. Or depuis 2001, le Comité maintient que la Chine améliore sa gestion du dossier des droits humains. Certes, les événements au Tibet ont incité le président du CIO à émettre le souhait que le conflit connaisse un aboutissement pacifique. Mais force est de constater que le CIO s?est montré très pusillanime dans la gestion de ce dossier. La pression internationale s?est également révélée insuffisante. Aujourd?hui, il y a une réelle menace qu?après les Jeux, les atteintes aux droits humains et à la liberté d?expression ne soient intensifiées.

● <B> Sur cette question des droits humains, n?est-ce pas emprunter à une mode et à des valeurs purement occidentales pour juger une société qui a une autre manière de fonctionner ? </B>

La section mauricienne d?AI a déjà rencontré le conseiller culturel de l?ambassade de Chine à Maurice. Nous lui avons dit que nous reconnaissons qu?il y a eu des progrès sur un certain nombre de questions. Mais ce qu?il faut savoir, c?est que ce que nous disons pour la Chine par rapport aux droits humains tient aussi pour d?autres pays. Aucun Etat au monde ne peut se vanter de faire respecter les droits humains dans leur totalité. Les droits humains, comme pour la démocratie, c?est un idéal. Pour nous à AI, nous avons une vision qui repose sur la Déclaration universelle des droits de l?homme. Nous veillons à ce que le concept ne soit pas banalisé.

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