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Pas de charge
Il a suffi d?un coup de téléphone. Eva Dalais décroche. Au bout du fil : Eve Buscaglia, une consoeur avec qui elle n?entretient aucun ?lien direct?.
La surprise passée, Eva saisit la main tendue d?Eve. Nous sommes en janvier 2006. Après Le roi lion, son spectacle prévu pour juin de la même année, Eve Buscaglia a décidé de plier bagage. De quitter Maurice pour d?autres cieux bleus. Mais avant, elle veut assurer la pérennité de Le Studio, son école de danse.
Pour cela, elle a pensé à Eva Dalais. Stupeur et absence d?hésitation. Elle ne se le fait pas dire deux fois. Une rencontre entre les deux Eve a lieu dès le lendemain. Eva assiste à l?un des cours d?Eve. ?Je n?étais jamais venue, je n?avais qu?à prendre la clé.?
Cela semble tellement logique. Eva prenant la suite d?Eve. L?affaire est vite conclue. ?Je devais accoucher en août, les cours démarraient en septembre.? C?est une nouvelle vie qui commence.
Plus besoin de cavaler comme freelance. Entre les cours au centre Equilibre à Trianon et ceux de Riverland à Tamarin. Plus besoin d?essayer de suivre les progrès d?élèves irréguliers, ?qui sont là une semaine sur deux?.
Depuis, elle a introduit les danses de salon avec son compagnon sur les planchers et dans la vie, Thabo Legrand. Michael Marmite a été invité à y enseigner la salsa. Du stretching, des apparitions de Jean Renat Anamah, de Stephen Bongarçon, de Dominique Marceau, professeur de modern jazz à l?université de la Réunion, sont venu ajouter des couleurs au paysage chorégraphique de Grand-Baie.
?Ma progression est spirituelle?
Pouvoir s?installer. Et surtout ?assurer ses arrières?. L?aspect financier, cela compte dans toute vie, plus encore quand on attend un enfant. Et dire que la danseuse se décrit comme utopiste. Si elle sait s?envoler sur scène, la volonté de fer se lit dans ses paroles posées, ses mots choisis, un peu tranchants, posés sur le fil d?une voix aussi fluette que sa silhouette.
La débrouillardise, Eva connaît. Quand elle annonce à ses parents qu?elle veut faire danseuse, il lui ont dit : Tu passes ton bac d?abord. Cela ne l?a pas empêché d?aller suivre un stage que Claud-Paul Henry était venu animer à Saint Gilles les Bains à la Réunion.
?Je connaissais sa réputation un peu avant.? Lui, la suivra à Maurice, jusqu?à devenir le chorégraphe de la cérémonie d?ouverture des derniers Jeux des Iles chez nous, en 2003. Maurice, où le tandem Eva Dalais - Claud-Paul Henry compte déjà une longue liste de collaborations. Depuis qu?elle s?est installée chez nous, Eva Dalais, c?est la silhouette aérienne qui a traversé Maron Lib, West Side Story, Mouv?ance. Il ne pouvait en être autrement.
En danse aussi, on a besoin de référent. Et quand Eva Dalais a quitté la Réunion pour ses études au London Centre Studio, c?est chez Paul et sa femme, qu?elle a habité. Et dire que là-bas, dans son île natale, Eva était ?loin d?être la meilleure élève de son cours de danse?. Son professeur, Jeannine Hubert Leconte de Lisle, n?en revenait pas quand elle l?a vue sur scène.
?Ma progression est spirituelle.? Quelque chose qui va au-delà de la technique. Au- delà des longues heures passées à répéter inlassablement les mêmes gestes. Jusqu?à ce qu?ils se muent en automatisme. Que l?effort devienne beauté.
Quand Eva danse, elle est ?connectée?. Une flamme dans les yeux, c?est le mot qu?elle met sur son ressenti. Ce feu qui brûle qu?elle voudrait tant partager. Ce feu qui la brûle, quand les autres égoïstement ont consommé. Eva persévère. Son nouvel objectif : trois représentations au Centre de conférences swami Vivekananda à Pailles. Pas qu?une utopie.
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