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Pas de campagne buissonnière pour les électeurs

1 mai 2007, 00:00

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?Il n?y a pas d?enjeux. Comme pour chaque 1er Mai, nous allons simplement célébrer la fête du Travail. Il y a d?autant moins d?enjeux que nous ne sommes pas à la veille d?une consultation populaire?, déclare d?emblée le secrétaire général du Parti travailliste (PTr), Deva Virahsawmy. L?Alliance sociale aura clairement fait le choix de ne pas hausser les enchères pour son rassemblement du 1er Mai. Dans un contexte socio-économique difficile et alors que se profile la présentation du deuxième budget Sithanen, une faible mobilisation à Quatre-Bornes donnerait trop d?arguments à l?opposition. Autant donc relativiser la question des foules aux meetings de la fête du Travail.

?Depuis la première fête du Travail en 1938, c?est demeuré un événement très politisé. C?est l?occasion de rassembler ses supporteurs, de prouver sa force et de démontrer qu?on a encore un soutien populaire surtout lorsqu?on est au gouvernement.?

Pourtant les choses risquent d?être différentes. Quoi qu?on en dise, les implications sont très prononcées pour les mobilisations de 1er Mai à Maurice. ?L?enjeu du 1er Mai est conséquent. Dans notre histoire contemporaine, c?était le Mouvement militant mauricien (MMM) qui réunissait la plus grande foule. C?est lorsque le Mouvement socialiste militant (MSM) et le PTr sont parvenus à renverser la tendance à partir de 1983 qu?ils ont commencé à renforcer leur réservoir électoral. C?est dire l?importance de ce meeting?, fait ressortir un observateur politique. De bonnes foules à la fête du Travail sont des indicateurs de la force d?un parti. ?Lorsque le PTr se refuse à une vaste campagne de mobilisation comme ses adversaires, c?est qu?il refuse de prendre des risques. Car Navin Ramgoolam sait que s?il n?arrive pas à fédérer en ce 2007, il risque d?entendre des voix s?élever contre lui au sein de son propre parti. Son autorité sera remise en question?, estime cet observateur.

Du côté du PTr, on ne voit évidemment pas les choses sous cet angle. L?absence du Premier ministre sur le terrain et lors des conférences de presse de mobilisation est mise sur le compte d?une stratégie bien calculée. Ce serait Navin Ramgoolam, lui-même, qui aurait exigé qu?on minimise son rôle lors de la période préparatoire menant au 1er Mai. Alors que les autres leaders sont surexposés et auraient déjà dévoilé le contenu de leurs argumentations, le Premier ministre, lui, s?est ménagé et peut encore espérer attirer des électeurs qui viendraient principalement pour écouter son message.

Il reste que même si les élections ne sont pas prévues pour bientôt, le 1er Mai sert de prétexte aux différentes formations pour jauger de leur capacité de mobilisation. ?Depuis la première fête du Travail en 1938, c?est demeuré un événement très politisé. C?est l?occasion de rassembler ses supporteurs, de prouver sa force et de démontrer qu?on a encore un soutien populaire surtout lorsqu?on est au gouvernement. Pour les partis de l?opposition, il s?agit de se positionner en vue des éventuelles alliances. Pour l?actuel gouvernement, il lui est nécessaire de faire la démonstration qu?il peut compter sur la population malgré un contexte de hausse des prix et de précarité. C?est ce qui explique l?ambiance quasi électorale qui entoure la préparation de ce 1er Mai?, souligne, pour sa part, Raj Mathur, professeur en sciences politiques à l?université de Maurice.

Démontrer qu?il est toujours populaire mais aussi se servir du 1er Mai pour plébisciter sa politique économique et ses choix stratégiques. Ce sont les autres enjeux de cette fête du Travail pour l?Alliance sociale. ?L?Alliance sociale a besoin de cette caution venant de la population pour poursuivre sa politique économique?, assure Jack Bizlall, syndicaliste et animateur du Mouvement 1er Mai.

Du côté des principaux partis de l?opposition, les enjeux sont multiples également. Depuis des mois déjà, ils se sont lancés dans une vaste offensive pour mobiliser leurs troupes respectives. ?Le principal enjeu demeure le positionnement en vue des négociations futures. Dans le jargon électoral mauricien, on se bat le 1er Mai pour être la locomotive. Il s?agit aussi de créer un élan fédérateur autour de soi. Les électeurs ont l?habitude de courir après les vainqueurs?, explique un observateur politique.

Entre le MMM et le MSM, on passe avec ce 1er Mai d?une guerre des nerfs à la confrontation directe même si la cible de toutes les critiques demeure l?Alliance sociale. C?est le numéro d?équilibriste que tentent de réaliser ces deux formations dont l?ambition ultime est de conduire, aux prochaines élections générales, une plate-forme dirigée par leur leader qui se présentera comme Premier ministre de l?alternance.

Après ses déconvenues aux dernières législatives et municipales, le MMM est entré depuis quelque temps dans sa phase de reconstruction. Les mobilisations sur le terrain s?accompagnent ainsi de la médiatisation de nouveaux adhérents. Le parti mauve annonce aussi la préparation de son projet économique. Bref le MMM, comme l?indique son thème pour ce 1er Mai, veut se mettre ?en marche vers le pouvoir?.

Le MSM, pour sa part, espère mobiliser ses troupes dans un élan de contestation : ?Lepep bizin reagir avan li tro tar.? L?enjeu est tout autant sensible pour le parti soleil. Tout comme le MMM, il espère avoir remonté son handicap depuis la débâcle des dernières consultations populaires. ?2006 a été une année difficile pour nous. Nous avons assumé le leadership de l?opposition au Parlement et nous avons fonctionné en dehors de toute alliance. Depuis nous travaillons sur un projet de société, couvrant tous les secteurs : l?éducation, le sucre, le tourisme, l?environnement, l?agriculture? Nous travaillons pour proposer une alternance, pour être le fer de lance de l?opposition et pour proposer Pravind Jugnauth comme Premier ministre. Après 2006, l?année des épreuves, 2007 est l?année du positionnement avec comme thème gouverner autrement?, confie Nando Bodha, secrétaire général du MSM.

Dans le cas des deux principaux partis de l?opposition, Jack Bizlall note ?un retour de leurs électeurs?. Mais l?important, pour eux, demeure le fait qu?ils doivent se positionner comme la formation de l?opposition la plus influente que ce soit en termes de propositions ou de représentativité populaire. Toutefois, estime Jack Bizlall, avec les trois partis traditionnels se retrouvant dans le camp de la droite, ?il est davantage question de tractations politiques que d?entame programmatique. Il n?y a pas de nouvelles idées, de nouvelles propositions. Il n?y a que des arguments populistes?.

Le syndicaliste pense que c?est surtout 2008 qui sera une année déterminante sur la scène politico-électorale. Anerood Jugnauth sera-t-il toujours président de la République ou sera-t-il invité à céder sa place à quelqu?un d?autre l?année prochaine? ?Nous serons alors véritablement à mi-mandat avec une décision politique importante à prendre. Déjà, le gouvernement aurait dû être en mesure d?assouplir sa politique. Or, la politique que prône Rama Sithanen ne lui donne pas les moyens de revoir sa politique?, estime Jack Bizlall.

Sur un plan des stratégies, un observateur fait remarquer que la partie de bonneteau que se livrent les trois principales formations, le PTr a intérêt à se retrouver avec un MSM fragilisé avec lequel il pourra marchander dans l?éventualité qu?il voudrait élargir son Alliance sociale. ?Déjà la seule cible du PTr, c?est le MMM. Mais il faut aussi savoir que dans une dynamique d?alliance, un parti avec une faible audience peut représenter ces cinq sous qui va faire la différence. D?où l?importance de ne pas banaliser l?apport des uns et des autres?, assure Raj Mathur.

On a quadrillé le terrain électoral. On a mobilisé. Aujourd?hui, on haranguera en essayant d?intimider les adversaires. 2007 est, à tous points de vue, l?année du passage vers la rhétorique de l?action. D?où des foules importantes qui devraient se déplacer à Rose-Hill, Vacoas et Curepipe.

Nazim ESOOF

L?Alliance sociale : pas de congrès ?tam-tam?

C?est un comité comprenant des membres de chaque composante de la plate-forme gouvernementale qui travaille sur la campagne du 1er Mai de l?Alliance sociale. Des réunions de préparation ont été organisées avec les Constituency Labour Party (CLP). Celles-ci sont animées par des agents, activistes et les responsables des bureaux de vote. Ce sont ces individus qui mobilisent les sympathisants de l?Alliance sociale en vue des rassemblements populaires. ?Nous avons opté pour cette formule de préparation. Nous avons évité les congrès tam-tam car ce ne sont pas nécessairement les gens qui viennent aux congrès qui vont assister au meeting du 1er mai?, fait remarquer Deva Virahsawmy, secrétaire générale du Parti travailliste.

MSM : faire mieux que 2006

?La campagne pour le 1er Mai 2007 a pour toile de fond un gouvernement vulnérable qui aurait pu perdre sa majorité lors de la tentative de présentation du ?Sexual Offences Bill?. C?est la division de l?opposition qui lui a permis de sauver la mise?, dira d?emblée Nando Bodha, secrétaire général du Mouvement socialiste militant (MSM). Celui-ci explique que depuis le début de l?année, son parti s?est évertué sur le terrain à sensibiliser les Mauriciens sur les difficultés actuelles et à consolider ses structures. ?La traditionnelle bataille des foules aura lieu. Pour notre part, nous ferons mieux que l?année dernière. D?autre part, si les foules à Rose-Hill et à Curepipe sont plus importantes que celle à Vacoas, cela voudrait dire que l?Alliance sociale aura perdu sa majorité. Il faut aussi pour un 1er Mai tenir en compte l?ambiance et ce qu?annoncent les leaders avant de se prononcer sur le succès des meetings?, conclut Nando Bodha dont le parti a privilégié les porte-à-porte avec seulement cinq congrès régionaux.

MMM : retrouver le pouvoir

Avec un à deux meetings durant le mois d?avril, en sus de l?exercice de porte-à-porte, le Mouvement militant mauricien (MMM) n?aura pas lésiné sur les moyens pour mobiliser ses sympathisants. Comme l?a indiqué le leader mauve, Paul Bérenger, le 1er Mai est traditionnellement à Maurice le seul moyen de juger de la force des uns et des autres entre deux élections législatives. Le MMM aura aussi profité de ce contexte pour présenter ses nouveaux membres. La présentation de nouveaux membres est aussi annoncée au meeting du 1er Mai. Pour cette fête du Travail, il s?agira résolument pour ce parti de faire la démonstration qu?il peut se présenter seul aux élections. Un moyen pour convaincre ses éventuels partenaires qu?il doit la locomotive de toute nouvelle alliance.

Historique

La fête du Travail est née aux États-Unis. C?était le 1er Mai 1886. La pression syndicale permet alors à environ 200 000 travailleurs américains d?obtenir la journée de huit heures. Le souvenir de cette journée amène les Européens, quelques années plus tard, à instituer la fête du Travail. Aux États-Unis, le mouvement était lancé deux ans plus tôt, en 1884. Lors de son quatrième congrès, l?American Federation of Labor se donnait alors deux ans pour ramener la journée de travail à huit heures. Le mouvement obtiendra dans une grande mesure satisfaction en 1886. Mais le bilan est mitigé. Des employeurs résistent. 340 000 ouvriers feront grève pour leur forcer la main. Lors d?une manifestation le 3 mai, trois personnes trouveront même la mort. Le lendemain une bombe explose provoquant une quinzaine de morts. C?est en 1947 que le 1er Mai deviendra de droit un jour chômé et payé.

Questions à Roukaya Kasenally, chargée de cours en média à l?université de Maurice

● Le 1er Mai a été récupéré par les politiques à Maurice. Que traduit la perversion d?une date aussi importante ?

Le 1er Mai a toujours été associé aux travailleurs. C?est une manière de célébrer la solidarité. À Maurice, lors de leur création, le PTr et le MMM devaient toujours profiter de cette fête pour faire avancer les causes des travailleurs. Mais depuis, le protest politics s?est tranformé en partisan politics. C?est désormais une vaine course pour démontrer sa force électorale.

● Comment analyser les techniques de mobilisation à cette occasion et les discours prononcés ?

Les techniques restent les mêmes. À ce niveau, les politiques mauriciens estiment toujours que la proximité est l?approche la plus efficace. Quant au discours, il est surtout question d?un vide car il n?y a pas d?idées. On s?invective. On célèbre allégrement la basse politicaille.

● Comment expliquer alors le déplacement des gens ?

Il y a un détournement de sens de la fête du Travail. Aujourd?hui, les leaders s?en servent pour affiner leurs calculs politico-ethniques. Ils vont comparer les notes et une partie de la population se prête au jeu. En fait, le 1er Mai a été travesti en briani party. La mobilisation ne se fait pas autour d?une idée mais autour de certaines choses qui n?ont strictement rien à faire la fête du Travail.

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