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Partage : parcelles d?âmes et d?émotions

18 juillet 2004, 20:00

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L?étincelle couvait à Flic-en-Flac. Quinze jours que l?association Partage l?a alimentée ? en pinceaux et en thé chaud ? pour que s?embrase le feu de la création. D?ébauche en esquisse, la flamme réveillée est devenue une idée.

Deux semaines au bord de la mer et c?est la terre qui l?a frappée. Venue d?ailleurs et pourtant de si près ? ?partout où j?allais, les gens croyaient que j?étais Mauricienne? ? la Malgache ,Vonjiniaina, en a les mains encore toutes imprégnées. Un regard moqueur sur ses doigts fragiles. ?Ce sont des traces de henné?, dit-elle. Nos doigts trouvent le chemin de ses paumes blessées. ?Il a fallu bêcher, ramasser des brindilles séchées puis travailler avec du fil de fer.?

Tribu physique conséquent pour atteindre l?essentiel : de la terre pour former un cercle au milieu de l?une des salles d?exposition de l?école des Beaux-Arts au Mahatma Gandhi Institute (MGI). Entre les cailloux, quatre paires de rondins couramment utilisés pour les échafaudages. Fixées sur les rondins, des silhouettes vaguement humaines faites de terre séchée sur un moule en fil de fer et corde de coco. A leur pied, un diya rempli de poudre couleur fuchsia.

Une installation qui interpelle rien qu?avec son nom : 4 points cardinaux. ?Pour moi, le fuchsia, c?est la couleur de Maurice. C?est celle que j?ai vue le premier matin quand je me suis réveillée. C?est la couleur de la chaleur des gens d?ici.? Transition idéale pour parler des formes humaines montées sur échassiers qui se tiennent au centre de l??uvre. Leur équilibre précaire semble vouloir se rompre le cou sur les cailloux semés dans le cercle de terre.

Qu?elles soient orientées côté nord ou sud, est ou ouest, ces âmes glaises semblent partager les mêmes préoccupations. Les mêmes besoins. Celui de se raccrocher à des repères. Avant de penser à avancer. Ou converger. Car, dépendant de l??il du visiteur, les quatre ?bonhommes? seront, soit en marche vers l?avenir, soit en train de l?enjamber pour se réunir.

La modernité et la nature

?On ne naît pas seulement de la terre, on la porte en soi. C?est la première fois que je travaille avec une terre qui n?est pas la mienne. Pourtant, elle a la même expressivité, la même force?, nous explique Vonjiniaina. La plasticienne de Tana s?est choisi cet unique nom d?artiste ?parce que je ne voulais pas signer mes ?uvres du nom de mes parents ni de celui de mon mari. Alors j?ai opté pour mon prénom au moins lui, il ne changera pas.?

Doucement, nous nous rapprochons. Il s?agit de ne pas fouler au pied l?une des 48 ?uvres nées de Partage, le premier atelier résidentiel international tenu à Maurice du 1er au 15 juillet à Flic-en-Flac.

Sur les cercles métalliques qui retiennent les formes humaines aux rondins de construction : des étiquettes. ?L?idée d?échafaudage est pour moi un miroir pour la construction d??uvres durant l?atelier. Les étiquettes ont été volontairement laissées sur les cercles. C?est une rencontre que j?ai organisée entre la modernité et la nature.?

Si Vonjiniaina a fait ? sans jeux de mots ? dans le terre à terre ? l?Hollandaise, Nina Rave, pourrait être son pendant spirituel. Proposer deux Dream House quand on s?appelle Rave, cela ne s?invente pas.

A la première maison : un petit format qui joue aussi sur les fuchsia et les roses d?un rêve un peu flou. Au premier plan, des fleurs luxuriantes qui menacent d?envahir la petite case qui perce au bout d?une allée plus devinée que vue.

Au pied du tableau suspendu, une brique est posée sur le sol de la salle d?exposition. Sa surface nue est recouverte sur le dessus, de peinture blanche. C?est le côté pratique du rêve : un robinet et un interrupteur dessiné sur la brique. Histoire de revenir à la réalité. Peut-on rêver quand on est dépourvu de facilités ?

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