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Partage artistique au « Ravin »

1 mai 2005, 00:00

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Le restaurant Le Ravin, domaine d?Euréka, Moka, accueille, jusqu?au samedi 7 mai, une exposition collective privilégiant à la fois de nouveaux matériaux et supports artistiques et de nouvelles perspectives esthétiques. Ils sont sept artistes et peintres à se lancer dans cette nouvelle aventure où le partage est le maître-mot. Ils sont Nirmala Luckeenarain, Mala Chummun, Nalini Treebhoohun, Nirveda Alleck, Krishna Luchoomun, Gérard Foy et Nirmal Hurry. Le moins qu?on puisse dire c?est qu?ils savent tirer parti des ressources harmonieuses que leur offre le cadre enchanteur du Ravin, rivière comprise.

Ces artistes ont eu l?occasion de faire plus ample connaissance et de partager fructueusement leurs interrogations et réflexions esthétiques, lors d?un atelier de travail, animé par des artistes étrangers. Il eut lieu l?an dernier à Flic-en-Flac et certaines des oeuvres réalisées à cette occasion, notamment par les animateurs étrangers, seront offertes aux généreux mécènes ayant financé en partie les frais d?organisation.

La présente exposition-partage de nos sept artistes, leur permet également de présenter à leurs amis, collaborateurs, mécènes ainsi qu?au grand public le catalogue réalisé par eux lors du précédent atelier de l?an passé. Elle leur fournit l?occasion de faire connaître les participants de cet événement culturel, encore qu?il faille regretter l?absence de Judex Lalanne, de Rodrigues, n?ayant pu faire le déplacement, et celle de Françoise Hardy, actuellement à l?étranger.

L?exposition-partage du Ravin ne manquera pas de surprendre les visiteurs habitués aux Salons de peinture plus classiques où les oeuvres sont sagement alignées les unes après les autres, le long des cimaises. Ici l?effet surprise et le coup de théâtre sont privilégiés autant que possible. Il vaut mieux laisser aux vestiaires nos idées reçues. Le mieux serait peut-être de nous diriger d?abord vers les oeuvres exposées nous paraissant plus proches de nos repères artistiques habituels afin de nous préparer mentalement aux recherches plus complexes.

Joies de la contemplation

Les triptyques de Nalini Treebhoohun constituent peut-être une bonne entrée en matière. C?est entendu ! Ils sont verticaux au lieu d?être traditionnellement horizontaux et ne se referment guère sur le panneau central. Ils veulent surtout tronçonner et compartimenter la vision de l?artiste, pour des raisons qu?il nous reste à inventer, pour peu que nous acceptions de débrider davantage notre imagination, pouvant devenir fertile si nous osons lui donner la clé des champs. Ils sont particulièrement évocateurs, l?un donnant dans les teintes bleuâtres et brunâtres et l?autre hésitant entre le roux et l?orangé. Ils laissent deviner des formes humaines, esquissées à l?intérieur de formes colorées et créant même un effet patchwork textile, relevé d?ourlets et de bourrelets. Cela peut être sens dessus dessous. Qu?importe ! Une forme humaine n?est pas moins belle, la tête en bas. Il y a l?esquisse d?une forme humaine mais enveloppée d?une telle symphonie de couleurs, de taches colorées, de graphisme, qu?on ne sait plus quoi admirer le plus. Nous sommes déjà entrés dans le domaine de l?admiration et de la contemplation. C?est l?essentiel.

Plus loin, un mobile en fer-blanc. N?y cherchons aucune forme concrète. Laissons-nous aller aux joies de la contemplation de ces lourdes formes géométriques, légèrement relevées d?un rouge fugace et que retient entre elles un fil de fer d?une telle finesse qu?il se fait volontiers oublier. Le verso est moins élégant. Mais prend-on la peine de vérifier si l?envers d?une toile admirable est aussi beau que l?endroit ? C?est que nous ne savons plus si nous sommes, ici, toujours dans le domaine de la peinture ou déjà dans celui de la sculpture. Encore un mot pour les espaces troués car cloués ou tailladés et qui parsèment l??uvre de points lumineux. Idées lumineuses pour ceux voulant décorer un coin de jardin.

Plus picturale et moins sculpturale la cascade de Kriss Luchoomun. On y retrouve sa préférence pour un motif esthétique, longiligne de préférence, mais multiplié à l?infini pour obtenir une masse visuelle. Dégoulinant à souhait.

À voir, une simple toile cirée comorienne, tendue sur un cadre, et mettant en exergue la plus belle collection d?épices que l?on puisse imaginer. Beaux spécimens d?épices diverses, alignées dans des casiers uniformes, formant échiquier. «Et maintenant» interroge la toile, sinon l?artiste. Nous attendons simplement que le safran fasse échec au massala ou que la poudre de piment mette mat le poivre de Cayenne ou la fleur d?anis.

Beaucoup de mains gantées à voir. En bleu foncé et en photo par-dessus les gabions protégeant la plage de Flic-en-Flac. Une façon comme une autre d?appeler au secours contre les tentatives hasardeuses de créer des baignades artificielles au milieu de lagons naturels. Elles peuvent tout aussi bien être rouge vif et en laine au lieu de mettre en valeur le glacé d?un plastique bleu nuit et émerger d?une gerbe de bandes magnétiques ou cinématographiques, glissant le long d?un tronc, à moins qu?il ne s?agisse d?une escalade tout autant périlleuse.

Visions possibles et infinies

Plus loin et carrément dans la rivière, Krishna Luchoomun nous invite à un thé pour deux au milieu de l?onde paisible. Une table et deux chaises anodines sur le plancher aux vaches deviennent prophétiques pour peu qu?on pense génialement les planter au milieu de la rivière. Le visiteur commence à comprendre que Le Ravin offre des possibilités esthétiques inconnues de feu la Galerie Max Boullé.

Remontons le ravin pour découvrir un autre mobile, composé cette fois de calebasses dorées et bronzées à souhait, accrochées à un badamier naissant. D?autres idées pour un jardin à vocation esthétique au lieu de se contenter de simples ambitions horticoles sinon agricoles. Nous comprenons davantage celles de ce collectif d?artistes : l?esthétisme est là où se trouve le Beau. Il suffit de savoir le découvrir sans contester le support ou le matériau choisi . Un ou plusieurs miroirs posés à même le sol suffisent pour contenir et refléter l?immensité de la Beauté du ciel ou d?une voûte d?arbre, vue de la terre. Il suffit de se déplacer à droite ou à gauche, devant ou derrière, pour que le contenu visuel du tableau change et que se multiplient les visions possibles et infinies.

Nous pouvons à présent nous risquer à des oeuvres plus complexes, tel cette marelle ouatée, ce bassin de fleurs de lotus, ces toiles de paréo trouées pour les besoins d?un message à l?humanité ou d?un cri.

Rendons-nous donc au Ravin avec en tête la seule ambition de nous efforcer de partager les rêves et visions d?une pléiade de jeunes artistes assez aventureux pour oser sortir des sentiers battus et nous nous découvrirons des possibilités insoupçonnées d?apprécier des formes esthétiques inconnues. Toute l?aventure de l?Art et des Beaux-Arts s?inscrit en filigrane dans cette démarche.

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