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Paroles de Nobel

19 octobre 2008, 00:00

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Si au XIIe sommet de la Francophonie, notre pays répand sa douce chaleur au Québec, c?est grâce à Jean-Marie Le Clézio, qui crie sur le toit du monde sa fierté d?être Mauricien avant toute chose. Quel honneur ! Outre d?avoir pris à contre-pied les observations pessimistes, voire alarmistes, de deux anciens prix Nobel, le Professeur James Meade et l?écrivain V.S. Naipaul, Maurice, devenue ces jours-ci « la petite patrie du grand Le Clézio », peut s?enorgueillir d?être ce lieu insulaire qui nourrit l?écriture d?un écrivain de cette dimension.

Il est encore tôt pour mesurer tout l?impact des propos que tient Le Clézio sur notre pays. A charge pour nous, surtout pour notre ministère de la Culture, de profiter de cette lumière qui jaillit dans « un monde tumultueux » pour éclairer notre paysage culturel si abandonné par l?Etat.

Il serait réducteur ? et mensonger ? de s?arrêter au seul sacre d?un écrivain génial sans tenir compte de ses propos, ceux-là mêmes que boivent, par centaines de milliers, tous les nouveaux lecteurs de Le Clézio. Evoquant un prochain livre qui parlera encore plus de Maurice, Le Clézio raconte à « l?express » de France : « La société mauricienne dont je suis issu n?avait aucune valeur, c?était une société d?exploitation, raciste et compartimentée, un peu comme celle que décrivait Faulkner, mais elle produisait aussi des individus étonnants, sublimes. Là aussi, ce livre sera une sorte de règlement de comptes? »

Nous sommes habitués à un tout autre registre. Celui que nous offrent nos politiciens. Attardons-nous, juste pour comparer le décalage de perspectives, sur les propos que tient Navin Ramgoolam dans les instances internationales. Dans un article très flatteur, intitulé « Beyond beaches and palm trees », paru dans le dernier « The Economist », notre Premier ministre, rebondissant sur la première place de Maurice au classement de la fondation Mo Ibrahim 2008 sur la bonne gouvernance en Afrique, lâche (par rapport aux PTr, MMM, MSM) : « ? the three main parties all agree on the broad direction of policy ». Est-ce le cas ? Peut-être bien, si l?on se base sur leur manque d?intérêt collectif pour revoir le système électoral mauricien.

Ramgoolam ajoute une autre couche de sa sauce politicienne. Selon lui, Maurice a su éviter « the poison of communal divisions (?) All of us came on different ships from different continents, now we?re all on the same boat ». Sauf qu?il ne précise pas que le commandant du navire mauricien demeure issu de la même communauté, pour ne pas dire de la même caste? Une dynastie politique qu?un groupe d?élites tente de perpétuer au nom apparemment de l?intérêt supérieur du pays multiculturel que nous sommes.

Le génie de Le Clézio, c?est qu?il est toujours à la recherche de l?équilibre sociétal, de l?harmonie entre la nature et l?humain. C?est son cri pour un développement durable d?une société durable ! Il ne voit pas en permanence le monde comme une terre d?affrontement. Pour plagier Asgarally, c?est pour lui aussi : « l?interculturel ou la guerre ». C?est pour cela qu?il rejette la théorie de Samuel Huntington, le fameux « Choc des civilisations ».

Ramgoolam mène son monde en bateau quand il tente de vanter la société mauricienne, toujours marquée par les séquelles datant de l?ère « divide and rule » britannique. « Les cultures sont toutes métisses, mélangées, y compris l?occidentale, faite de nombreux éléments venant d?Afrique, d?Asie (...) On ne peut pas faire barrage au métissage », dit encore Le Clezio à « l?express » de France. Paroles d?un Nobel amoureux fou de Maurice !

Finalement, si Le Clézio a un profond respect pour son lectorat, Ramgoolam, lui, pense toujours, avant tout, à son électorat.

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