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Paris à crédit : la vaste hypocrisie
Sous les feux de l?actualité depuis plus d?une semaine, les paris à crédit sont loin d?être une nouveauté. Cette pratique a toujours existé et elle n?a fait que prendre de l?ampleur au fil des saisons hippiques. D?ailleurs, plusieurs bookmakers de la place se sont déjà fait épingler par la police ces dernières années. Et depuis la semaine dernière, une équipe de l?Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu) a pris dans ses filets Farook Joomun, un bookmaker de Plaine-Verte. Les limiers tentent de faire parler les disquettes de Joomun qui contiennent le nom de ses clients.
D?après la pratique en cours, ce sont essentiellement de très gros parieurs qui ont le plus souvent recours aux paris à crédit. Il s?agit en fait d?habitués, qui ont leurs entrées auprès des bookmakers. Loin de l?agitation qui règne habituellement au Champ-de-Mars les jours de course, ils préfèrent généralement placer leurs mises par téléphone. « Il est tout à fait ridicule de croire que ces très gros parieurs vont débarquer au Champ-de-Mars avec une mallette remplie de billets. Le pari à crédit est beaucoup plus sûr », confie un bookmaker opérant sur place. Certaines mises, confie-t-il, peuvent même atteindre plusieurs milliers de roupies pour un gros joueur.
Les bookmakers consignent alors les mises de leurs clients dans des livres ou, dans le cas de Farook Joomun, sur des disquettes. Et comme cette pratique n?est pas autorisée par la loi, des pseudonymes sont utilisés pour protéger l?identité des parieurs. « Dans ce milieu, tout est basé sur la confiance. Si un joueur ou un bookmaker enfreint ces règles tacites, cela se sait très rapidement », confie un proche de ce milieu.
S?évertuant à justifier l?existence des paris à crédit, les bookmakers expliquent qu?il s?agit avant tout d?une question de sécurité. Un argument repris par le ministre du Travail, Vasant Bunwaree, qui avait pris la parole au nom de son collègue des Finances au Parlement mardi. Ce subterfuge, affirment certains observateurs proches de ce milieu, s?explique par les énormes sommes d?argent mises en jeu. « Si ce n?est qu?une question de sécurité, les bookmakers devraient demander à ce que les paris puissent être payés en utilisant des cartes de crédit ou des chèques », propose, quant à lui, Jean-Michel Giraud, le président du Mauritius Turf Club (MTC).
Là encore, nombre de preneurs de paris laissent entendre que « la profession n?a pas intérêt à ce que cette pratique soit régularisée ». Les paris à crédit, explique un bookmaker qui a requis l?anonymat, représentent pour certains un chiffre d?affaires bien plus important que ceux réalisés en prenant des paris dans le cadre légal, et sur lesquels le gouvernement perçoit des taxes. Et de souligner que les gains « au noir » d?un bookmaker peuvent atteindre environ dix millions de roupies au cours « d?une bonne journée ».
Une situation qui profite à la fois aux bookmakers ? qui se constituent ainsi un joli pactole sans avoir à payer de taxe ? et aux joueurs qui perçoivent la totalité de leurs gains sans avoir à s?acquitter de la taxe.
Le manque à gagner pour l?État est, pour ainsi dire, énorme. À titre indicatif, au 30 juin de cette année, l?État a collecté Rs 66,4 millions grâce aux taxes sur les paris. Ce qui reviendrait environ à Rs 9 millions pour une journée de courses.
<B>Des pratiques occultes devenues la norme</B>
Alors que tous les regards se braquent sur le mécanisme des paris à crédit, personne ne semble vouloir aborder un autre aspect intrinsèque de ce système : celui du « dépôt de garantie ». En effet, certains propriétaires d?écurie, fait ressortir un important bookmaker, donnent jusqu?à Rs 1 million en dépôt à leur bookmaker. Une précaution qui vise à s?assurer que le parieur paie sa mise, même s?il a perdu. « Les gros parieurs jouent parfois jusqu?à Rs 300 000. Si l?un d?entre eux ne s?acquitte pas de ses dettes, le bookmaker se sert automatiquement dans le dépôt de garantie », explique un amateur de courses hippiques, visiblement très au fait de telles pratiques.
Le reste du dépôt, ou la totalité, est ensuite reversé au parieur à la fin de chaque saison hippique. En fonction du nombre de parieurs à crédit, un bookmaker peut se faire une « jolie somme » grâce aux intérêts que rapportent les dépôts placés sur un compte bancaire.
« Quasiment aucun bookmaker n?accepte de paris à crédit sans prendre de garantie », explique cette même source. Et ces pratiques occultes semblent être devenues la norme.
Une réunion rassemblant les bookmakers du Champ-de-Mars, aura lieu cette semaine au Horse Racing Board (HRB). « Nous devrons attendre les conclusions de l?enquête avant d?en prendre connaissance. Nous aurons néanmoins une réunion d?explication avec les bookmakers sur cette affaire qui secoue le monde hippique », explique Hiren Jankee, président du HRB. Cet organisme, ainsi que le MTC ont déjà émis l?idée de solliciter l?appui d?experts étrangers pour aider la police dans des enquêtes liées au monde hippique. Une initiative qui a le mérite de tenter d?assainir ce secteur?
<B>De l?eau dans le gaz d?Hector Tuyau</B>
Il faut rappeler que le responsable de l?unité anti-piratage de l?Adsu, Hector Tuyau, avait été transféré à ce poste en mai dernier. Cette « mutation » était survenue peu après l?arrestation de Dhaneswar Lutchmun, conseiller du ministre Rajesh Jeetah, à Poudre-d?Or-Hamlet. Ce dernier était impliqué dans une affaire de paris illégaux. Des pressions avaient alors été exercées pour qu?Hector Tuyau soit transféré. Cette situation avait causé un malaise dans la police car cette mutation avait été interprétée comme un « signal » pour décourager toute enquête touchant aux cercles du pouvoir.
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