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Paravents
Tandis que l?audiovisuel du service public s?enfonce dans une crise de crédibilité, ses dirigeants se livrent à un festival d?autosatisfaction. Tant le président du conseil d?administration de la MBC que son directeur général multiplient des déclarations de presse pour affirmer que tout va pour le mieux à la station nationale. L?un comme l?autre traite avec désinvolture les critiques du public contre le parti-pris de la MBC.
Après la confession de Bijaye Madhou, faite dans une interview à ?l?express? en décembre dernier, selon laquelle ?La MBC a été un paillasson bien avant juillet 05?, on a eu droit à des propos de la même veine de Fareed Jangeerkhan dans les colonnes de ?Week-end? cette semaine. ?Tous les gens de Maurice savent que je suis un nominé politique et que ma couleur a toujours été le rouge, et c'est mon droit le plus absolu?, clame-t-il quand le journaliste Jean Claude Antoine lui demande s?il est normal pour le président de la MBC d?escalader un mirador pour vérifier l'angle de vue des images d'un meeting de l?Alliance sociale !
Que l'on en vienne à banaliser ainsi la dépendance de la MBC par rapport aux partis au pouvoir est insupportable. Cette attitude compromet gravement la qualité de notre démocratie. Elle ouvre la voie à une emprise totale des dirigeants politiques sur le principal moyen de communication de masse, la télévision. L?audiovisuel se transforme inévitablement en média de propagande quand ses dirigeants se déguisent en ?paillassons?.
?Je suis rouge et je le dis, que vouliez-vous que je fasse ?? tonne Fareed Jangeerkhan. Le téléspectateur qui paie cher sa redevance aurait préféré qu?une fois installé dans son poste de président de la MBC, il se mette au service de l?intérêt public et pas de celui qui l?a nommé. Personne ne demande à l?ex-cinéaste de Navin Ramgoolam de renier ses affinités partisanes. On souhaite seulement qu?il respecte l?indépendance qu?exige le ?MBC Act?, une loi fondée sur l?impartialité. Or, il est un président qui revendique sa couleur, qui affiche ses sympathies politiques, qui grimpe sur les miradors pour que chacun puisse le constater.
?Si le bureau du PM pense qu'il est nécessaire dans un cas particulier d'avoir un droit de regard, cela ne me gêne pas?, dit Fareed Jangeerkhan en sombrant dans la servilité. On a du mal à croire que cet homme a pour mission de veiller au respect du pluralisme d?expression et à un traitement équilibré et honnête de l?information politique par la MBC.
Pas très honnête non plus son affirmation selon laquelle ?la concurrence est en train de se casser la gueule? quand le journaliste l?interroge sur les radios privées. Passons sur le manque de finesse de cette réponse pour nous intéresser au fond de la question. Lors de la dernière mesure d?audience réalisée par Taylor Nelson Sofres, Radio Plus et Radio One occupaient les deux premières places devançant Radio Mauritius et Taal FM. Rien n?autorise Fareed Jangeerkhan à déformer la réalité. Les faits démontrent que les radios publiques sont à la traîne. Sans doute pour les mêmes raisons qui ont favorisé l?impressionnante progression des chaînes satellitaires. Environ 60 000 foyers sur un total de 300 000 sont abonnés à au moins un bouquet.
?Si les gens ne sont pas contents, il n'y a rien à faire avec eux?, tempête Fareed Jangeerkhan. Comme ses maîtres politiques, il souhaite sans doute une ère de rupture. Celle entre le public et les médias officiels.
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